Quid des conflits dans la musique burundaise ? (analyse)

Quid des conflits dans la musique burundaise ? (analyse)

Quid des conflits dans la musique burundaise ? (analyse) ©Akeza.net

Difficile de vivre dans une société sans conflit. Ne fusse qu’à cause des égos de chacun. Cette assertion quelque peu prétentieuse (je vous l’accorde), reste néanmoins une réalité sociale. Une réalité que connaissent assez bien les artistes musiciens burundais. En effet, le quotidien des musiciens, en plus d’être rythmé par les séances en studio, les interviews et bien plus, subit également la loi du conflit. Celle qui veut que le monde musicale ne puisse exister sans. Mais au-delà de ces conflits – récurant pour certains artistes – quel est l’impact de ceux-ci dans le monde la musique. Bien plus encore, quel est l’apport des conflits dans la musique au Burundi. Tentons ensemble d’y répondre, ou du moins d’y voir plus clair.

 

De la nature des conflits

Nous ne sommes pas sans savoir que les artistes burundais – comme c’est les cas dans de nombreux autres pays – se livrent de temps en temps à de petites guerres. Des conflits qui pour certains cas, n’ont pas de rapport direct avec la musique. Qu’ils soient ouverts ou subtils (pour ne pas dire subliminaux), ces conflits ont le don de mettre en avant les côtés les plus obscurs (simple extrapolation) des artistes. C’est, à titre d’exemple, le cas du conflit qui a opposé il y a quelques mois le chanteur Sat-B et son ancien partenaire Wanda Boy, de la petite guerre que se livrent depuis un moment les rappeurs B-Face et Fabelove, ou encore le tout récent conflit qui a opposé Sat-B à Kidumu.

Lorsque l’on y regarde de plus près, le point commun entre tous les conflits d’artistes est, et reste, l’égo. En effet, pour s’affirmer et se donner une place dans le dur univers de la musique, une bonne dose d’égo s’impose. Il y a ceux qui l’affichent de manière flagrante et ceux qui savent l’utiliser sans qu’il ne paraisse comme un bouton au milieu du visage. Dans cette jungle d’égo – surdimensionné pour certains artistes –, le moindre acte peut être considéré comme un écart qui mérite d’être réprimé avant que cela ne devienne une coutume pour le commun des mortels.

C’est notamment ce qui s’est passé lorsque Kidumu, dans une émission, a considéré que les artistes burundais étaient loin d’avoir accomplis de belles choses. Une affirmation qui a suscité l’indignation et la réaction de Sat-B qui en sorte de leader de la nouvelle génération lancera un défi à la « légende » qu’est Kidumu. Heureusement pour les 2 protagonistes, le feu s’est estompé et les artistes semblent s’être réconciliés.

Mais si certains conflits sont des luttes d’égo, d’autres par contre peuvent être de simple mise en scène. En effet, pour certains artistes il est quelques fois bon de mettre le feu aux poudres, histoire de pimenter un tout petit peu l’industrie. C’est ce que nous expliquait le rappeur B-Face, très connu pour ses morceaux « clash » envers d’autres rappeurs du « rap game ». Pour B-Face, c’est pour challenger les autres qu’il le fait. « Avant de clasher un autre rappeur, je le lui dis à l’avance. Je fais ces morceaux pour challenger les rappeurs, mettre un peu de piment dans le truc. C’est le hip-hop, c’est comme que ça se passe. Sinon il n’y a aucune animosité entre moi et les autres », dit-il. Comme quoi, il est, des fois, bon de se tirer le chignon de temps en temps.

Ensuite viennent les conflits basés sur l’argent. L’argent est le nerf de la guerre dit-on. Et les artistes ne diront pas le contraire. Wanda Boy, responsable du label Trust No Body et le chanteur Sat-B en sont de vrais exemples. Les 2 artistes ont connu de vrai remous il y a quelques mois pour des questions d’argent. Ce qui a mené à la fin de leur collaboration avec par-dessus quelques menaces quant à l’issue de la sortie de certains morceaux de Sat-B.

Et notons que les conflits ne touchent pas que les artistes. Il peut arriver que ceux-ci mettent aux prises des artistes avec des acteurs du monde des médias etc.

 

Quid de l’impact ?

Nous l’avons vu, les conflits sont de différentes natures et peuvent avoir différentes cause. Mais au-delà de ces situations auxquelles assiste quotidiennement le public, quel sont leur impact aussi bien au niveau musical qu’au niveau social ?

Dans une industrie musicale, qui sans trop l’être, ne permet pas à la grande majorité des artistes de véritablement vivre de leur musique, qu’est-ce qu’apportent les conflits aux artistes ? Au-delà des guerres d’égo, que gagnent les artistes à se prendre la tête régulièrement. La réponse paraitra – une fois de plus – prétentieuse mais force est de constater que les conflits (clash, beaf vous avez le choix) ne servent pas à grand choses.

Sat-B disait, lors d’une interview avec Akeza.net, qu’un bon conflit est celui qui rapporte de l’argent à l’artiste. En d’autres termes, décidé de se lancer dans une guerre devrait permettre à l’artiste d’en tirer réellement profit. Et on parle bien de profits pécuniaires. Si tel est le cas, les artistes qui se sont déjà lancés dans des conflits ont dû, d’une manière ou d’une autre, en tirer un certain bénéfice.

Tournons la chose autrement. Dans un monde idéal, c’est-à-dire dans une industrie où les artistes sont en mesure de produire et de vendre leur musique, un quelconque « clash » devrait permettre à ceux-ci de, non seulement attirer l’attention sur eux, mais de surtout mettre en avant leur musique et ainsi vendre plus. Rappelons que ceci n’est que pure supposition.

Revenons donc à la réalité. Dans une industrie burundaise où les artistes ne vendent pas de musique, un tel schéma est donc inenvisageable. D’aucun nous dirons que les artistes gagnent leur vie par les concerts et autres représentations. Mais cela n’est une réalité que pour très peu d’artistes parmi les plus côtés. Et encore là, les sommes ne sont pas astronomiques, sans compter le fait qu’ils ne sont pas sur scène toute l’année. Il est donc légitime de se demander à quoi peuvent bien servir toutes ces guerres.

Ne serait-il pas contre-productif pour les acteurs du monde de la musique de constamment se retrouver au centre des polémiques qui n’ont pas de réel intérêt ? Dans une époque où la musique burundaise a intérêt à réunir toutes ses forces pour aller de l’avant. Nous n’aurons pas la prétention de vouloir répondre à une question dont la véritable réponse viendrait des artistes eux-mêmes.

Quoi qu’il en soit, les conflits ne mourront pas totalement, puisque nous sommes humains. Mais la sagesse veut que l’on choisisse le moment et les raisons de s’y lancer.

 

Moïse MAZYAMBO

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