Trade Mark East Africa engagé à accompagner le Burundi dans le processus de facilitation du commerce intrarégional

Trade Mark East Africa engagé à accompagner le Burundi dans le processus de facilitation du commerce intrarégional

Trade Mark East Africa (TMEA) est une organisation régionale qui appuie différents projets au Burundi. Depuis 2007, sur un effectif de 28 projets réalisés dans sa première stratégie, une enveloppe de 61,7 millions USD a été déboursée. Les principaux projets réalisés sont entre autre la contribution à la mise en place de l’Office Burundais des Recettes, résultant de l’harmonisation des anciens services de douane et d’impôts; et la construction d’une infrastructure au poste frontalier de Kobero. TMEA est connu pour avoir permis une baisse de 70% du temps d’arrêt des marchandises dans la région avec la construction de 13 postes frontaliers uniques (OSBP) dont celui de Kobero-Kabanga du Burundi.

 

Mais quels sont les projets en cours de réalisation par TMEA Burundi ? Qu’en est-il des stratégies que cette organisation met en œuvre pour amorcer les effets de la pandémie de COVID-19 sur le commerce régional ? Et quels sont ses projets d’avenir au Burundi ?

Christian NIBASUMBA, Représentant Pays (Burundi) de Trade Mark East Africa nous en dit plus dans cet entretien.

 

Akeza.net : Mr Nibasumba, quel est l’état des lieux du commerce burundais dans le contexte régional ? Et quels en sont les défis et les opportunités ?

 

Christian NIBASUMBA : D’abord, pour le commerce extérieur, le Burundi utilise trois corridors principaux. C’est notamment le Corridor Nord (Bujumbura-Rwanda-Ouganda-Port de Mombasa); le Corridor Central qui comprend deux axes principaux (axe: Bujumbura – Kobero- Dodoma-Dar es Salaam et l’axe Bujumbura-Kigoma -Tabora – Dar es Salam), Et enfin, le corridor sud (Bujumbura-Mpulungu-Durban) utilisant à la fois le lac Tanganyika et la route. A cela s’ajoute l’alternative d’approvisionnement outre-Atlantique ou ce qu’on appelle le Corridor Ouest (Bujumbura-Kasai-Matadi-Océan Atlantique) qui reste très peu fréquenté mais qui pourrait être une option à long terme, notamment pour commercer avec les échanges avec les Amériques. Actuellement, il sied de rappeler que plus de 80% du commerce international au Burundi passe par le Corridor central via le Port de Dar es-Salaam.

En termes de défis et des opportunités, les investissements burundais dans les technologies numériques sont hélas plus faibles au niveau de l’EAC. Les autres pays de la région ont beaucoup investi dans le secteur et ont pu progresser rapidement vers la numérisation complète et l’interconnexion de leurs systèmes d’échanges commerciaux. En outre, les dynamiques sociopolitiques du Burundi ont également perturbé le développement économique ; et en particulier le commerce transfrontalier. Le secteur privé burundais doit être renforcée par la mise en place des cadres de plaidoyer solides et efficaces, garantissant la mise en œuvre de mécanismes adaptés pour supprimer les différentes barrières non tarifaires qui persistent.

 

En ce qui concerne les opportunités, la position géostratégique du Burundi est très attirante, car le pays détient une porte qui s’ouvre respectivement sur les pays de l’Afrique Centrale, de l’Afrique de l’Est et même sur les pays de la SADC via Mpulungu sur le lac Tanganyika. Tout ces atouts peuvent être utilisés pour stimuler le commerce avec la région. Il sied de rappeler que Bujumbura, est la seule grande ville détenant le statut de capitale, qui a à la fois un accès sur Lac Tanganyika et un aéroport International pouvant connecter le monde entier. Le Burundi peut très bien constituer un point central pour l’approvisionnement et la logistique des populations vivant le long du Lac Tanganyika et dans la région.

 

Akeza.net : Quelles sont les projets que Trade Mark East Africa réalisent actuellement au Burundi ?

