En collaboration avec l’Association pour la Promotion de la Fille Burundaise (APFB) et l’Association des Guides du Burundi, les communes de Leffrinckoucke (France) et de Bisoro (Burundi) ont organisé ce samedi 1er mars 2025, à l’hôtel Majambere en province Mwaro, un grand colloque sur le sport féminin. Il s’inscrivait dans le cadre de la clôture du projet intitulé « Promouvoir le sport féminin comme outil d’émancipation scolaire et culturelle », mis en œuvre et financé dans le cadre de l’accord de coopération décentralisée signée entre les deux communes de Bisoro et de Leffrinckoucke. Ce colloque a fait suite à des mini olympiades organisées la veille, le vendredi 28 février au stade municipal de Bisoro. Ces activités ont rassemblé différents acteurs du monde de sport en général et du sport féminin en particulier, afin de mettre en lumière le sport féminin comme levier de développement, d’égalité et d’épanouissement personnel.
Par rapport au sport, la fille ne pratique pas le sport comme son frère garçon, parce qu’il y a le poids de la tradition qui s’impose sur elle. On dit que la place de la fille n’est pas sur les terrains de sport mais plutôt à la maison. Ce projet sensibilise les jeunes filles à pratiquer du sport car en pratiquant le sport ce n’est pas seulement un aspect physique qu’elle développe. Il y a évidemment l’avantage physique, mais il y a aussi le développement du mental, de la santé, de confiance en soi, de la capacité à affronter des défis, les liens sociaux, le réseautage, la coopération, l’esprit d’équipe qui est important dans la vie courante et dans la vie professionnelle.
Ce sont les quelques-uns des points de vue récoltés au terme d’une longue séance d’échanges au grand forum.
L’événement a vu la présence de différents acteurs du monde du sport en général et du sport féminin en particulier, mêlant les bailleurs, les représentants des institutions nationales et internationales œuvrant dans ce secteur. On citera Christophe REILHAC, Conseiller adjoint de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France, le Gouverneur de la Province Mwaro, Col. Gaspard GASANZWE, la représentante de la Directrice pays de ONUFEMMES, Salvator BIGIRIMANA, Secrétaire General du CNO, Aimable NKESHIMANA, Conseiller au Ministère des sports, Célestin Mvutsebanka, professeur à l’IEPS, MOUBARAKOU SALAMI, Représentant Pays de Play International, le célèbre Champion olympique Charles NKAZAMYAMPI ainsi qu’une centaine d’autres sportifs mêlant représentantes du sport féminin des différentes fédérations sportives, olympiennes et jeunes athlètes nationales.
La Genèse et les objectifs de la coopération Leffrinckoucke-Bisoro
S’appuyant sur la promotion de la politique étrangère du Burundi, l’Hon. Apollinaire SINDAYIKENGERA, élu dans la circonscription de la commune Bisoro, et Président de l’Association des Natifs et Amis de Mwaro, a répondu au mois d’Octobre 2023 à l’invitation de M. Olivier Ryckebusch, Maire de Leffrinckoucke. Ensemble, ils ont fait le point sur le partenariat mis en place visant le jumelage entre les deux communes de Bisoro et Leffrinckoucke. La signature de cette coopération a eu lieu le mois suivant, soit novembre 2023 à Bisoro, en présence de M. Diomède NTANGAMAJERI, Administrateur de la Commune Bisoro, et de M. Olivier Ryckebusch.
Ce projet avait pour objectif de co-construire des projets autour de la jeunesse et de la culture. Un objectif qui est a été suffisamment atteint, après deux ans de mise en œuvre, selon l’Administrateur.
Résultats de la coopération Leffrinckoucke-Bisoro sont concrets et palpables
A sa deuxième année, la Coopération Leffrinckoucke-Bisoro a déjà affiché des résultats remarquables. Pour Jean Clément NDIONE, Chargé du projet, cette coopération est venue comme une solution pour améliorer le soutien et les services nécessaires aux jeunes du pays, en matière de détection, suivi et accompagnement des talents prometteurs dans les écoles, avec un accent particulier sur les filles.

« Le projet concernait 5 écoles. Il portait sur l’enseignement, l’encadrement au Handball et à l’athlétisme pour les jeunes filles dans les Ecofo. En termes de résultats, chaque école a bénéficié d’un terrain aménagé. Les enfants ont un terrain où ils peuvent jouer maintenant, les filles comme le garçon bien attendu. On a mis à leur disposition des ballons et des plots évidemment pour jouer et s’entrainer. Deux encadreurs ont été mis en place pour les encadrer deux fois la semaine. Et chaque fille a bénéficié des chaussures de sport, des shorts et des T-shirts pour s’entrainer », a-t-il indiqué avant de préciser que lors des olympiades, l’Ecofo Buburu a dominé les autres et a raflé toutes les coupes.
