Tourisme : Prendre exemple sur les autres pays de l’EAC pour faire avancer le tourisme burundais

Tourisme : Prendre exemple sur les autres pays de l’EAC pour faire avancer le tourisme burundais

Pouvoir se reposer sur le tourisme comme secteur clé de la croissance économique du Burundi est l’un des objectifs de la chambre sectorielle de l’Hôtellerie et du Tourisme du Burundi (HTB), une des chambres sectorielles de la CFCIB. Pour atteindre cet objectif, la chambre HTB tente de tirer profit de l’expérience d’autres pays de l’EAC qui connaissent des avancées considérables en matière de tourisme. C’est dans ce but qu’une délégation s’est récemment rendue au Kenya et a pu avoir un aperçu du travail accompli par les instances touristiques de ce pays.

« L’objectif principal de ce déplacement à Nairobi était l’échange d’expérience dans le cadre de l’élaboration du plan stratégique de la chambre sectorielle HTB », nous explique Mr Eric NDAYIKENGURUKIYE, Secrétaire Exécutif de la Chambre Sectorielle HTB, qui avait fait le déplacement.

« Depuis la création de la chambre, nous n’avions pas encore mis au point un outil aussi important que le plan stratégique. C’est donc dans ce cadre que la chambre sectorielle HTB s’est dit qu’il fallait prendre quelques exemples dans un pays qui serait avancé en matière de tourisme et le Kenya nous semblait être le choix idéal » , abonde-t-il.


Un management fort et un partenariat effectif

Avec une industrie touristique florissante et un système de management efficace, le Kenya fait office de modèle pour le secteur touristique burundais. Selon Eric NDAYIKENGURUKIYE, le management touristique kenyan et un système solide avec un certain nombre d’organes tant publics que privés font en sorte que le tourisme soit une machine bien huilée. « Le Kenya est très avancé en terme de management du tourisme, ils ont un système solide. Ils font ce qu’on appelle du marketing intégré qui met ensemble tous les acteurs du secteur du tourisme » explique-t-il. C’est notamment, poursuit-il, le travail que fait le KTB (Kenya Tourism Board) qui travaille  pour la promotion du secteur du tourisme.

Pour un développement efficace du tourisme, le partenariat entre les acteurs privés et publics est d’une importance capitale. Et le Kenya semble donner le  bon exemple dans ce domaine avec l’étroite collaboration qu’entretient le KTB (organe du secteur  public) et le KTF (Kenya Tourisme Federation, un organe du secteur  privé). Les 2 organes se réunissent et élaborent  des plans pour le développement du secteur, aussi bien en termes de promotion, de marketing qu’en termes d’avantages à accorder aux potentiels investisseurs désirant travailler dans le tourisme. Cela prend également en compte l’évaluation des défis que peuvent rencontrer les acteurs  du secteur du tourisme au Kenya et la recherche de solution à ces défis.

Ce partenariat fort consiste également à donner une place considérable aux acteurs privés dans l’élaboration de tout ce qui est lois, texte et réglementation du tourisme. La représentativité du secteur privé dans les organes de prise de décision est donc primordiale. Que ce soit dans les comités techniques, les comités de pilotage et toutes les commissions diverses intervenants dans le tourisme, la représentation du secteur privé est efficiente et les avis sont réellement pris en compte  « ils joignent l’acte à la parole ».

Le secteur public en acteur de facilitation

Si les opérateurs privés sont le nerf de l’activité touristique d’un pays, le secteur public joue néanmoins un rôle des plus importants dans le bon fonctionnement de celle-ci. En effet, la part des acteurs publics dans le développement du tourisme est non négligeable dans ce sens que le secteur public joue un rôle de régulateur et de facilitateur dans le domaine du tourisme. « L’apport du secteur public dans le secteur du tourisme consiste dans la facilitation du business. Il met en place tout ce qui peut améliorer le climat des affaires dans le secteur du tourisme. Que ce soit en termes de lois et réglementation qui régissent le tourisme, des fonds et appuis financiers ou encore du lobbying. Si on pense que  que le lobbying n’est qu’une affaire d’acteurs privé,  au Kenya, nous avons constaté que le secteur public aide le secteur privé dans le lobbying au plus haut niveau ».


Un secteur pluridisciplinaire et efficace

Le tourisme est un secteur vaste comprenant plusieurs sous-secteurs tels que l’hôtellerie, la restauration, les tour- opérateurs et les agences de voyage. A ceux-ci s’ajoutent les associations qui  œuvrent dans la promotion du tourisme. Comme sur le modèle kenyan avec le KTF, il est important que tous ces acteurs se mettent ensemble pour essayer de relever le secteur du tourisme en termes de formation et  d’informations. Ce travail permet de faire un plaidoyer efficace et de juguler tous les défis que rencontre le secteur.