 

Christian NIBASUMBA : Actuellement, au niveau de Trade Mark East Africa Burundi, nous mettons en œuvre six (6) programmes sur notre deuxième stratégie (2).

Le premier grand projet consiste à la mise à jour et à l’harmonisation de l’outil informatique de l’Office Burundais des Recettes (OBR) afin de relancer le projet de Guichet Unique Electronique (Electronic single Windows) et ainsi permettre que les procédures de commerce extérieur burundais soient en harmonie avec celles des pays de la région est-africaine.

 

Le Guichet Unique Electronique est une plateforme qui regroupent différents partenaires impliqués dans le processus d’import-export des biens au Burundi. Ce système est connu pour avoir révolutionner la conduite du commerce extérieur qui parfois était caractérisée par des incertitudes, une longue procédure, des barrières non tarifaires et une multitude d’étapes. Au niveau du Trade Mark East Africa, on est appelé à fournir deux composantes dans ce programme.

 

Primo, TMEA offre l’infrastructure informatique (hardware) adaptée à ce système et secundo TMEA travaille étroitement avec la CNUCED- la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le développement qui détient la licence d’exploitation du Logiciel utilisée par l OBR- Asycuda. Ce système de traitement des imports/exports permettra à l OBR de s’interconnecter avec les services du Bureau Burundais de Normalisation (BBN) en charge de certification et de contrôle de la qualité , de la Direction de la Pharmacie, du Médicament et des Laboratoires du Ministère de la Santé, du Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage et enfin des services de l’Agence de Promotion des Investissements (API) pour les procédures d’octroi du Certificat d’éligibilité aux exonérations. Nous croyons fermement qu’une fois le système en place, elle augmentera non seulement la transparence mais aussi elle réduira considérablement (jusqu’à 20%) le temps d’acquisition des documents et du coût de transport.

 

Le deuxième programme mis en œuvre par TMEA au Burundi se focalise sur la promotion du commerce transfrontalier. Ce programme est mis en œuvre grâce à la Coopération Belge qui a bien voulu directement nous appuyer afin de soutenir ce secteur qui est en grande partie dominé par les femmes. Comme vous le savez, l’échange transfrontalier constitue la principale source de revenus pour un grand nombre de commerçants burundais exerçant dans l’informel, et surtout en majorité des femmes modestes qui transportent leurs produits agricoles d’un endroit à l’autre- surtout sur les frontières que le Burundi partage avec la RDC.

 

Le Burundi est par exemple signataire du RECOS- le Régime commercial simplifié, qui a été lancé par le COMESA- Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe (COMESA), afin d’aider les petits commerçants qui font le commerce transfrontalier, à rejoindre le formel et ainsi prétendre au commerce régional. Avant d’être admis à ce régime, les petits commerçants devraient par exemple avoir un statut officiel à la législation du pays d’origine et être membre d’une association ou coopérative les regroupant. Notre appui entre justement dans ce cadre et nous nous penchons en premier lieu, sur la niche de la Femme qui exerce ce petit commerce transfrontalier.  Via un consortium d’organisation régionale et une association locale qui regroupe ces femmes, TMEA Burundi appuie directement le processus de création des coopératives et les associations des femmes exerçant ce commerce. Nous renforcons les capacités de ces femmes commerçantes qui opèrent principalement sur quatre frontières (Ruhwa, Rumonge, Mugina-Manyovu et Gatumba-Kavinvira). On appuie aussi la création des bureaux d’information commerciale (BIC) à ces 4 postes frontaliers pour s’assurer que ces femmes sont bien imprégnées des procédures ainsi que leurs droits et devoirs.

 

Et Pourquoi le choix des frontières avec la RDC ? C’est simple. Toutes les statistiques convergent sur le fait que la République Démocratique du Congo devient un partenaire commercial de plus en plus significatif pour le Burundi. Avec la collaboration du Ministère du Commerce et d’autres partenaires, nous voulons aussi rapidement appuyer la validation d’une stratégie nationale du commerce transfrontalier afin que celle-ci prenne en compte non seulement les besoins ressentis sur terrain mais aussi puisse être en harmonie avec les différentes initiatives régionales auxquelles le Burundi est déjà membre.

