Tourisme : Atouts et défis du secteur Hôtellerie et Tourisme avec Mme Marie-Josée Inès Mpundu

Tourisme : Atouts et défis du secteur Hôtellerie et Tourisme avec Mme Marie-Josée Inès Mpundu

Mme Marie-Josée Inès Mpundu, présidente de la chambre sectorielle de l’Hôtellerie et du Tourisme ©Akeza.net

Alors que pour de nombreux pays de l’EAC le secteur de l’hôtellerie et du tourisme constitue une manne pour les économies locales, le secteur semble avancer à reculons au Burundi. Une situation à laquelle devrait pallier les différents intervenants dans le secteur de l’hôtellerie et du tourisme. Nous avons rencontré Marie-Josée Inès Mpundu, présidente de la chambre sectorielle de l’hôtellerie et du tourisme qui nous parle des difficultés que rencontre la chambre mais également de projets et stratégies qu’elle compte mettre en place pour relancer le secteur de l’hôtellerie et du tourisme au Burundi.

 

Akeza.net : Qui est Mpundu Marie-Josée Inès ?

Mpundu Marie-Josée Inès : Mpundu Marie-Josée Inès est la présidente de la chambre sectorielle de l’Hôtellerie et du Tourisme du Burundi et aussi la directrice générale du tour opérateur « Burundi Safaris et Souvenir ».

Je suis dans le secteur du tourisme depuis 2011. En effet, à la fin de mes études universitaires, j’ai eu du mal a trouvé du travail et c’est ainsi qu’avec mon frère nous avons décidé de monter ce tour opérateur que nous avons enregistré en 2011. Nous travaillons dans la réservation d’hôtel et de maisons de passage, la location de voiture et l’organisation de voyages touristiques.

Je suis membre de la chambre sectorielle de l’Hôtellerie et du Tourisme depuis quasiment la création de notre entreprise.

 

Akeza.net : Vous êtes la présidente d’un secteur qui rassemble beaucoup de personnes et d’institutions. Vous êtes pourtant très jeune. Comment les avez-vous convaincus de vous élire ?

Mpundu Marie-Josée Inès : J’ai été membre ordinaire de la chambre avant de devenir, en 2016, membre du comité exécutif sous la présidence de Mme Lyse Bizindavyi. Après son départ pour l’étranger la même année, j’ai été élu pour remplacer Mr Denis Nshimirimana à la vice-présidence de la chambre. Lui étant devenu le président.

En Juin 2017, Mr Denis démissionne, ce qui m’a conduit directement au poste de présidente de la chambre.

 

Akeza.net : Quels sont vos ambitions à la tête de la HTB ?

Mpundu Marie-Josée Inès : J’ai l’ambition de promouvoir le tourisme burundais comme je le fais avec le tour opérateur. J’aime le tourisme, j’aime voyager, j’aime faire visiter mon pays car le Burundi est un beau pays. Je voudrai que le tourisme au Burundi soit le levier du développement durable comme c’est le cas dans de nombreux pays au monde.

En ce qui concerne la chambre, je voudrai que tous les membres comprennent que la chambre est très importante. Comme nous le savons, la chambre défend les intérêts des hôteliers, des tours opérateurs, des restaurateurs et des agences de voyages. Il est donc important que les membres viennent vers la chambre pour que celle-ci fasse son travail.

 

Akeza.net : Quels sont les difficultés de votre secteur en ce moment ?

Mpundu Marie-Josée Inès : L’une des grandes difficultés que nous rencontrons se trouve au niveau de certaines taxes. En effet, il arrive que l’administration public réclame à nos membres certaines taxes qui sont sensé être supprimées. Cependant, un plaidoyer a été fait pour que cette taxe ne soit plus payée par les acteurs du secteur du tourisme et cela prend fin.

L’autre grande difficulté est la rareté de touristes au Burundi. En effet, il n’y a pratiquement plus d’entrée de touristes au Burundi. Cette situation est largement due à l’impossibilité d’acquérir le visa à l’entrée. Cela freine l’arrivée des touristes, investisseurs et autres hommes d’affaire.

En ce qui concerne la chambre, c’est surtout le manque de cotisations de ses membres qui pose souvent un problème vu que la chambre vit des cotisations de ses membres.

 

Akeza.net : Votre secteur était presque totalement en veilleuse avec la crise de 2015. Pouvez-vous noter des signes d’une amélioration à l’aube de l’an 2018 ?

