Prévenir le suicide pour préserver la vie

Prévenir le suicide pour préserver la vie

Noel KWIZERA, psycho clinicien ©Akeza.net

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), une personne se suicide quelque part dans le monde toutes les 40 secondes. Le plus souvent, ce sont des hommes qui mettent fin à leurs jours parce que, en partie, certains d’entre eux ne parlent pas de leurs problèmes et soucis à leurs proches.  Zoom sur la lumière noire du suicide lors de la 19ème journée mondiale de la prévention du suicide ce 10 septembre 2021.

 

Des chiffres effrayants

Au Burundi, les tentatives de suicide sont souvent considérées comme « une preuve de lâcheté », « liées à l’hérédité » ou « réservées aux personnes qui souffrent d’un trouble mental », note Noel KWIZERA, pscho clinicien.

Autant d’idées reçues mais qui ne reflètent pas du tout la réalité. «  L’absence de données actualisées au niveau des ministères de la santé publique ou de la justice nous empêche d’appréhender le phénomène dans toutes ses dimensions », regrette Violette KEZAKIMANA de l’Association pour la promotion de la santé mentale, MPAGACIRO.

Le dernier rapport de l’OMS note qu’entre 2012 et 2020, 1617 Burundais dont 1216 hommes et 401 femmes ont mis fin volontairement à leurs jours. Malgré cette situation, la question n’a pas encore reçu l’attention d’autres sujets de santé publique comme le VIH/Sida ou le cancer, relève le psychologue KWIZERA.

 

La crise silencieuse des hommes

Selon l’Association pour la promotion de la santé mentale, le sexe masculin est associé à un taux de suicide plus important. Les hommes eux-mêmes ne parlent pas des problèmes qu’ils traversent. « Les hommes sont généralement considérés comme des personnes alexitymiques c’est-à-dire incapables d’exprimer facilement leurs pensées, d’où le repli vers l’alcool, le désespoir, la dépression et enfin le suicide », indique la psychologue KEZAKIMANA.

Elle ajoute que la souffrance morale des hommes prend des formes variées. « Il faut tenir compte de manifestations diverses, addictions, comportements à risque, négligence de soins, problèmes relationnels, on peut aussi parler de troubles de la personnalité », affirme-t-elle.

 

Rompre avec la honte sociale pour mieux prévenir le suicide

Il est primordial de prendre au sérieux les signes avant-coureurs du suicide.  Des suicidants  se plaignent parfois à haute voix en disant : «  il faut que je mette fin à ma vie » ou encore « il  n’y a pas de raison de vivre », sans savoir exactement la portée de ces mots.  Pour le psychologue KWIZERA, ces messages sont des cris au secours, des appels de détresse.

« L’indifférence et le manque de communication seraient les pires ennemis. Il faut ouvrir le dialogue, poser des questions, écouter sans juger, le tout avec amour et patience », recommande t- il.

Pour lui, la notion de solidarité, d’entraide, apparaît comme une bonne manière de les amener à pouvoir prendre soin d’eux par eux-mêmes. L’aide entre pairs, amis, collègues, coéquipier est aussi efficace qu’une prescription d’un psychiatre, conclut il.

 

Albéric NDAYIRUKIYE

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