 

Enfin, au sein de ce même programme, nous lançons bientôt une initiative sur la fourniture des solutions digitales permettant une inclusion financière accélérée des femmes commerçantes. Nous explorons la possibilité de faciliter l’accès aux avantages du Mobile Money Banking pour non seulement rendre ces femmes commerçantes incluses dans le système financier mais également limiter le harcèlement ou d’éventuels rançonnements lors de leurs démarches sur les frontières (et le tout affectant négativement l’environnement des affaires de ces femmes commerçantes ).

 

En gros, via ce programme, notre objectif est de permettre une migration, une organisation et une mobilisation du petit commerce transfrontalier vers un véritable commerce régional car selon les estimations de la BAD, les femmes commerçantes transfrontalières de l’Afrique centrale, peuvent à elles seules contribuer jusqu’ à 60% du Produit Intérieur Brut. Donc il y a de la matière.

 

Le troisième programme mis en œuvre par TMEA au Burundi se focalise sur l’Appui du Secteur Privé Burundais à la Promotion de leur Capacité d’Exportation. Sur ces 12 derniers mois par exemple, On a appuyé directement l’Association des Industriels du Burundi, la Chambre Sectorielle des Artisanats, l’Association des Femmes Entrepreneurs du Burundi, et bien d’autres entreprises du secteur privé burundais, dans la promotion de leurs ventes dans la région. Les Burundais se souviendront par exemple, de l’organisation réussie de deux dernières éditions du Salon Industriel du Burundi ; des foires comme Made in Burundi ou encore des Editions de Jama Fest qui ont eu lieu en Tanzanie. Le tout étant organisé pour pouvoir stimuler les ventes des opérateurs économiques burundais et également offrir une plateforme au secteur privé burundais afin d’être un membre véritablement entrepreneurial au sein de l’East African Business Council.

 

Le quatrième programme est une initiative régionale de TMEA qui vise à la création des zones commerciales centrées sur le développement des chaines de valeur génératrices de revenus et créatrices d’emploi. Ici au Burundi, selon les recommandations des études de faisabilité qui viennent d’être conclues cette année, nous investirons sur la chaîne de valeur des huiles végétales (comme le palmier à huile dans les localités de Rumonge et Nyanza-Lac). En effet, il a été constaté, qu’au vu des opportunités et des défis; le secteur de palmier à huile est l’un des plus disposés à l’exportation car entre 2011 et 2014, il y a eu hausse des exportations de 60%. Il y a aussi une opportunité de satisfaire la demande locale grandissante, le tout en travaillant avec d’autres acteurs déjà impliqués dans le secteur, pour une transformation du palmier à huile d’une manière plus écologique surtout sur les rives du Lac Tanganyika (Nyanza-lac et Rumonge).

 

Le cinquième programme se concentre sur l’appui à la Chambre Fédérale de Commerce et d’Industrie du Burundi et le Comité National d’Elimination des barrières non Tarifaires en vue de résoudre les problèmes récurrents de manque de communication et de coordination entre les différents acteurs opérant sur la chaine d’approvisionnement (exemple sur les frontières). Via ce projet, TMEA veut fournir un cadre régulier d’échanges d’informations entre d’un côté le secteur privé (les déclarants, les transitaires, les transporteurs, les commerçants transfrontaliers, …) et de l’autre part les agences du secteur public qui sont appelées à faciliter justement le commerce sur les frontières (l’OBR, le BBN, la SOBUGEA, le commissariat des migrations, etc…). Avec ce projet, nous visons aussi la création d’un système de reportage sur les barrières non tarifaires afin que les parties prenantes y remédient rapidement.

