Un réseau routier dense au Burundi : quel potentiel pour le développement du pays ?

Un réseau routier dense au Burundi : quel potentiel pour le développement du pays ?

La circulation des biens et des personnes étant le fondement de toute économie, le réseau routier joue un rôle vital dans les échanges commerciaux. Au Burundi, c’est par les routes que l’intégration régionale s’opère compte tenu de l’enclavement du pays. Au niveau interne, la quasi-totalité du commerce dépend tout aussi des routes.  Quel est leur état en général ?  Comment se présentent-elles par rapport aux autres pays de la sous région ?  Quel est leur coût ?

 

Le Burundi dispose d’un réseau routier de près de 12.000 kilomètres.  Selon l’Office des routes, le réseau routier intérieur est formé d’un réseau de 4456 km de routes classées (c’est-à-dire dont l’entretien incombe à l’Office des routes), dont 22 routes nationales d’un linéaire de 1952 km et 91 routes provinciales d’un linéaire total de 2504 km. Parmi les routes classées, 1647 km de routes sont revêtus, contre 305 km non revêtus.

Trois catégories de routes sont recensées. D’abord les routes nationales (RN) qui relient les chefs lieux des provinces entre eux et avec les frontières. Ensuite vient les routes provinciales de 2.522 km qui relient les chefs lieux des communes entre eux et avec les chefs lieux des provinces. Enfin, il ya les routes communales d’une longueur de 2.587 kilomètres, très stratégiques, qui connectent collines, communes et provinces. Le réseau non classé, c’est-à-dire dont l’entretien est à la charge des collectivités locales, comprend 6.150 km de routes d’intérêt communal et de pistes agricoles, et 462 km de route à l’intérieur de Bujumbura.

La qualité des routes reste un défi

La majorité des routes a été construite entre les années 1960 et 1990. Les catastrophes naturelles, surtout avec les éboulements de terre, la guerre civile qui aura duré près de quinze ans, et le manque d’entretien ont mis à mal le réseau. Du point de vue de la qualité, selon l’Office des routes, 17% de routes nationales sont en très bon état, 11% en bon état, 26% en état moyen et 46% en mauvais état. Parmi les routes provinciales, 8,6 km sur 2522  km sont revêtus et en très bon état, le reste étant en mauvais état (65% des routes). Malgré les problèmes d’entretien,  plus de 1500 Km soit près de 80% du linéaire des routes nationales est  revêtue. Certaines localités pourtant très stratégiques économiquement sont difficilement accessibles. Pour les routes dont la responsabilité d’entretien incombe aux collectivités locales, une partie non négligeable est en état déplorable, les communes n’ayant pas de budget suffisant affecté à cette tâche.

Les routes coûtent cher au contribuable. Pour illustration, un seul Km du revêtement enrobé du tronçon Kirundo-Gasenyi sur la RN14 a coûté 466 111,97 dollars pour Muyinga-Cankuzo un Km est estimé à 5 553 387,95 dollars. Le Km enrobé de Nyanza lac-Mabanda-Mugina sur la RN3 équivaut à 1 230 897,12 dollars.

Des routes stratégiques pour le désenclavement du Burundi

Le Burundi est un pays fortement enclavé et ses échanges commerciaux, locaux ou internationaux dépendent surtout du réseau routier. En effet, 80% des  échanges commerciaux dans le pays s’effectuent à l’échelle internationale contre 20% pour l’échelle nationale.

Selon l’Office des routes, trois principaux Corridors connectent le Burundi aux ports internationaux de Mombassa et Dar-Es-Salaam respectivement au Kenya et en Tanzanie. Il s’agit du corridor nord qui relie Bujumbura à Mombassa en passant par les villes de Nairobi au Kenya, Kampala en Ouganda et Kigali au Rwanda pour une distance d’environ 2040 km ; le corridor central qui relie Bujumbura à Dar-Es-Salam via Kobero sur une distance de 1630 Km. Enfin, le corridor nord-sud connecte le Rwanda (Bugarama) à la Tanzanie (Kigoma) en passant par les frontières de Ruhwa et Mugina. Ce dernier est nouveau et se substitue au corridor sud via le lac Tanganyika. La longueur du réseau routier burundais sur ces corridors est résumée dans le tableau qui suit.

Corridor Linéaire Nombre de Routes
Nord 116 Km 1
Central 238 Km 5
Nord-Sud 248 Km 2

 

Le réseau routier du Burundi est le plus dense dans la Communauté Est Africaine

En ce qui concerne la longueur des routes, le Burundi est le pays le plus dôté en infrastructures routières. Le pays compte en moyenne près d’un demi-kilomètre de route par km2. Le Rwanda et le Kenya occupent respectivement la deuxième et la troisième place avec respectivement 350 mètres et 280 mètres par km2. L’Ouganda a une densité de 230 mètres de route pour chaque km2. La Tanzanie est le pays le moins avancé dans ce domaine avec environ 40 mètres de route pour chaque km2.

Burundi Rwanda Kenya Uganda Tanzanie
Surface terrestre (km2) 25680 24670 569140 200520 885800
Quantité de route (km) 11976 5715 160886 70746 33495
Quantité/surface (km/ km2 0.47 0.23 0.28 0.35 0.04

Source : Indicateurs de développement dans le monde (2017)

La   facilité d’importation et d’exportation est l’indicateur le plus important  pour évaluer la qualité de transport. Elle est mesurée en fonction du respect des délais dans l’exigence en matière de documentation et des procédures. Plus le temps passé sur les frontières et les barrières est long, plus la qualité est mauvaise. En matière d’exportation par exemple, le délai est plus élevé pour le Burundi et pour la Tanzanie (120 h) est faible pour le Kenya (19 h). S’agissant des délais d’importations, ils sont plus élevés en Tanzanie (264 h) et au Burundi (180 h), et plus courts au Rwanda (72 h).  Le tableau suivant fournit une comparaison des exigences en matière de documentation pour les pays membres de la CAE.

                               Exigences en matière de documentation (en heures)

Pays  

Délai à l’exportation

 

Délai à l’importation
Burundi 120 180
Kenya 19 84

 

Ouganda 64 138
Rwanda 42 72
Tanzanie 120

 

264

Source : Doing Business (2015), Commerce transfrontalier

Bien que les routes soient stratégiques économiquement pour le Burundi, il ressort que les procédures administratives pour faciliter ce trafic transfrontalier soient encore très lourdes par rapport à la plupart des autres pays de la CEA. Pour venir à bout de ce défi, la modernisation des équipements de contrôle est plus que nécessaire parce que le temps a un impact direct sur le coût de transport.

 

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