A la découverte des femmes ingénieures: Qui est Ir Jeannette KANEZA, co-fondatrice de l’association des femmes ingénieures, FIADI ?

A la découverte des femmes ingénieures: Qui est Ir Jeannette KANEZA, co-fondatrice de l’association des femmes ingénieures, FIADI ?

Le second article de notre dossier « A la découverte des femmes ingénieures » nous emmène à la rencontre de l’ingénieure Jeannette KANEZA, co-fondatrice de l’association des Femmes Ingénieures pour le développement Inclusif (FIADI). C’est dans sa tête que germe l’idée de créer la FIADI. C’est donc tout naturellement qu’elle en devient le leader. Mais d’où lui est venue l’idée de rassembler les femmes ingénieures ? Quel est l’objectif visé par ce rassemblement? Où en est-elle avec sa carrière? Les réponses à toutes ces questions sont à retrouver dans cet entretien avec Mlle KANEZA.

Akeza.net : Qui est Jeannette KANEZA ?

Ir Jeannette KANEZA : Je suis ingénieure en génie civile, option Géotechnique et infrastructures, diplômée de l’Université du BURUNDI. J’ai terminé mes Etudes en Mai 2018. Après mes études universitaires, j’ai fait une formation en céramique pendant 2 mois au RWANDA. Je suis co-fondatrice de l’Association des Femmes Ingénieures Actives pour le Développement Inclusif (FIADI). Actuellement je travaille comme Ingénieure consultante dans un projet mandaté par la coopération suisse au BURUNDI.

Akeza.net : Vous êtes co-fondatrice de l’association FIADI. D’où vous est venue l’idée de créer cette association?

Ir Jeannette KANEZA : Trouver un stage professionnel à la fin de mes études universitaires n’a pas été facile. Partout où je déposais, les recruteurs m’avançaient diverses raisons pour m’écarter. Ils disaient qu’ils ne pouvaient pas recruter une fille car il était difficile d’assurer ses charges surtout à l’intérieur du pays. Ils priorisaient donc des garçons. J’étais considéré comme quelqu’un de trop qui ne contribuerait pas à l’épargne de leurs économies.

Alors je me suis dit que si j’avais vécu une telle situation, sans nul doute qu’il y avait d’autres filles qui allaient vivre une situation pareille. C’est de là que l’idée m’est venue de faire un groupement rassemblant les femmes ingénieures afin de se motiver et de s’entraider. Je me suis associée à une amie ingénieure avec qui nous avons entamé la procédure de création et d’officialisation de FIADI.

Akeza.net : Combien de membres compte votre association actuellement? Quel est l’objectif visé par FIADI, Et quels sont les conditions requises pour y adhérer ?

Ir Jeannette KANEZA : Actuellement on est à 16. Deux sont à l’étranger, les autres sont ici au BURUNDI. Les conditions requises pour y adhérer sont : Primo être une femme, Secundo avoir terminé le premier cycle à l’université en ingénierie ; Tertio s’acquitter de tous ce qui est logistique administrative. La nationalité nous importe peu, l’essentiel est d’avoir cette volonté de contribuer. La FIADI a un double objectif. Le premier est la contribution à la promotion des métiers d’ingénieur auprès des jeunes filles dans le monde de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur. L’autre est la contribution à la promotion des femmes ingénieures dans le monde du travail

Akeza.net : Quelles relations entretenez-vous avec vos frères ingénieurs sur terrain?

Ir Jeannette KANEZA : Dans notre métier, les femmes sont minoritaires. Il faut dire que le périple commence dès notre arrivée sur les chantiers. Nos frères sont curieux de voir ce qu’on a à proposer. Gare aux dérapages (rires…). La réalité est que très peu de nos frères collègues nous encouragent. Mais nous savons que l’on doit fournir encore plus d’efforts pour gagner notre place car rien n’est facilement acquis.

Akeza.net : Quels ont été les principaux défis rencontrés lors de votre choix de faire l’ingénierie à l’Université?

Ir Jeannette KANEZA : Personnellement on m’a orienté lors de mon entrée à l’Université. Vu que j’avais réussi avec brio à l’Examen d’Etat, je n’ai eu aucun souci à l’école et à la maison. Le seul problème est survenu à la dernière année de fac. Nous étions peu nombreux dans l’option géotechnique et infrastructure. Pour comble, j’étais la seule fille. C’était quand même gênant vu que j’étais trop remarquable. Les professeurs ne parlaient qu’à moi. De plus, vu que j’évoluais dans un milieu exclusivement masculin, je me sentais parfois seule à cause de ce manque d’une compagnie féminine.

Akeza.net : Et qu’en est-il des autres défis rencontrés dans l’exercice de votre métier?

Ir Jeannette KANEZA : Lorsque tu es femme ingénieure, tu es confronté à un monde majoritairement masculin qui a tendance à te sous-estimer. Personnellement je suis obligé de crier fort pour asseoir mon autorité. Sinon beaucoup sont ceux qui pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Il y en a même qui te piègent pour voir le bagage professionnel et humaniste que tu as.
Sur les chantiers, nous sommes confrontés aux violences basées sur le genre. Lorsque tu travailles avec les hommes, on dirait que tout est permis sur toi ; que tu dois intégrer tous ce qu’ils racontent. (…des mots osés surtout). Si tu arrives sur un chantier par exemple, c’est la première chose qui t’accueille. Ils veulent t’obliger à raconter ces mots osés.

Akeza.net : Où puisez-vous les ressources de continuer à exercer malgré ces défis?

Ir Jeannette KANEZA : Personnellement, comme je sais ce que je cherche et que je suis passionnée de mon métier, je tourne le dos à toutes ces contraintes qui minent le chemin. Il y en a même qui me disent que je n’aurai pas un mari (rire). Mais je sais bien que ma réussite dépend de ma personnalité et ma détermination. Cette manière de voir les choses me permet d’y faire face. De plus j’établis des règles sur mon lieu de travail, ce qui me permet tant bien que mal de maîtriser la situation.

Akeza.net : Comment conciliez-vous votre carrière professionnelle et votre vie sociale ?
Ir Jeannette KANEZA : Personnellement, le temps m’est cher. Je planifie tout avec le temps. Cela me permet d’éviter certaines difficultés. Même à la maison aucune tâche n’est annulée à cause de mon travail. Je planifie mes tâches de manière à ce que tout se passe bien.

Akeza.net : Un mot aux jeunes filles qui veulent devenir ingénieures ?

Ir Jeannette KANEZA : Il faut qu’elles arrêtent d’avoir peurs et comprennent que ce métier est vraiment très prometteur. Il faut aussi qu’elles enlèvent de leurs tètes l’idée que l’ingénierie est un métier réservé aux hommes mais que c’est un métier qui nécessite des compétences que l’on trouve aussi bien chez les filles que chez les garçons. Le premier pas est de se lancer, et tout sera simple à condition qu’elles soient déterminées et qu’elles aient cette volonté d’affronter les défis qui surgiront.

Mon appel s’adresse aussi aux parents. Qu’ils laissent leurs enfants faire les études qu’ils veulent. Même son de cloche pour les entreprises qui discriminent les femmes. Il faut qu’elles comprennent la vraie valeur de la femme et cessent cette discrimination dans l’octroi des opportunités.

Propos recueillis par Janvier CISHAHAYO

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