Portrait: Krazy Bright ou l’ambition de voir la musique burundaise au top

Portrait: Krazy Bright ou l’ambition de voir la  musique burundaise au top

Olivier Ndayishimiye alias Krazy Bright ©Akeza.net

Son nom est lié à plusieurs grands succès de la musique urbaine burundaise. Il fait partie des plus anciens producteurs dans le milieu du hip hop burundais et marque de son emprunte l’histoire de cette musique. Producteur et arrangeur, Olivier Ndayishimiye dit Krazy Bright fait partie de ceux-là qui ont marqué la musique burundaise sur les 15 dernières années.

 

Bercé par la musique depuis l’enfance

Très jeune, Olivier aime écouter de la musique, un amour qu’il tient certainement de son père. « Il aimait beaucoup écouter de la musique, il avait des 48 tours » dit-il quand il parle de son père. Alors que les autres allaient joués dehors ou se retrouvaient dans les « Ligala » (Coin de discussion), le jeune Olivier lui préférait écouter de la musique dans sa chambre. Avec un walkman qu’il achète en 1994, il écoute Oliver Ngoma, Dr Dre, Tupac et bien d’autres. Une véritable passion naissait. Et plus les années passaient plus cette passion grandissait. C’est ainsi qu’en 2000, il décide de se lancer dans la production musicale

A cette époque les artistes hip-hop enregistraient sur des instrumentaux étrangers, surtout de musique américaine. Bright faisait partie d’un groupe de rap français avec 3 autres amis du lycée du Saint-Esprit (il y a fait ses études secondaires). A cette époque des producteurs comme Botchum ou Jérémie faisaient de la production et cela l’a poussé à se lancer à son tour. Avec deux enregistreurs à cassettes, il commence à enregistrer sur des instrumentaux avec son amis Kent rappeur comme lui. Il nous explique : « J’ai donc commencé avec un certain Kent qui faisait du rap français et j’ai commencé à enregistrer sur des instrumentaux, je me rappelle même d’un instrumental du rappeur américain Ludacris qu’on avait repris. J’ai par lui suite essayé d’enregistrer nos voix directement sur l’instrumental. A cette époque on le faisait dans le jardin. Et je me souviens que cette chanson à même était joué sur Bonesha Fm. Je me suis dit qu’au final je faisais quelque chose de bon et pourquoi ne pas avancer. ». Ce qui n’était qu’un coup d’essai au départ semblait être de bon augure pour la suite. Le jeune apprenti producteur continu donc dans sa lancée

 

 

En 2005, c’est le passage à l’ère numérique et avec lui la naissance de Roc-House Records, son studio d’enregistrement. Un studio qui n’est autre que la mutation de son studio de multiplication et de gravure de Cd, ATM Records. Fini les enregistreurs analogiques, le jeune s’équipe d’un ordinateur, d’un micro et d’un piano et commence à produire des musiques pour lui et pour d’autres jeunes rappeurs comme lui. Très vite, Kent et lui sont remarqués par Nana Kinwanguzi, une journaliste à la radio Mwizero, qui les invitera à son émission. De fil en aiguille ils feront quelques concerts au CCF (actuel IFB) et passeront même à la télévision nationale. Une visibilité qui leur sera bien utile.

Dans les années 2006/2007, Bright a l’idée de donner plus de visibilité aux artistes, principalement aux rappeurs. Il travaillera donc avec des rappeurs comme Soso K, Fariouz ou encore lolilo. Et depuis le producteur a travaillé avec de nombreux artiste aussi bien à Bujumbura qu’à Gitega. Il a signé plusieurs hits de la musique urbaine burundaise à l’instar du célèbre Amanyama de Sat-B. Il a également travaillé dans le milieu du gospel avec des artistes tel que Big Zoe, des chorales tel que la chorale Voix des anges, de laquelle il faisait partie.

Mais le talent de Bright ne s’est pas arrêté au travail avec les artistes musiciens. Le producteur a également beaucoup travaillé dans le monde du cinéma. Il a travaillé sur de nombreux projets de films documentaires pour des ONG ou organismes internationaux. Il a signé les bandes originales de beaucoup de films primés au FESTICAB. Il a notamment travaillé sur le film Bad Boy du réalisateur Venuste, sur le film i Mashoka de Pascal Capitolin et Jean-Marie Ndihokubwayo et bien d’autres.

 

Rendre notre musique plus professionnelle

Pour Brigth, la musique burundaise a connu une certaine baisse de niveau, certainement dû au fait que les artistes et les producteurs sont tombés dans la faciliter et ne cherche plus à apprendre comme c’était le cas à l’époque de ses débuts. Les musiques des pays voisins ont pris de l’ascendant sur la musique burundaise. C’est l’une des raisons qui l’ont poussé à s’éloigner du monde la production musicale en 2010. Mais le producteur a décidé de revenir et 2017 sera l’année de son grand retour.

Dans le souci d’apporter à la musique burundaise une touche de nouveauté et de professionnalisme, il vient récemment de renouveler son studio (table de mixage à 40 pistes, micro professionnels etc.) et s’est déjà remis au travail.

Le producteur s’est aussi mis aux études et suit actuellement une formation en Ingénierie sonore et Production musical à l’Audio Institute of America. Une formation qui lui apportera un bagage de connaissance suffisamment grand pour faire de la musique à un niveau plus élevé. « Le but est de rendre notre musique plus professionnelle » dit-il.

Mais signalons que le producteur travaille actuellement sur la production sonore du feuilleton radiophonique Agashi.

En 20 ans, le monde de la production musicale au Burundi a beaucoup évolué. Et même si Bright et beaucoup d’autres de sa génération fontt partis de la vieille école, ce pionner dans le domaine reste néanmoins l’une des références et faudra compter avec lui pendant encore longtemps.

 

Moïse MAZYAMBO

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