Quelle est la situation du chômage et du sous-emploi au Burundi ?

Quelle est la situation du chômage et du sous-emploi au Burundi ?

Les résultats économétriques montrent que la probabilité d’être en sous-emploi ou au chômage diminue avec le ratio de dépendance, la taille du ménage et le niveau d’instruction tandis que la probabilité d’être au chômage augmente avec le niveau d’instruction. Ce sont les résultats de recherche du Centre  Universitaire de Recherche pour le Développement Economique et Social “CURDES”. Cette  étude intitulée ” Déterminants du chômage et du sous-emploi au Burundi” a été menée par trois chercheurs : Professeur Gilbert NIYONGABO de l’Université du Burundi, Éphrem NIYONGABO de l’IDEC et Fidèle IRANYIBUTSE de l’ISTEEBU.

 

Définitions

Le chômage se décline sous deux angles :

Le chômage strict :

Selon le Bureau International du Travail ‘’BIT’’, est considéré comme chômeur toute personne en âge de travailler répondant simultanément aux quatre conditions suivantes : 1) ne pas avoir eu d’activité économique au cours de la période de référence ou d’avoir pas gardé un lien formel avec un emploi, 2) rechercher un emploi, 3) faire des démarches pour cette recherche, 4) être disponible pour occuper un emploi.

Le chômage élargi :   

L’élargissement du chômage assouplit certaines conditions du chômage strict, en l’occurrence le critère de recherche de l’emploi. En effet, l’Organisation Internationale du Travail ‘’ OIT’’ reconnait elle-même que le critère de recherche de l’emploi doit être relâché dans au moins trois situations : premièrement lorsque les moyens conventionnels de recherche sont limités voire inexistants (médias, presse, internet, agences d’emploi…). Deuxièmement, lorsque le contexte économique implique de grandes difficultés à trouver ou retrouver un emploi. Troisièmement, lorsque l’immense majorité de la population est auto-employée.

Le sous-emploi

Deux formes de sous-emploi sont identifiées. Premièrement, le sous-emploi au sens du BIT appelé sous-emploi visible qui traduit un volume insuffisant d’heures travaillées sur une période donnée. Deuxièmement, le sous-emploi invisible caractérisé par une faible productivité du travail.

Un peu d’histoire

Depuis Adam Smith (1976) avec sa théorie de main invisible conduisant au plein emploi, à Keynes (1936) avec son célèbre ouvrage ‘’ Théorie Générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie ’’ jusqu’aux récents prix Nobel d’Economie de 2010 (Peter Diamond, Dale Mortensen et Christopher Pissarides) récompensés pour leurs travaux sur le marché de l’emploi, la problématique de l’emploi a toujours été l’une des principales préoccupations des économistes.

Dans le fameux carré magique théorisé par l’économiste britannique Nicholas Kaldor en 1971 qui définit les quatre grands objectifs de la politique économique, la lutte contre le chômage occupe toute sa place à côté de la croissance, de la maitrise de l’inflation et de l’équilibre extérieur ( Kaldor, 1971).

Dans son ouvrage ‘’ Macroéconomique ‘’, Mankiw ( 2010) souligne que le chômage est le phénomène macroéconomique qui affecte directement et le plus gravement les individus, la perte d’un emploi signifiant réduction du niveau de vie et détresse psychologique. Dans son rapport de l’année 2013 sur le développement dans le monde consacré à cette thématique, la Banque Mondiale (2012) souligne que l’emploi est le moteur du développement et pas seulement une conséquence de la croissance économique. Les questions de l’emploi et du chômage font partie des priorités majeures pour les gouvernements.

 

Le chômage en Afrique subsaharienne

Actuellement, les jeunes âgés de 15 à 24 ans représentent 20 % ; 17 millions de jeunes en Afrique subsaharienne entrent chaque année sur le marché du travail. Les prévisions estiment que le nombre atteindra 25 millions en 2025. En cumulé, dans les 15 prochaines années, 330 millions de jeunes actifs arriveront sur le marché du travail en Afrique subsaharienne.

 

Situation du chômage et du sous-emploi au Burundi (données de 2013-2014)

La situation d’activité a été analysée en prenant en compte le milieu de résidence, le sexe, le niveau  d’éducation, la région et le statut matrimonial. Au niveau global, 78,7 % des individus sont des actifs occupés (ils occupent un emploi), 20 % sont inactifs et 1,9 % sont des chômeurs au sens large. Ce taux de chômage au niveau national souligne la pertinence de lui adjoindre le taux de sous-emploi pour étudier les tensions sur le marché du travail burundais.

Par milieu de résidence, les données révèlent que le milieu urbain renferme beaucoup de chômeurs alors que le taux de chômage est quasi nul en milieu rural. Selon le document du Cadre Stratégique de croissance et de lutte contre la pauvreté (SCLP II 2012-2016), le très faible taux de chômage en milieu rural s’explique par le fait que la grande part de main d’œuvre au Burundi soit un peu plus de 95 % est employé dans l’agriculture.

Elle comprend surtout des lauréats du primaire et c’est seulement 1,4 % des employés dans l’agriculture qui sont passés par l’enseignement secondaire et supérieur. Cependant, ce résultat très encourageant concernant le chômage en milieu rural est à nuancer par l’incapacité du marché du travail d’offrir des emplois durables et stables. Par la suite, certaines parties de ce travail restreindront l’analyse du chômage au milieu urbain, le milieu d’analyse sera précisé chaque fois que de besoin. Pour le genre, les différences entre hommes et femmes ne sont pas remarquables au niveau des actifs occupés, des chômeurs et des inactifs.

 

Zoom sur le chômage en milieu urbain au Burundi

Le chômage strict est de 10 % en milieu urbain. Il affecte les femmes et les hommes dans des proportions semblables. Le chômage strict touche les plus éduqués. Il se situe autour de 4,5 % pour ceux n’ayant aucun niveau et ceux ayant un niveau primaire alors qu’il varie entre 14 et 16 % pour ceux de niveau secondaire et supérieur. Le chômage strict touche plus les jeunes (15-24 ans et 25-34 ans), que ce soit chez les hommes ou chez les femmes. La mairie de Bujumbura est la plus concernée avec un taux de chômage de 14% contre 2-5% pour les cinq régions restantes.

Le chômage élargi en milieu urbain dépasse de 5 points le chômage strict avec un taux de 15%. Contrairement au chômage strict qui touche les femmes et les hommes dans des proportions similaires, le chômage élargi est plus prononcé chez les femmes avec un taux de 18% contre 12% pour les hommes. Il croit avec le niveau d’éducation : 7% pour le niveau primaire et ceux n’ayant aucun niveau contre 20% pour le niveau secondaire et supérieur. Tout comme le chômage strict, le chômage élargi touche plus les jeunes. Mais plus que le chômage strict, le chômage élargi touche plus sérieusement les jeunes femmes avec près de 24% de jeunes femmes de 15-24 ans et 25-34 ans au chômage. Egalement, il touche davantage la mairie de Bujumbura avec un taux de 20%.

 Olivier Bizimana

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