Wenceslas Nyabenda : d’ancien enfant en situation de rue à directeur de projet d’une ONG

Wenceslas Nyabenda : d’ancien enfant en situation de rue à directeur de projet d’une ONG

Wenceslas Nyabenda sur un terrain de football avec des enfants en situation de rue ©Akeza.net

A l’âge de 10 ans, il se retrouve dans la rue à cause de la crise qu’endurait le Burundi. Pendant plus de 5 ans, il fait la manche pour survivre. Vol, drogues, ventre vide, chaque jour n’était qu’un jour de plus dans cette vie de misère. A ce moment, il ignorait qu’après la pluie, le soleil peut encore briller.

«[…]  Alors on s’est décidé d’aller vers cette ville qui donnait des poissons en échange de bananes mures »

Né dans la province Bujumbura Rurale, comme son nom l’indique, il est le neuvième enfant de sa famille.Des parents pauvres, une famille nombreuse, à cette époque la loi du plus fort règne. Pour s’en sortir, Wenceslas se rend de temps en temps dans la capitale Bujumbura avec des vendeurs de bananes mures« A 3h du matin, on entendait des gens qui descendaient les montagnes en direction de Bujumbura pour vendre des bananes et rentraient avec des sacs remplis de poissons (ndagala), de la farine, de la nourriture qu’on n’avait pas l’habitude de voir ni de manger chez nous. Alors on s’est décidé d’aller vers cette ville qui donnait des poissons en échange de bananes mures » se souvient-il.

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Arrivé à Bujumbura, la journée il fait de petits boulots et rentre le soir jusqu’à ce que la crise éclate. « On vendait des sacs, on aidait des personnes à porter de lourdes charges et on retournait à la maison avec les marchands de bananes. Lors de la crise de 1993, mes parents ont fui et je me suis alors retrouvé à la rue.  J’ai passé 5 ans dans cette situation, à errer dans les rues.»

 

Une vie de galère 

Nous les croisons tous les jours, nous les interdisons de nous toucher, ils n’ont droit qu’aux injures et coups durs. Les enfants en situation de rue mènent une vie insupportable. Selon Wenceslas, ce n’est pas une vie. « Du jour au lendemain, ma vie devenait de plus en plus insupportable. Vivre en situation de rue n’est pas une vie. Un enfant en situation de rue ne va pas à l’école. Alors qu’aller à l’école est un droit fondamental. Avoir quelque chose à mettre sous la dent devient de plus en plus rare. Sans abri ni appui financier, tu es tourmenté par la vie. Tu es au bout d’un gouffre qui ne fait que s’approfondir. Lorsqu’il pleut la nuit, tu n’as rien pour te couvrir, tu n’as même pas où dormir, ça te transforme et ça t’endurcit. Et quand les problèmes deviennent trop lourds à porter, un échappatoire t’est proposé par d’autres enfants qui vivent la même chose que toi: la drogue. On vole tout ce qui est à portée de main pour s’en procurer et ainsi oublier nos problèmes pour quelques instants. On vend ce que l’on a volé pour avoir ne serait-ce qu’un bout de « bonheur » .

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Son salut ne viendra pas de la drogue mais des centres d’accueil d’enfants en situation de rue. Un déjeuner offert une à deux fois par semaine après des séances d’écoute, des jeux, de quelques cours sur la santé. « Les mardi et jeudi, on allait dans des centres qui nous offraient à manger gratuitement. On parlait à un psychologue, on jouait au football, aux jeux qui demandent une certaine réflexion, on pouvait se laver. On repartait tout heureux »

 

D’ancien enfant en situation de rue à directeur de projet d’une ONG

Après un certain temps, il réussit  à être nommé animateur des jeunes en situations de rue. Ses efforts ont payé et cela l’encourage à poursuivre jusqu’à devenir directeur technique du projet GIRIYUJA initié par Terre des hommes, une organisation suisse. « Quand je suis arrivé dans ce centre, on m’a remis à l’école. Puis au fil du temps, j’ai montré un certain courage qui m’a permis d’être un animateur du centre Kabondo de l’organisation Terre des hommes. J’ai toujours eu ce rêve de sortir de la situation de rue pour ensuite aider d’autres enfants à en sortir. Je suis passé d’animateur à animateur social à assistant social et enfin directeur technique du centre”

Après avoir visité toute l’Afrique de l’est et quelques pays du nord de l’Afrique, Wenceslas, marié et père d’un petit garçon, compte bien servir d’exemple à son fils mais aussi à ces enfants en situation de rue qui visitent le centre deux fois par semaine.

 

Miranda Akim’

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