Safi NZEYIMANA, de mendiante à brodeuse

Safi NZEYIMANA, de mendiante à brodeuse

Le bonheur se trouve parfois au coin d’une rue. Cette phrase, Safi NZEYIMANA, en a fait l’expérience. Alors qu’elle vivait de mendicité dans les rues du quartier Asiatique, cette mère de 34 ans a vu sa vie changer grâce à une rencontre et sa volonté de sortir de la misère de la rue. Ne sachant pas de quoi sera fait son lendemain et ni celui de ses enfants autrefois, l’habitante de Buterere entrevoit un meilleur avenir pour elle et ses enfants. Sa success story mérite d’être racontée.

 

« Je me levais très tôt… »

C’est avec un léger sourire en coin, l’air de nous dire que tout cela fait désormais partie du passé, que Safi NZEYIMANA nous raconte son histoire. Une histoire qui commence dans les rues du quartier Asiatique et du centre-ville de Bujumbura. Car si aujourd’hui elle a bonne mine, cela n’a pas toujours été le cas pour elle. « Autrefois j’avais l’habitude de placer mes enfants en ville. Je me plaçais avec mes enfants devant une mosquée au quartier Asiatique et j’en envoyais d’autres en ville, devant le marché. Nous le faisions pour avoir de quoi manger parce que la vie était très difficile », nous raconte Safi NZEYIMANA. Devant l’incapacité de nourrir ses enfants, la mendicité était alors le seul moyen pour elle de se nourrir. Et cantonnée à cette vie, aller à l’école n’était pas une option. Il fallait manger d’abord.

Et même lorsque le plus âgé supplia sa mère de l’envoyer à l’école, la cause du ventre eut raison de toutes ses aspirations. « J’ai 6 enfants et ils n’allaient pas à l’école. Je me levai très tôt le matin avec eux et on allait mendier en ville. J’ai un fils très intelligent qui s’appelle Abdul. Il m’avait toujours demandé de l’envoyer à l’école. Et je lui disais : ‘’Si tu vas à l’école, qu’allons-nous manger ?’’ », nous  confie la mère. La situation était tellement précaire pour cette famille que le fils ainé a fini par devenir sans domicile fixe. « Il a fini par devenir un SDF. Et pendant une année, je ne savais pas où il était », dit-elle attristée par cet épisode.

 

Le jour où tout a changé

Mais alors que Safi NZEYIMANA se débattait avec ses enfants dans la rue, elle était loin d’imaginer que leur vie allait prendre un nouveau virage.

Alors qu’elle est à la recherche de son fils disparu depuis un an, Mme Safi fait la rencontre d’une demoiselle de l’association YBSP. Une rencontre qui va tout changer

« Un jour, alors que je cherchais mon fils disparu, j’ai fait la rencontre d’une dame qui s’appelle Kelly. Elle me dit : ‘’Tous les jours en allant au quartier Asiatique, je te croise au même endroit. Que fais-tu ici ?’’. Je lui ai dit que je cherchai comment nourrir mes enfants. Et je lui ai raconté mon histoire. Elle m’a ensuite demandé s’il n’y avait pas moyen que j’envoie mes enfants à l’école. Je lui ai dit que c’était compliqué parce que ces enfants cherchaient avec moi comment vivre tous les jours. Elle m’a dit que la vie pourrait changer et que je devrai envoyer mes enfants à l’école. Je les ai alors réuni. Elle m’a également aidé à retrouver celui qui était porté disparu. Elle a trouvé une école pour mes enfants et leur a également trouvé des cahiers pour qu’ils étudient », confie Mme Safi.

Ainsi grâce au programme « Education pour tous » lancé par l’association YBSP, les enfants de Safi NZEYIMANA ont pu retrouver le chemin de l’école. Il aura fallu ensuite trouver un moyen pour leur mère de nourrir ces derniers et d’en prendre soin. Et c’est par un autre programme, « Women Empowerment », que Mme Safi va bénéficier d’un don pour commencer un commerce pour s’occuper de sa famille. Un fond de départ qui va l’aider à devenir autonome et à voir la vie plus en rose.

« Les choses ont commencé à changer à partir de là. Une dame qui s’appelle Rébecca m’a donné 50.000 Fbu. Avec cet argent, j’ai acheté des avocats que je vendais en gros. Avec mon bénéfice, j’ai acheté des draps sur lesquels je fais de la broderie et que je vends ensuite à des clients. Au moment où je vous parle, le premier a déjà été acheté et il y a 3 autres sur lesquels je travaille. Il me faut à peu près 20.000 Fbu pour confectionner un drap et je peux les vendre », raconte-t-elle. Et d’ajouter : « Aujourd’hui ma vie a complètement changé. Je fais mon business et je gagne un peu d’argent. Mes enfants vont à l’école, ils ont de quoi manger matin, midi et soir. »

 

« La rue n’a rien de bon »

Devenue autonome, Safi NZEYIMANA, retrouve de l’espoir. Devenu capable de prendre soin de ses enfants, elle voudrait que d’autres femmes vivant dans la mendicité comme elle autrefois puissent changer de vie et aspirent à un avenir meilleur. « A d’autres femmes qui mendient dans la rue, je voudrai leur dire que la rue n’est pas une bonne chose, surtout pour les enfants. Qu’elles aillent vers les associations qui peuvent les aider à améliorer leur quotidien. Aujourd’hui, d’autres femmes comme moi sont dans cette démarche et veulent se faire aider », dit-elle.

 

Autrefois mendiante, la vie de Safi NZEYIMANA a complètement changé. Grâce à l’aide qu’elle a reçu mais également sa volonté de vivre une meilleure vie, elle est aujourd’hui en mesure de se prendre en charge et d’espérer offrir un avenir meilleur à ses enfants. Un exemple qui prouve que quand la vie nous donne un petit coup de pousse, il ne tient qu’à nous de saisir l’opportunité et d’avancer.

 

Moïse MAZYAMBO

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