Traite des êtres humains : les chiffres font froid au dos

Traite des êtres humains : les chiffres font froid au dos

Le monde entier a célébré ce 30 juillet 2021 la journée internationale de lutte contre la traite des êtres humains sous le thème « la voix des victimes nous guide ». C’est un trafic qui touche des millions de personnes et qui brasse plus de trente milliards de dollars, selon L’ONU.  Retour sur le commerce de la honte et dont la majorité des victimes sont des femmes.

 

Le trafic d’êtres humains est un fléau qui prend des dimensions inquiétantes, a déclaré la représentante de l’OIM au Burundi au cours d’une conférence de presse organisée  pour marquer l’évènement dans les enceintes de l’Hôtel Royale Palace de Bujumbura.

« Des centaines de milliers de personnes dans le monde, poussées par la pauvreté, les guerres, la discrimination et l’injustice, deviennent tous les ans victimes de réseaux de trafiquants perfectionnés », regrette Madame Vijaya SOURI, Cheffe de Mission de l’OIM.

 

Depuis 2017 jusqu’aujourd’hui, 81% des victimes identifiées au Burundi sont des femmes et des jeunes filles, d’après les données fournies par l’OIM. 85% des survivantes ont été victimes de la traite transfrontalière à destination de l’Arabie Saoudite, d’Oman, de Tanzanie ou du Kenya. Selon toujours l’OIM, 50% des victimes ont été enrôlées dans des pratiques sexuelles, 38 % dans les travaux forcées et  6% dans des activités criminelles.

 

Un  calvaire raconté avec humeur de potence

Des jeunes acteurs de théâtres de la troupe « Buja sans tabou »  ont été invités dans la cérémonie. Dans la peau des victimes de la tragédie, ils ont évoqué avec détachement les choses les plus horribles vécues pendant la captivité. C’est l’histoire   de Joséphine,  vendeuse de maïs grillé à Bujumbura, qui  rencontre un passeur. Celui-ci  lui  promet monts et merveilles une fois arrivée aux pays du Golf. L’homme lui trouve tous les documents de voyage et le départ est organisé sans tarder. Joséphine se rappelle qu’elle est passée par l’Ouganda pour atteindre son  supposé pays de rêve. Arrivée en Arabie Saoudite, c’est la galère. Sa patronne lui confisque son passeport et l’enrôle très vite dans la prostitution. « Ma patronne m’a enfermée dans une cellule et durant toute la nuit, des hommes se relayaient pour me violer. Après avoir assouvi leurs instincts, ils payaient la patronne. Rongée par la fatigue et la maladie, la patronne m’a chassée. A mon retour au pays, mon mari et mes enfants m’ont fui parce ce que je n’avais pas apporté la richesse tant attendue », se souvient encore Joséphine. C’est aussi le cas de Désiré, un jeune homme parti en Zambie après avoir été vendu par un membre de sa famille. Au lieu de travailler dans une grande usine comme promis, Désiré exécutera de petits travaux ménagers pendant plusieurs mois sans être payé. Il connaitra la prison pour avoir demandé son salaire. Il sera rapatrié plus tard, désillusionné. En bonne actrice de théâtre, Joséphine fond parfois  en larmes durant  la présentation.  Le public est ému. A travers le théâtre, il découvre   l’horreur de la traite.

 

La difficile réinsertion

A leur retour, en plus des  traumatismes psychiques et physiques, les victimes sont démunies. C’est pour cela que l’OIM leur  accorde un soutien matériel et les accompagne dans des projets de développement, a indiqué Madame Vijaya SOURI. D’après Pasteur BARARUNYERETSE, Conseiller au  Ministère  des Droits de l’homme et du Genre, le gouvernement du Burundi vient d’ouvrir des directions provinciales pour accueillir les victimes de la traite en vue de les accompagner dans leur réinsertion.

Une assistance judiciaire est également accordée aux survivants de la traite. Jusqu’à ce jour, une centaine de dossiers ont été ouverts et instruits par la justice burundaise. Selon Théogene NIYONGABIRE, Substitut du Procureur Général près la Cour suprême et membre du comité ad hoc interministériel de lutte contre la traite des êtres humains, 39 dossiers ont été déjà clôturés et des condamnations prononcées.

 

Les efforts du gouvernement du Burundi en matière de  lutte contre la traite des êtres humains ont été loués  par Madame Melanie H.HIGGINS, ambassadrice  des Etats-Unis d’Amérique au Burundi. « Les USA saluent cet élan positif du gouvernement du Burundi pour la dignité humaine », a-t-elle fait savoir.

 

Albéric NDAYIRUKIYE

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