Roméo Ininahazwe, Un producteur tombé dans la musique un peu par hasard

Roméo Ininahazwe, Un producteur tombé dans la musique un peu par hasard

Roméo ININAHAZWE ©Akeza.net

Roméo Ininahazwe, ce nom nous est familier. Que ce soit avec son groupe, Etoile du Centre, ou en tant que producteur de musique, Roméo a marqué le monde la musique burundaise des 15 dernières années. Auteur de beaucoup de musique à succès, il fait partie du cercle des grands producteurs que connait ce pays. Pourtant au départ, faire carrière dans la musique n’était pas son rêve. Revenons sur l’histoire ce musicien arrivé dans la musique un peu par hasard.

 

Un coup du destin

Jeune garçon de Kinindo (un quartier de la ville de Bujumbura), Roméo Ininahazwe ne rêvait pas de faire carrière dans la musique, bien au contraire, il voulait faire des études. Mais le destin lui réservait un sort bien différent. Souffrant d’un problème de nerf lui empêchant d’étudier sans avoir mal à la tête, il est mis au repos par les médecins. 3 années sans la possibilité de poursuivre des études. N’ayant rien d’autre à faire, il se promène, il visite des endroits. Comme beaucoup de jeunes de son époque, il est membre d’une chorale, la chorale Voix des Anges de Kinindo, c’est donc naturellement qu’il se tourne vers les activités musicales. Étant dans la chorale, Roméo apprend à jouer de la guitare et d’autres instruments, la musique étant devenue la seule chose qu’il pouvait faire sans mettre en péril sa santé.

 

En 2000, il fait la rencontre d’un certain Mr Révérien qui avait la maison de production MRM (Maison Remède Musical) et qui avait tout le matériel musical sans pour autant savoir comment l’utiliser convenablement ; Il lui fallait quelqu’un qui possède des connaissances en musique. Il propose donc au jeune musicien de travailler avec lui, chose que Roméo accepte et c’est ainsi que par la force des choses que Roméo commence sa carrière d’arrangeur de musique. Le studio qui était destiné à produire de la musique gospel deviendra peu à peu un studio ouvert à tous puisqu’à l’époque les bons studios ne courraient pas les rues et il fallait faire profiter le plus d’artistes possible, tant chrétiens que profanes.

  

Des débuts difficiles

A son époque, devenir arrangeur musical n’était pas tâche facile. Alors que la nouvelle génération bénéficie des facilités d’internet, sa génération à lui a dû apprendre sur le tas. Devenir arrangeur ou producteur de musique demandait des bonnes connaissances en musique, une oreille musicale assez développée pour être capable de déceler les erreurs. Il fallait donc être attentif et surtout s’armer de patience quand on voulait avoir un résultat de qualité.

 

Quoi qu’à l’époque les techniques d’enregistrement musical n’étaient pas des plus simples, vu que le bon matériel pour faire de la bonne musique manquait. Il fait comme beaucoup de sa génération et s’en remet à l’enregistrement de voix avec des cassettes audio sur des instrumentaux pré-enregistrés. Ensuite est venu l’enregistreur analogique qui donnait la possibilité d’enregistrer sur 4 pistes les voix et d’autres instruments (guitare, piano, batterie numérique etc.). C’est donc ainsi qu’il fait ses armes et qu’il apprend petit à petit à faire des arrangements. Ce qui n’était pas toujours facile, vu les contraintes qu’imposait ce genre de technique et de matériels. « […] ce n’était pas vraiment donné parce que lorsque tu faisais une faute  fallait reprendre la piste ou quand quelqu’un chantait faux, il fallait carrément reprendre tout l’enregistrement. En plus on avait que 4 pistes, donc il fallait bien se préparer, répéter plusieurs fois avant de se mettre à enregistrer» nous confie-t-il.

 

Mais l’arrivée du numérique a rendu les choses un peu plus facile et améliorer le quotidien des arrangeurs. Dans son parcours, Roméo a pu compter sur l’aide d’autres arrangeurs et producteur musicaux. Sa soif de connaissance, son amour et sa passion pour la musique l’ont motivés à approcher des producteurs comme Bashir Dia, Botchum ou encore Jérémie auprès de qui il apprend les ficelles du métier et accroit ses connaissances. C’est à partir de ce moment que Roméo devient peu à peu un arrangeur.

 

Une carrière riche

En plus de 15 ans de carrière, Roméo Ininahazwe a travaillé avec un grand nombre d’artistes. Après avoir quitté la maison MRM, Roméo crée Kukirimba Art avec son ami Paci (Membre du groupe Etoile du Centre) qui s’occupait de la partie vidéo du studio. Peu de temps après, ils sont rejoint par Dj Daddy. Ils travailleront ensemble pendant 5 ans et produiront certains grands tubes de l’époque comme le célèbre « Leave me alone » de Big Fizzo. Néanmoins il a continué à travailler avec les artistes gospel notamment Dudu, Fortran Bigirimana ou encore Fabrice. Il travaille également avec les chorales venues de la République Démocratique du Congo. Le travail avec les chorales de la RDC lui ont permis d’améliorer et d’accroître ses compétences en enregistrement live vu que le style congolais ne pouvait être enregistré de manière correcte par programmation numérique. En marge de cela, son groupe Etoile du Centre grandissait et prenait de l’ampleur, alors l’idée leur est venu de créer un autre studio pour le groupe. Et c’est ainsi qu’avec Paci il crée Ingoma Art en laissant Kukirimba Art entre les mains des autres membres du groupe.

 

Que ce soit avec Etoile du Centre ou avec d’autres artistes, Roméo a produit un grand nombre de hits. Il fait des hits pour Big Fizzo ( Aratabura, Leave me alone…), Etoile du Centre (Bazorira, abasenga bisengera…), Uncle Krazy, T-max (Chem Chem), Lolilo, Wanajeshi, Happy Famba, Yvan musiki et bien d’autres. Autant d’artistes et autant de tubes qui ont fait de Roméo un personnage important dans la musique burundaise.

 

Avec la crise qui a touché le pays en 2015, le groupe Etoile du centre a vu ses membres se disperser, ce qui a poussé le producteur à cesser toute activité. Les 2 studios ont dû fermer faute de travail. Roméo a monté un Home studio à son domicile d’où il produit des musiques pour son album à venir mais aussi pour certains de ses amis encore au pays. Au même moment, il a créé un nouveau groupe, Ekenya band avec qui il livre des concerts à Bujumbura et aussi ailleurs dans le pays.

 

Sa notoriété dans le milieu musical burundais ne fait aucun doute. Roméo Ininahazwe a une place de choix dans le panthéon des producteurs musicaux au Burundi et compte bien revenir sur la scène musicale avec un nouvel album qui, je le crois ne manquera de marquer les esprits des mélomanes burundais.

 

 

Moïse MAZYAMBO

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