 

Enfin, le sixième programme sur lequel on se focalise actuellement est en lien avec la conjoncture résultant de cette pandémie de Covid19. Le programme est dénommé « Safe Trade » que je pourrai traduire en français comme la promotion du « Commerce Sain »

 

Akeza.net : Justement le monde fait face actuellement à la pandémie de COVID-19. Comment est-ce que TMEA Burundi s’adapte t- il dans la réalisation de ses missions sur le terrain?

 

Christian NIBASUMBA : En réponse à la pandémie de Covid19, et grâce notamment à l’appui d’UKAID, on travaille à réduire la limitation de la propagation du virus au sein des acteurs clés du commerce.

Avec ce projet, on veut garder sain les agents qui interviennent dans le commerce intra-régional, car force est de constater que ces derniers mois, la majorité des vecteurs de cette pandémie sont des chauffeurs de poids lourds reliant les différentes frontières du bloc EAC. Deux grands volets sont à notre charge : d’abord la provision du matériel d’Equipement de protection individuelle contre la Covid-19 aux agents opérant sur les frontières comme : Kobero-Kabanga ; Mugina-Manyovu et Gatumba-Kavinvira; ensuite avec la collaboration du Secrétariat Général de l’EAC dans la création d’une application mobile qu’on a appelé RECDTS (Régional Electronic Cargo and Driver Tracking System). Cette application servira comme outil numérique de centralisation des donnés de dépistage de Covid19 au sein de différents pays de la Jumuiya mais aussi facilitera le suivi et la surveillance des mouvements de cargaisons et de chauffeurs dépistés le long des itinéraires de transit commercial de la région EAC. Au Burundi, nous sommes toujours en phase préparatoire (la phase de l’enregistrement des données des chauffeurs et la formation du personnel du Ministère de la Sante qui se chargera de la collecte des échantillons sur les frontières).

 

Akeza.net : Quelles sont vos perspectives d’avenir au Burundi ?

 

Christian NIBASUMBA : Nous sommes une organisation régionale qui regroupe 11 pays d’Afrique dont 6 pays membres de l’EAC. Nos interventions restent donc a priori régionales avec un accent particulier sur la réduction des coûts de transport et la promotion d’un environnement d’affaires propice pour le secteur privé.

 

Parmi nos projets futurs au Burundi, une fois que les aspects conjoncturels et structurels le permettent, on envisage de construire un poste frontalier additionnel afin de réduire les procédures d’importations et d’exportations. Et dans un futur proche, on envisage mobiliser une enveloppe consistante pour appuyer plus substantiellement le Bureau Burundais de Normalisation-BBN dans leurs démarches de certification des produits du secteur privé. Enfin, notre ambition reste d’accompagner le Burundi dans le processus de ratification de la Zone de Libre Echange Continentale- ZLECAF qui reste une opportunité énorme pour le pays et la région.

 

Propos recueillis par Janvier CISHAHAYO

 

TradeMark East Africa (TMEA) est une Organisation Régionale appuyée principalement par les pays comme: le Royaume-Uni, les Pays-Bas, les Etats Unis d’Amérique, la Belgique, le Danemark, la Finlande, le Canada, la Norvège, l’Irlande et l’UE. TMEA est implantée dans 11 pays de la Région subsaharienne de l’Afrique. Parmi ces 11 pays, TMEA a une Représentation dans chaque pays membre de la Communauté Est Africaine (EAC). Comme mission, TMEA s’est assigné la réduction des barrières affectant le commerce régional et la promotion d’un environnement propice pour les affaires. TMEA travaille fréquemment avec le Ministère en charge des Affaires de la Communauté Est Africaine qui pilote son Comité National de Pilotage en collaboration avec les partenaires financiers qui appuient les activités du programme au Burundi.

TMEA travaille en étroite collaboration avec les institutions de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), les Gouvernements Nationaux, le Secteur Privé ainsi que les Organisations de la société civile pour accroître le commerce en libérant le potentiel économique, en réduisant les obstacles au commerce et en augmentant la compétitivité des entreprises.

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