Tanguy BITARIHO sort bientôt le roman poétique : « Les Contoirs de l’Être-Ange Robert »

Tanguy BITARIHO sort bientôt le roman poétique : « Les Contoirs de l’Être-Ange Robert »

Tanguy BITARIHO ©DR

Lorsque le slam fait son introduction au Burundi en 2011, Tanguy Bitariho fut l’un des premiers à l’embrasser et à briller avec ses textes. Avec le collectf Phoenix notamment, il a illuminé bien de scènes de la beauté de ses textes et la musicalité de ses déclamations. Parti poursuivre ses études en France, il y a découvert le conte. Il devient donc compteur sans délaisser le slam. Il participe d’ailleurs à plusieurs championnat et tournois de slam qu’il finit souvent dans le trio de tête. Aujourd’hui, c’est un roman poétique qu’il a décidé de publier. Nous avons rencontré le jeune auteur. Il nous raconte tout ça, d’un ton posé…

 

Akeza.net : Qui est Tanguy ?

Tanguy R. BITARIHO : Je m’appelle Tanguy R. BITARIHO. Je suis né au Burundi en 1990. Actuellement j’habite et je vis en France à Nancy où je suis Conteur. Mon métier est de faire des ateliers d’écriture et des spectacles autour du Conte, du Slam et de la Poésie en général. Ainsi j’ai la chance d’aller régulièrement dans des centres culturels, des écoles, des salles de spectacles etc, pour faire vivre et partager la Poésie.

 

Akeza.net : Comment est-ce que vous vous retrouvez aujourd’hui en France ?

Tanguy R. BITARIHO : Je suis arrivé il y a presque 8 ans je crois. D’abord pour l’université. J’ai fait des études de Culture et Communication à Nancy. Là-bas, j’ai fait une spécialisation en littérature jeunesse et c’est là que j’ai découvert le Conte. J’ai beaucoup discuté avec le professeur que nous avions. Il était conteur également et il m’a beaucoup inspiré. En discutant avec lui j’ai découvert que l’on pouvait vivre de ce métier et j’ai eu envie d’essayer à mon tour.

 

Akeza.net : Avant de quitter le Burundi, vous faisiez du slam ?

Tanguy R. BITARIHO : Oui. J’ai découvert le slam au Centre Culturel Français à Bujà. Il y a eu un tournoi slam autour des 10 Mots de la Francophonie. J’étais très timide et j’avais à peine 18ans. Malgré ma peur, j’y suis allé et j’ai osé monter sur scène. C’était cool. Je suis arrivé en final et j’ai perdu lors d’une battle d’impro. Ce jour-là j’ai découvert combien j’aimais écrire et dire mes textes sur scène. Depuis je n’ai pas arrêté. On a créé plusieurs collectifs slam avec différents amis. On a fait quelques spectacles au Centre Culturel Français. On est parti à Kigali faire d’autres shows poétiques et découvrir ce qui se faisait chez les voisins. Le slam existe au Burundi depuis déjà un moment et c’est un plaisir de savoir que d’autres, plus jeunes ou moins jeunes, continuent d’en faire.

 

Akeza.net : Que représente le slam en général pour vous ?

Tanguy R. BITARIHO : C’est de la Poésie ! Le seul truc nouveau dans le slam c’est le mot « Slam ». Tout le reste c’est ce que la Poésie a fait et fait encore depuis que l’humanité existe. On a toujours eu besoin d’échanger, de discuter, de partager des choses, des émotions, d’avoir un prétexte pour se rencontrer. Dire des textes, c’est juste un prétexte pour rencontrer des gens. Autour de la Poésie, on apprend à se connaître. A se connaître soi-même. Et à connaître les autres.

 

Akeza.net : Depuis que vous êtes en France, dans combien de compétitions slam avez-vous déjà participé ?

Tanguy R. BITARIHO : Oulah ! Plusieurs ! J’ai fait la Coupe de la Ligue Slam de France, Lausanne Slam, Le Tremplin Slam du Mans, Le Micro de Bois, Les 24h du Slam, Le Grand Slam National, Le Festival des Terre Happy des Forts Rêveurs et plein d’autres dont je fais l’affront d’oublier. Du slam il y en a partout. Il y a certes les grands festivals et tournoi dont je parle ici mais il y a plein de petites scènes ouvertes et petits tournoi locaux ! D’ailleurs ce sont eux les plus importants. C’est la Poésie de quartier à petite échelle qui fait vivre le plus le slam. On n’aura jamais assez d’argent de budget pour faire que des grands festivals de poésie. Mais des petites scènes dans des bars, des centres culturels de temps en temps, régulièrement, avec ça on fait vivre la poésie ! Avec ça on la partage auprès du plus grand nombre.

