Production musicale : « Trick On The Beat », celui qui a répondu à l’appel du destin

Production musicale : « Trick On The Beat », celui qui a répondu à l’appel du destin

La persévérance paie et ce n’est pas Trick On The Beat qui vous dira le contraire. Parti de pratiquement rien, ce jeune producteur de 26 ans a réussi à se faire une place de choix dans le monde de la production musicale. A l’aise aussi bien dans le gospel que dans la musique séculière, il fait partie de ces jeunes qui constituent aujourd’hui la relève. Et si l’on parlait un peu de lui ?

 

L’appel du destin

Lorsque l’appel du destin se fait entendre, il est difficile de l’ignorer. C’est un peu l’histoire de Patrick CUBAHIRO. Celui que tout le monde appelle aujourd’hui Trick On The Beat ne se destinait pas forcément à produire de la musique. A la base, il est chanteur. Il faisait partie du groupe de musique TGMG entre 2010 et 2012. Il a même enregistré 3 chansons avec le groupe. Mais quelque chose ne tournait pas rond : « Je chantais, mais ce n’était pas mon truc. Je forçais. Au fond de moi, je n’étais pas satisfait et je sentais que je devais apprendre et découvrir autre chose », confie-t-il.

Par conséquent, il met fin à sa carrière de chanteur et se met au piano. « Un jour, j’ai décidé d’apprendre à jouer d’un instrument de musique et de m’aventurer dans le monde des musiciens. J’ai eu la chance rencontrer un pianiste qui accepté de m’apprendre quelques petites notions », dit-il.

“Amateka” – Fofo Favie feat Davy (Prod by Trick On The Beat)

Conseillé par son prof de piano, il commence à s’intéresser au monde de la production musicale. « Je suis allé voir un producteur avec lequel j’avais déjà travaillé et je lui ai dit que je m’intéressais au monde de la production. Il m’a dit que l’on ne se lance pas dans la production sur un coup de tête. « Il faut le ressentir en soi et sentir que l’on a un talent pour cela », m’a-t-il dit. Ensuite il m’a parlé du matériel. Je suis sorti de là un peu découragé. Il m’avait parlé de choses qui coûtaient cher à l’époque et on n’était pas riche dans ma famille », nous raconte-t-il.

Il va donc retourner à son piano, tout en gardant un œil sur le monde de la production. Il rend souvent visite au studio d’un certain Floris (F Done It). Celui-ci va lui donner quelques notions sur le beatmaking. A défaut d’avoir un ordinateur, Trick va tout noter dans un carnet.

En mai 2012, Trick va connaitre une lourde épreuve, il va perdre son père. Ce moment difficile, il va le traverser avec sa famille.

A sa mort, le père du jeune Patrick laissait derrière lui un ordinateur. Après mûre réflexion, le jeune homme demande à sa mère la permission de s’en servir en lui disant: « Je vais faire avec cet ordinateur certaines des choses que j’ai passé du temps à apprendre. Cela va m’aider et va aussi aider la famille ». Comme s’il avait vu l’avenir, à la manière d’un prophète.

“Oloha” – DJ Philbyte feat B-Face (Prod by Trick On The Beat)

De la chambre au studio

Avec un ordinateur et un amplificateur domestique, Trick apprend à faire des instrumentaux. Il s’entraine grâce à des tutoriels sur YouTube et aux notions que lui partage Floris (F Done It). Avec de la persévérance et une bonne dose de volonté, il réussit à faire un premier instrumental assez potable. « Un jour, j’ai réussi à faire un instrumental plutôt correct et j’ai appelé les gars avec qui je chantais avant en leur proposant de chanter sur cet instrumental. Ils ont enregistré la chanson et me l’ont fait écouter. Je peux dire que c’est ce jour-là que j’ai vraiment commencé ce métier. C’était un jour spécial parce que je venais de produire quelque chose, d’autres personnes y avaient mis leur talent et au final on avait un produit qui me rendait fier », confie Trick. On est en 2012 et l’aventure commence pour lui.

S’il arrive à faire des instrumentaux, Trick n’a pas de studio. Il fait tout dans sa chambre. Et comme tout débutant, il a de nombreux ratés. Ceux-ci vont lui permettre de s’améliorer et d’affiner sa technique. « Des fois, les artistes pour lesquels je faisais des instrumentaux revenaient avec et me disaient que je devais changer des trucs. J’en profitais pour aller au studio avec eux afin d’en apprendre davantage. J’ai appris à corriger mes erreurs. C’est ainsi que je me suis amélioré », dit-il.

Depuis sa chambre, il va produire quelques pépites telles que « Vuga » (Vestine Anrison) ou encore « Hitamwo » (B-Face)

“In my heart” – Miss Erica (prod by Trick On The Beat)

Ayant réussi à mieux équiper son « home studio », il se lance dans la production complète. C’est-à-dire prendre en charge tout le processus de création d’une chanson. Après quelques temps d’apprentissage pour mieux maitriser ses nouveaux outils, il va produire le morceau « Adrénaline » du rappeur Prince Mshindi. Ce morceau va connaitre un certain succès. La consécration viendra avec le morceau « Oloha » du DJ Philbyte. Cette dernière va d’une certaine manière le propulser sur le devant de la scène.

En 2019, il décide de sortir de sa chambre et de monter un vrai studio. C’est là que va naitre Trix Lab. « Par la grâce de Dieu, j’ai aujourd’hui mon propre studio. Les artistes m’acceptent comme producteur. Ils me font confiance. J’ai d’ailleurs pu travailler avec Sat-B sur le morceau « In my heart » de Miss Erica. Cela me rend fier de voir que je suis capable aujourd’hui de travailler avec des artistes comme Sat B », confie le producteur.

Trick On The Beat dans son studio avec la rappeuse Gladys Iglesias ©DR

Entre ces début en 2012 et aujourd’hui, Trick On The Beat a produit quelques morceau notable. On pourra citer “Vuga” (Vestine Anrinson/2017), “Oloha” (DJ Philbyte feat B-Face/2018), “Amateka” (Fofo Favie feat Davy/2018), “Ngumizamwo” (Mirror Team/2018), “In my heat” (Miss Erica feat Sat-B/2019).

 

Amour et Unité

Quand on lui parle d’avenir, Trick a une vision très large. Pour lui, l’intérêt du plus grand nombre l’emporte sur les considérations personnelles. Le producteur parle d’amour et d’unité qui, selon lui, sont les seuls moyens d’avoir une industrie musicale des plus efficaces.

« Pour le futur, je voudrai que notre musique traverse nos frontières. Je voudrai voir nos artistes invités à l’étranger pour des shows et des concerts. Je voudrai que notre musique soit respectée. Que les artistes et tous ceux qui travaillent dans le domaine de la musique puissent réussir à vivre de cela. Que l’on puisse être capable de faire le tour du monde et apporter notre touche à la musique du monde. Mais le plus important est que l’on puisse être unis. Producteur, artistes, DJs, tout ceux qui travaillent dans la musique. Qu’il y ait de l’amour et de l’unité. Que nous travaillons pour l’intérêt de tous. Et que nous travaillons tous à porter loin la musique burundaise », dit-il l’espoir plein les yeux.

D’ici à ce que ce grand rêve se réalise, Trick se consacre pleinement sur son travail tout en promettant des morceaux encore plus beaux à l’avenir.

 

Moïse MAZYAMBO

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