Sport et Emancipation des Filles : Défis et solutions
Au terme d’une riche séance d’échanges, plusieurs constants et pistes de réflexions ont émergés autour du rôle du sport féminin comme levier de développement, d’égalité et d’épanouissement personnel. Trois panels ont été organisés pour animer le débat des participants. Ces tables rondes ont dégagé des recommandations concrètes pour promouvoir un sport plus accessible et inclusif, tout en valorisant son impact sur le développement des jeunes filles et des collectivités
Pour le premier panel, « Le sport féminin comme levier d’épanouissement personnel et d’autonomisation », les discussions ont souligné que la pratique du sport contribue significativement au bien-être physique et mental des jeunes filles et leur permet de développer des compétences essentielles telles que la persévérance, le leadership, l’esprit d’ouverture, l’esprit d’équipe qui sont des ajouts majeurs tant dans leur parcours scolaire que professionnelle. Des propos réaffirmés par Elsie UWAMAHORO, Championne nationale de natation, avec trois participation aux Jeux olympiques : 2008 à Beijing en Chine, 2012 à Londres en Angleterre et 2016 à Rio de Janeiro au Brésil. Aujourd’hui, elle occupe différents postes de prise de décision grâce aux valeurs acquises dans le sport.
Au niveau du deuxième panel, « Le sport féminin comme outil d’inclusion et de lutte contre les discriminations », on a relevé entre autres les inégalités d’accès au sport pour les filles notamment dans les zones rurales et pour celles en situation d’handicap. La sensibilisation des familles, l’amélioration des infrastructures et le renforcement des initiatives en faveur du sport féminin sont apparus comme des leviers essentiels pour garantir une participation plus équitable. Le sujet des infrastructures a été très souligné par Chantal NDAYONGEJE (surnommée Chany), une joueuse handicapée par mauvaise injection à l’âge de 3 ans, actuellement journaliste à la Radio NDERAGAKURA et Secrétaire Générale du Comité National Paralympique. Elle évoque le manque criant des terrains et matériels adéquats pour le Handisport en général et pour les sportives handicapées en particulier, tout en montrant que les femmes en situation d’handicap sont capables et peuvent honorer l’image du pays.

Le troisième et dernier panel : « Le sport féminin comme moteur de développement socio-économique », a permis de mettre en lumière les opportunités économiques liées au développement du sport féminin. L’investissement dans les infrastructures sportives, la mobilisation de financements à travers la création des partenariats, le soutien aux athlètes féminines. Ce sont des facteurs clés pour renforcer le rayonnement du Burundi à l’échelle locale, nationale mais également internationale. Sur ce point, Salvator BIGIRIMANA, Secrétaire General du CNO a indiqué que les choses commencent à s’améliorer car sur les 105 médailles récoltées l’année passée, 49% étaient des filles. Toutefois, il a déploré le fait qu’il n’y a pas encore une politique claire pour le développement du sport féminin, établie par le gouvernement. De son côté, Deo RUBERINTWARI, Directeur Général de la décentralisation, a promis que dans les nouvelles communes qui seront décentralisées, il y aura un département qui est chargé du Sport. Il a dit que même au niveau des zones, il y aura un service qui sera opérationnelle après les élections de 2025 qui sera chargé de l’éducation et de la culture, avec un accent particulier sur les filles et les jeunes femmes.
Stratégies et perspectives d’avenir du le sport féminin au Burundi
Au nom de l’Ambassadeur de France au Burundi et du Maire de la ville de Leffrinckoucke, M. Christophe REILHAC a indiqué que l’Ambassade de France se tiendra toujours aux côtés des communes du Burundi pour développer les échanges, les jumelages, les coopérations à hauteur d’hommes et des femmes, entre les communes de France et les communes du Burundi.
«L’Ambassade de France soutient l’idée de placer la jeune fille au Cœur du Développement. Le sport n’est pas un prétexte, le sport n’est pas anecdotique mais le sport est le révélateur de tout le chemin qui reste à faire pour que la jeune fille au Burundi occupe sa place. Et quand nous parlons aujourd’hui de sport, nous parlons aussi d’insertion scolaire, de réussite scolaire et de réussite professionnelle », indique-t-il.
Remerciant la France pour cette coopération et ces résultats, le gouverneur de la Province Mwaro col. Gaspard GASANZWE a salué l’idée de mettre la femme étant au centre du développement humain. « Le sport féminin contribue beaucoup dans l’épanouissement personnel et l’autonomisation, dans la mesure où il favorise la confiance en soi et le leadership. Il constitue également un outil d’inclusion et de lutte contre la discrimination, ce qui fait qu’il devient moteur du développement socio-économique ». Et d’ajouter : « Notre souhait est que cette coopération soit étendue à d’autres communes et dans différents domaines. Sur ce, je demanderais à l’ambassade de France à toquer pour trouver une coopération pour les autres communes restantes ».
Faustin BIRINDWA
