Sembura: redonner ses titres de noblesse à la littérature de la région des Grands Lacs

Sembura: redonner ses titres de noblesse à la littérature de la région des Grands Lacs

C’est sur une initiative de professeurs des universités de la région des grands lacs appuyée par une fondation Suisse « Sembura » que la plateforme littéraire Sembura voit le jour en 2006. C’est un cadre de promotion de l’enseignement des langues et de la littérature dans cette région en vue de valoriser les talents littéraires. Prof. Juvénal NGORWANUBUSA, professeur de littérature à l’université du Burundi, également écrivain et l’un des initiateurs de ce projet nous emmène dans cet univers où la littérature sert de tremplin dans la promotion de la paix dans une région plus ou moins troublée.

« Nous avons estimé que les hommes et les femmes des lettres de la région des grands lacs avaient une mission qui est de vanter une culture de paix dans cette région. Autrement dit, c’est une manière de redonner ses titres de noblesse à littérature, donner une place à la chose littéraire », explique le Professeur Juvénal Ngorwanubusa, à qui revient la préface de la 3ème anthologie de Sembura.

Comptant à son actif 3 anthologies déjà publiées qui rassemblent les textes des écrivains de cette région (du Burundi au Rwanda en passant par la RDCongo), la plateforme Sembura promeut le vivre ensemble. Selon le Professeur NGORWANUBUSA, les mots ne sont pas pour eux des fusils chargés mais plutôt une manière de rasséréner les cœurs. C’est la raison pour laquelle toutes les activités de ce ferment littéraire tournent autour du thème fédérateur « émergences, renaître ensemble ».

 

Afin d’accomplir cette noble mission, des descentes dans des écoles de la sous-région et un colloque régional sont prévus, à chaque publication d’anthologie. Une manière de conscientiser les jeunes sur l’importance de la littérature. C’est après avoir constaté que le domaine littéraire a été laissé à l’abandon. « Certaines écoles ont plus ou moins abandonné les dissertations. Les filières des langues et lettres ne sont plus encouragées alors que ce sont elles les porteuses de la culture générale. Avec nos descentes, nous voulons que les jeunes puissent s’inspirer des talents contenus dans ces anthologies afin de les inciter à écrire », indique le Prof. Juvénal, ancien Directeur de l’Unesco.

Quid de la littérature burundaise ?

« La littérature burundaise existe mais n’est pas lue. Même les enseignants n’en font pas recourt dans leurs matières », s’indigne le Professeur NGORWANUBUSA. Au moment où le Burundi regorge d’un nombre conséquent d’œuvres offertes par des écrivains comme Adrien Ntabona, Jean Baptiste Ntahokaja ou encore les nouvellistes Katihabwa, Kaburahe, etc. Sans oublier les romancières Marie Louise Sibazuri et Colette Samoya. Ces noms ont marqué la littérature burundaise. Il renchérit en disant qu’au Burundi la littérature est encore considérée comme un luxe. Dans un pays où certains intellectuels n’arrivent pas à joindre les 2 bouts du mois, c’est difficile de s’acheter un livre. « La volonté est là mais les moyens ne suivent pas », dixit Prof Juvénal.

Toutefois ce fervent des lettres salue des initiatives comme le Prix Michel kayoya, Prix Rumuri ou encore Sembura. Selon lui, les jeunes commencent à s’y mettre petit à petit et à participer aux appels à écriture. Partant de là, il exhorte les jeunes à prendre le livre comme un ami car le livre est une nourriture de l’esprit. Autant que manger est une nourriture du corps. « Ce n’est pas langue qui fait qu’une œuvre soit bonne ou mauvaise mais la valeur intrinsèque ». Pour dire que la langue n’est pas une barrière. A vos plumes donc…

Fleurette HABONIMANA

Comments

comments