Trésors artistiques du Burundi : L’« ingoma», des origines à nos jours

Trésors artistiques du Burundi : L’« ingoma», des origines à nos jours

Les tambours du Burundi séduisent et attirent encore et toujours. Dans le monde, ils n’ont pas de pareils. Que ce soient pour l’esthétique de la danse qui les accompagne, leur rythmique caractéristique ou encore leur capacité à résonner dans un stade de 80 000 personnes sans besoin d’être amplifiés. Ils fascinent donc. Mais quel est leur histoire à travers le temps ?

 

Symbole de pouvoir et de puissance selon l’histoire

Avant tout, le tambour est sacré. Il aurait été introduit au Burundi au XVème siècle par le roi Ntare Rushatsi Cambarantama, premier roi ayant unifié le Burundi. Même si tous les « Barundi » sont fiers de l’«ingoma», ils ne sont pas nombreux à pouvoir bien raconter son histoire et son origine.

Selon le mythe du cycle de Nkoma, Ntare Rushatsi Cambarantama serait venu de l’Est du pays, plus précisément de Buha. Il arriva au Burundi avec son taureau qu’il abattit au mont Nkoma. L’histoire continue à nous dévoiler que Ntare a étendu la peau de son taureau abattu sur une termitière qui abritait un serpent venimeux appelé « Inkoma » (cobra). Celui-ci frappa la peau avec sa tête et inaugura le tambour au Burundi comme symbole du pouvoir. D’où la naissance simultanée du royaume du Burundi et du tambour sacré.

Dès ce jour, le mot « ingoma » aura deux sens : celui du « tambour » et celui du « royaume ». Le tambour sera lié à la vie du roi. De ce fait, il fut utilisé dans différents événements exceptionnels et à des fins rituelles pour coordonner les activités du roi.  Ces événements sont entre autres l’intronisation et les funérailles de ce dernier ainsi que l’« Umuganuro » (la fête des semailles).

Comme on le fait aujourd’hui, le tambour était battu à l’aide de deux baguettes en bois à la cour royale et chez les grands chefs de sang royal. Il ne faut pas confondre le tambour « Rukinzo » (qui réglementait la vie à la cours royale), ni « Karyenda » auquel d’autres tambours, sortis directement de leurs sanctuaires appelés «Ingoro y’ingoma » (palais du tambour) rendaient hommage au cours de la fête des semailles. Karyenda était le tambour royal et symbole de la nation. On le sortait une seule fois par an, jour de l’ « Umuganuro », la fête des semailles.

La valeur de l’ « ingoma » de nos jours

Aujourd’hui, l’« ingoma » est une « identité » de la culture burundaise à travers le monde. Son audience ne cesse de s’élargir à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières burundaises. Les tambourinaires («Batimbo ») sont présentement nombreux et viennent de tous les coins du pays.

Les grands groupes de tambourinaires s’observent essentiellement à Gishora, à Higiro, à Bukirasazi, à Makebuko, à Banga mais aussi à Bujumbura notamment avec les clubs de Buyenzi , Kamenge et Amagaba. Notons que la place privilégiée pour des démonstrations traditionnelles du tambour est Gishora où a été érigé le « Sanctuaire du tambour ». La province de Gitega est la région des maîtres du tambour de la royauté. L’« ingoma » est donc, dans la cosmogonie des Burundais,  une propriété auguste pour le peuple et la patrie en plus d’être aujourd’hui classé au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Avec le décret nᵒ100/119 du 9 juin 2017, le Président de la République du Burundi a institué la semaine dédiée à la danse emblématique du tambour burundais « Umurisho w’ingoma ». Chaque année, au niveau national et dans la diaspora, un festival du tambour est organisé. Il débute le 26 novembre avec une « Journée du Tambour Sacré » en vue de rendre hommage aux tambourinaires du Burundi célèbres au monde entier.

En réalité, le tambour est une richesse patrimoniale qui fait résonner la culture du Burundi au-delà de toutes les frontières. En 2018, une séquence du tambour burundais a résonné dans le film Marvel à succès Black Panther, grâce à une troupe de tambourinaires burundais installés aux USA.

Plus récemment encore, un groupe de tambourinaires burundais installés au Rwanda ont provoqué une grosse polémique lorsqu’ils se sont présentés à la compétition « East Africa Got Talent », en se présentant comme des joueurs de tambours « africains », d’origine « burundaise ».

 

Melchisédeck BOSHIRWA

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