 

Akeza.net : Comment appréciez-vous le niveau du slam en France à celui du Burundi ?

Tanguy R. BITARIHO : En France c’est plus technique. La culture du slam et des compétitions existe depuis plus longtemps. Alors le niveau est un peu plus compétitif lorsque c’est un tournoi. Néanmoins les scènes ouvertes restent accessibles à tous les niveaux et tous les débutants. En France aussi il y a des débutants qui ont peur, qui bégayent et qui ne parlent pas bien français. D’ailleurs à ce sujet, je me suis toujours dis qu’il nous faudrait, au Burundi, arrêter un jour d’avoir un complexe vis-à-vis du français et du kirundi. On a la chance de parler plusieurs langues au Burundi, là où en France, on ne parle que le français. J’aimerais un jour entendre et voir des slameurs burundais, oser prendre le parti de faire de la Poésie en kirundi, en swahili ou dans n’importe quelle langue de notre coin du monde ! Oser embrasser notre culture burundaise dans le contemporain de notre époque ! Oser faire de la Poésie en kirundi et en français ! Du slam en ki-français. Dans tous les cas être décomplexé sur sa langue et oser

 

Akeza.net : Aujourd’hui vous avez décidé d’écrire votre premier roman poétique intitulé « Les Contoirs de l’Être-Ange Robert ». Parlez-nous-en

Tanguy R. BITARIHO : En résumé, le personnage principal prend conscience qu’il est dans le coma. Du fond des « ténèbres » de son coma, il ne songe qu’à se réveiller, à ne pas s’oublier. En perte de lui-même, en perte de ses mots, c’est à travers les autres malades de l’hôpital qu’il va se découvrir.

 

Akeza.net : Pourquoi avez-vous préféré pondre un roman poétique ? Quel est l’objectif ?

Tanguy R. BITARIHO : J’ai toujours voulu faire quelque chose de mon écriture. Dans le slam j’ai découvert qu’on pouvait écrire dans l’objectif d’être entendu et pas seulement d’être lu. Cependant j’ai toujours eu une envie d’écrire pour que ce que je dis sur scène, qu’on puisse prendre autant de plaisir à le lire soi-même qu’à l’entendre dit sur scène. Ainsi j’ai voulu très vite faire un roman dans lequel j’incorporerais des poèmes pour répondre à mon domaine de prédilection qui est la Poésie.

 

Akeza.net : Ce roman est-ce un condensé de tous les textes que tu as déjà produits ?

Tanguy R. BITARIHO : Non. J’ai encore plein d’autres textes. Certains trop mauvais pour être un jour partagé avec qui que ce soit et d’autres que j’espère arriver à monter dans de futurs projets. Certes c’est un ensemble de plusieurs de mes textes mais ce n’est pas juste un recueil. Ce livre n’est pas qu’un Best Of de mes poésies. Ce sont plusieurs textes que j’ai choisi au préalable de façon minutieuse pour faire un tout cohérent. Quand il sortira, je serai heureux si les gens comprennent que chaque texte, chaque ligne dans cet ouvrage est en lien avec ce qui était avant et ce qui suit après.

Akeza.net : Quels sont les différents sujets traités dans ce roman ?

 

Tanguy R. BITARIHO : C’est une fresque. Des contes d’entrelacs, des portraits de plusieurs adolescents qui, par leurs histoires, racontent les adultes dont ils sont le miroir. Le format de l’œuvre est à cheval entre la nouvelle, le conte, le slam et la poésie.

Tout en abordant certains sujets graves tels que le viol, le harcèlement, ou encore le racisme, l’histoire traite, sur un ton de légèreté, de questions d’amour, d’acceptation de soi et d’élévation.

 

Akeza.net : Quelles sont vos perspectives d’avenir ?

Tanguy R. BITARIHO : Continuer à faire ce que je fais. Voir naître et grandir ce premier livre. Voir naître et grandir les autres livres que je compte écrire plus tard. Continuer à faire des ateliers d’écriture auprès de tout public. Continuer de faire des spectacles et faire connaître mon travail. Et j’espère toucher un plus large public au fur et à mesure des années.

 

Propos recueillis par Fleurette HABONIMANA

Comments

comments