La concrétisation de ces efforts mis en commun aboutit à la mise en place des mécanismes qui prônent la croissance du tourisme. Cela va également de la création et de la mise en place d’institutions qui soutiennent ces efforts et font avancer le secteur. « Pour ce qui est du cas kenyan, il y a des institutions qui sont déjà mises en place, à côté des avantages accordés aux opérateurs économiques (taxe et autres), pour faire avancer le secteur. C’est le cas du Tourism Finance Corporation qui a été mis en place pour faciliter l’accès au crédit aux opérateurs du secteur du tourisme avec des taux préférentiels (9%). »

On peut également parler du Tourism Trust Fund qui finance les PME dans le secteur du tourisme et les associations communautaires qui essayent de préserver les aires protégées. Une façon de permettre, même au plus petit exploitant d’apporter sa pierre à l’édifice. Cela est également le cas du Tourism Regulation  Authority qui est un organe qui veille au respect des normes et standards internationaux en matière de tourisme.


Se servir du modèle kenyan pour améliorer le secteur du tourisme au Burundi

Il ne fait aucun doute que le Kenya fait véritablement figure de modèle  en matière de management conjoint (public-privé) du secteur du  tourisme. Un exemple que le Burundi devrait suivre, si le pays veut un jour s’aligner sur les autres pays de la sous-région en cette matière, nous explique Eric NDAYIKENGURUKIYE.

« Le secteur du tourisme est un secteur qui est encore à l’étape naissante. Nous avons beaucoup à offrir aux touristes. Seulement nous avons un problème au niveau du marketing car nous ne sommes pas encore arrivés au stade où le Burundi peut vendre à juste titre la beauté du pays. »

Pour arriver à ce stade, de nombreuses choses devront être faites et cela demande l’implication des acteurs publics et privés du secteur du tourisme. « Je pense qu’en termes d’avantage, le gouvernement devrait se saisir de la question et faciliter le tourisme local. Il y a des procédures qui ne sont pas de nature à favoriser le tourisme » nous dit Eric NDAYIKENGURUKIYE. Et de poursuivre : « nous sommes dans un monde qui est révolutionné par internet. Les autres pays ont déjà adopté l’e-visa et le Burundi tarde encore à le faire. Il devrait également adhérer au visa touristique unique ce qui favoriserait le tourisme régional et faciliterai le Burundi de joindre  la destination east-africa. Nous devons également relever le niveau de marketing de notre pays. Il faut que les acteurs du secteur public et privé prennent des engagements qui puissent relever l’image du pays. Le gouvernement pourra le faire via les ambassades et les ministères devraient pouvoir vendre tout ce que nous avons comme potentialités. »

« Pour ce qui est de la Chambre sectorielle, nos objectifs sont clairs. Nous voulons défendre les intérêts de tous les opérateurs qui se retrouvent dans le secteur, promouvoir le secteur et plaider pour ne réglementation du secteur du tourisme. Nous demandons donc aux différents acteurs de s’impliquer comme cela se fait ailleurs, de consolider la Chambre, de se donner corps et âme pour pouvoir mener à bon port tout ce que la Chambre HTB a comme missions. Parce que s’il y a des opérateurs qui ont conscience que la Chambre travaille pour relever l’image du secteur et que d’autre ne sont là que pour soutirer des avantages, cela pose un problème. Les opérateurs devront donc prendre les devants dans la promotion du secteur touristique »

 

Parmi les points importants du plan stratégique de la chambre HTB, figure la création d’un site internet. Un site internet selon, Eric NDAYIKENGURUKIYE fera office de portail sur le tourisme Burundais aussi bien pour le grand que pour les membres de la chambre qui pourront y trouver  des informations relatives à l’activité touristique  au Burundi. Cela va également pour des textes légaux et réglementaires,  pour  le répertoire  et la présentation de tous les atouts touristiques du pays .

Eric NDAYIKENGURUKIYE reste optimiste quant à la progression du tourisme au Burundi. La Chambre sectorielle HTB a enregistré une vague d’enregistrement qui fait suite à une campagne de sensibilisation à travers le pays. « Nous avons pu, grâce à un financement de TradeMark Est Africa (TMEA), effectué des descentes, de sensibiliser les opérateurs économique à travers tout le pays, on s’est fait connaitre et on a pu avoir un courant d’adhésion. Avec les cotisations des membres et l’aide de TMEA. Nous devrons en principe avoir également un soutien de l‘Etat qui permettra au secteur d’avancer et apporter une contribution effective à l’économie du pays. »

Et de poursuivre : « …il y a une avancée, puisque aujourd’hui nous sommes un partenaire clé des institutions du secteur public, ce qui est un avantage de taille, puisque nous sommes représenté dans les conseils d’administration des institutions techniques du secteur du tourisme en l’occurrence l’Office Nationale du Tourisme (ONT). Nous sommes également reconnus au niveau du ministère qui a le  tourisme dans ses attributions et nous plaidons pour avoir un ministère dédié entièrement au tourisme. Nous sommes représentés dans les commissions nationales d’élimination des barrières non-tarifaires. Tous ces atouts représentent des percées qui permettront de faire avancer les doléances du secteur du tourisme, en plus des groupes techniques de travail du Doing Business dans lesquels HTB est déjà représenté. Et même si le partenariat public privé n’est pas encore effectif, une des étapes est déjà franchie. . »

Avec les pas franchis à ce jour, le tourisme burundais pourra voir des jours meilleurs, pour autant que les efforts soient fournis pour atteindre les objectifs que s’est fixé la Chambre HTB.

 

Moïse MAZYAMBO

 

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