Mpundu Marie-Josée Inès : Nous travaillons dans l’amélioration des choses dans le secteur du tourisme au Burundi. Nous avons par ailleurs, grâce à un financement de TradeMark East Africa, élaboré un plan stratégique avec l’appui du BBIN (Burundi Business Incubator) qui prévois un certain nombre d’actions pour relever le niveau du tourisme burundais. Parmi ces actions nous comptons une série de formation pour l’ensemble du personnel hôtelier au Burundi en partant des managers aux serveurs et femmes de chambre, des formations en techniques d’accueil et de guidage pour les tours opérateurs.

Nous mettons également en place un plan de plaidoyer auprès du gouvernement et des institutions susceptibles d’aider le secteur du tourisme enfin d’aider à la promotion du tourisme sur le plan marketing.

Nous nous préparons à travailler sur l’aménagement ou le réaménagement de 20 sites touristiques à travers le pays sur 5 ans, avec le projet de travailler sur 5 sites touristiques par année. Ce qui nous permettra d’apporter un réel changement au secteur. Cela implique également la réhabilitation des routes. Bien évidemment ce travail devra se faire en collaboration avec le gouvernement et l’Office National du Tourisme.

 

Akeza.net : L’EAC connaît en général de belles retombées touristiques où le secteur est souvent le second contributeur du PIB. Qu’en est-il du Burundi ?

Mpundu Marie-Josée Inès : Le tourisme au Burundi ne va pas très bien. Nous avons du mal à attirer des touristes et le peu de ceux qu’on peut appeler touristes sont pour la plupart des expatriés travaillant au Burundi et qui découvrent peu à peu la richesse touristique de notre pays.

Je pense qu’avec l’octroi du visa à l’entrée mais également du visa touristique unique de l’EAC, cela couplé à l’aménagement des sites touristiques et la mise en place de l’infrastructure adéquate, le secteur du tourisme au Burundi sera à même de créer une industrie qui pourra générer suffisamment de profits pour véritablement peser sur l’économie nationale.

 

Akeza.net : Face aux pays de l’EAC, très agressifs, on a l’impression que le Burundi sommeille un peu. Quels sont vos initiatives pour pallier à ce manque ?

Mpundu Marie-Josée Inès : Chaque pays de la sous-région possède aujourd’hui un évènement culturel annuel qui attire de nombreux touristes. C’est le cas du Kenya, de la Tanzanie, de l’Ouganda ou encore du Rwanda. Seul le Burundi reste à la traine sur ce sujet.

Cependant nous pensons que le Burundi va rattraper son retard par rapport à cela. En ce mois de Novembre, le ministère de la culture, jeunesse et sport organise un festival appelé « Umurisho w’Ingoma » et nous pensons que cet évènement devra être touristique et annuel et durera une semaine.

Une semaine entière dédiée au tourisme permettra de faire la différence dans ce secteur.

Ce genre d’évènement attire des milliers de touristes, d’opérateurs hôteliers et touristiques et d’investisseurs qui viennent exposer et créer des contacts. Cela représente un véritable vivier pour les hôtels, les restaurants, les artisans, les boutiques de souvenir. Une source de revenu importante mais surtout une porte ouverte à la beauté du Burundi.

 

Akeza.net : Quelles sont les forces et les faiblesses du secteur Hôtellerie et tourisme du Burundi ?

Mpundu Marie-Josée Inès : Le Burundi a beaucoup à offrir en termes de tourisme. En plus de la qualité de l’accueil du peuple burundais et – disons-le – de la fraicheur de nos produits alimentaires, le pays possède un véritable atout environnemental avec une flore riche. A titre d’exemple, vous pouvez rouler 4h entre Bujumbura et Muyinga et observer de la verdure à perte de vue. Un paysage que vous ne trouvez pas toujours dans les autres pays de la sous-région.

Mais le plus grand atout du pays est culturel. Il s’agit du « Tambour sacré » qui est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial d l’UNESCO. Notre tambour fascine ; pour preuve, le tambour se classe meilleur exposant à la foire internationale du tourisme de Berlin (ITB) en Allemagne depuis 2011.

Promouvoir le tourisme autour de ces outils culturels serait un moyen d’attirer plus de touristes.

Néanmoins, la réticence de certains opérateurs à joindre la chambre pour un travail commun reste un problème pour le secteur. Les opérateurs devraient comprendre que ce n’est qu’en s’unissant que nous pourrons renforcer le secteur hôtellerie et tourisme car l’union fait la force.

 

Propos recueilli par Moïse MAZYAMBO

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