Retour sur une journée passée à Mpimba

Retour sur une journée passée à Mpimba

Une prisonnière participant dans la course de relais dans la prison.©Akeza.net

L’association Ntabariza a organisé hier des activités sportives à l’intérieur de la prison centrale de Mpimba afin de donner un cadre de divertissement aux prisonniers. Sur le programme, un match opposant les prisonniers condamnés et prévenus, course de relais, mais aussi des numéros culturels. C’était une journée impeccable.

Nous sommes à midi pile à l’entrée de la prison centrale de Mpimba. Les rayons de soleil piquent ardemment, on s’abrite un peu sous l’arbre en attendant que le policier demande  à ses supérieurs si la venue des journalistes est avisée. Les murs de Mpimba sont érigés à l’aide des pierres, de quoi donner véritablement le sens de son surnom «mw’ibuye» (dans la pierre, traduction littérale, ndlr).

Vers 14h, le policier nous fait signe. «Vous pouvez y aller», nous dit-il. Petite marche dans une allée situé entre des plantes amarantes. Avant d’arriver à la véritable entrée de la prison. On se dirige vers le bureau du patron de la prison centrale. Un petit entretien pour une histoire de briefing et de consigne s’impose. « Dans quelques minutes, on va entrer à l’intérieur de la prison, restez groupés, ne vous isolez pas, ici on compte environ 4000 personnes, et la prison est grande plus que vous ne l’imaginez», nous avertit-il.

 

Les jeunes prisonniers livrant un match entre prévenus et condamnés à l’intérieur de Mpimba.©Akeza.net

Le signal est donné, on entre dans la prison badge bien accroché au cou, bien groupés entre journalistes sous une  escorte de policiers et des «capitas» (leader des prisonniers, très respectés par leurs codétenus). Après 2 premières portes, on traverse un long couloir sombre. Plus on entrait, plus on sentait qu’on laissait la liberté derrière nous. On voyait des entrées fermées qui donnaient sur le couloir, probablement l’entrée dans les différents quartiers de la prison. Les détenus qui avaient cédé leur passage  nous regardaient  avec un air bizarre. Et nous on continuait à marcher vers le stade de Mpimba.

Qui a dit qu’à la fin de chaque tunnel il y a de la lumière ? C’est encore réel quand on quitte le couloir de Mpimba. Après notre traversée dans un couloir peu éclairé, on apercevait un peu de lumière. On nous attendait au  terrain dit «stade Mahangaiko» (stade de la galère, traduction littérale, ndlr).

Une journée spéciale pour les prisonniers

Au programme, un match opposant les prisonniers condamnés et les prévenus, une course de relais, mais aussi des numéros culturels, le tout pour le plaisir des détenus.

Avant le déroulement dudit événement, une pluie s’abat sur la prison centrale de Mpimba et ses environs. C’était dur de s’abriter dans la petite tribune du stade. De la véritable «mahangaiko» pendant une bonne trentaine de minutes. Après la pluie, le bon temps, un soleil doux a fini par éclairer ce stade qui s’est vite changé du «stade Mahangaiko» en «stade Ivyizigiro» (stade de l’espoir, ndlr).

La prison est un autre monde, murmurait un confrère après avoir repéré des connaissances avec qui il avait perdu tout contact croyant qu’ils étaient partis voir si l’herbe est plus verte à l’étranger.

Le match qui opposait les prévenus contre les condamnés s’est soldé sur un score nul et vierge. Les prévenus  ont fini par remporter la victoire après une séance de tirs aux buts (4-2). Les dames ont eu leur occasion de faire le show, en faisant une course de relais très amusante.

Jean Marie Nshimirimana, Représentant légal de l’Association Ntabariza.©Akeza.net

L’association Ntabariza apporte son soutien aux détenus

Prenant la parole, Jean Marie Nshimirimana le représentant légal de l’Association Ntabariza a d’abord remercié la direction de la prison centrale de Mpimba pour leur franche collaboration. Il s’est également adressé aux prisonniers les incitants à ne pas perdre espoir,  de se respecter les uns et les autres. «Je prêche en converti car j’ai été moi-même prisonnier. Conduisez-vous correctement, ne perdez pas espoir, demain c’est un autre jour. Dieu ne vous a pas abandonné. Toutefois, il est regrettable de voir des prisonniers qui sont ici pour le même délit qu’ils avaient commis avant leur première libération», disait-il.

Et de continuer : « Nous sommes venus ici pour vous offrir une journée de divertissement. J’ai vu des adversaires qui tombaient et qui se tendaient la main pour se relever. Qu’ils soient un bel exemple pour vous.  Notre association s’est fixée pour mission d’accompagner les prisonniers. Nous profitons de cette occasion pour vous annoncer qu’on a prévu une psychologue qui travaillera en permanence ici. Et pour vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’années, on vous a amené 3 tonnes de riz» annonçait-t-il sous un tonnerre d’applaudissement.

Une prisonnière participant aux jeux questions-réponses dans la prison centrale.©Akeza.net

Quant au directeur de la prison centrale de Mpimba, il a remercié  l’association Ntabariza pour son implication dans le bien être des prisonniers. Il a promis aux prisonniers de toujours travailler pour un léger mieux.

Avant de clôturer les activités de cette journée, il y a eu une séance de jeux questions-réponses où les prisonniers  qui répondaient correctement recevaient des prix.

La journée aura été une réussite pour tout le monde. Les prisonniers se marraient, commentaient. Ils auront passé une bonne journée, de quoi les faire oublier  qu’ils sont entre les murs de la célèbre prison du Burundi.

Armand NISABWE

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