Poésie : Diomède Niyonzima pour les enfants de la rue

Poésie : Diomède Niyonzima pour les enfants de la rue
Diomède Niyonzima (extreme gauche) avec des amis (www.akeza.net)

Diomède Niyonzima (extreme gauche) avec des amis (www.akeza.net)

J’ai entendu chanter!

 

Je suis celle qui accueille

Les mômes en mal d’amour qui se perdent bien souvent dans ma gueule

Ceux qui demeurent sans repères

Gosses de familles détruites, ils me prennent comme mère pour avoir des

Frères

 

Je deviens celle avec qui ils passent le plus de temps

Et ils sont fiers d’être de mes enfants

Ils portent mes couleurs dorénavant

Ils doivent prouver qu’ils sont dignes de mon rang

Me prouver à moi en prouvant à leurs frères

Qu’ils en ont dans le froc en provoquant l’enfer

Qu’ils puissent étoffer leurs palmarès

Pour alimenter le pacte, jusqu’à qu’ils se perdent dans leurs prouesses

Je leurs ai inculqué qu’il y a ni bien ni mal

Juste des faibles et des forts à l’instinct animal

Parce que dans mes artères coule la jungle

C’est chacun pour soi et tous sur celui qui va geindre !

 

 

Je suis la rue

La mère des enfants perdus

Qui se chamaillent entre mes vices et mes vertus

Je suis la rue

Celle qui t’enseigne la ruse

Viens te perdre dans mon chahut !

 

 

Viens ! tu m’as choisie comme mère quand tu es en vadrouille

Reste avec moi, quitte les bancs scolaires, j’t’apprendrai la débrouille

Tu n’as pas de place dans leur monde mais ici je t’en donne une !

A toi de la garder ! du ciment tu peux faire fortune..

Conduis toi comme un roi, le reste viendra

J ‘suis avec toi mais faut honorer le pacte, souviens toi

Je t’enseignerai l’agilité pour dompter la chance

J’ai composé la chanson celle où le Diable mène la danse

Cœur orphelin, je t’offrirai des sensations

Des jerricanes d’adrénaline, pour assouvir tes tentations

Tes parents vont me maudire, alors sans une excuse

Pour moi, tu vas les faire souffrir, je serai la cause de vos disputes !

Moi qui t’accueille à bras ouverts si tu prends la porte

Viens ! j ‘t’offrirai de l’argent à t’faire et plein de potes !

Qui seront tes compagnons, tes frères, car mes fils

Aveuglés, c’est à cœur joie, que vous sombrerez dans mes vices !

 

 

Je suis la rue

La mère des enfants perdus

Qui se chamaillent entre mes vices et mes vertus

Je suis la rue

Celle qui t’enseigne la ruse

Viens te perdre dans mon chahut !

 

 

Pour monter en grade c’est vole, deale, cambute, dévalise

Mais non balise pas, ça t’aide à affûter ta malice

Mais réalise, que si tu t’fais pincer, tu n’as plus de valeurs à mes yeux

Tu seras seul, moi mes enfants sont nombreux

Mais même en taule tu seras fier d’être un de mes mômes

Moi qui ai gâché ta vie en te façonnant dans mon monde

Je t’ai détourné des tiens, ta famille, tes études

Et toi tu me chantes des louanges, certains font même des raps sur moi

Bon à convaincre les indécis qui doutent de mes vertus

Je suis la mère diabolique des enfants perdus

Certains y ont laissé leur vie, si jeune, est-ce dur à croire ?

Mort pour l’honneur, pour le pacte, mort pour ma gloire !

Je suis la rue sans scrupules et sans cœur

Je me nourris de ces âmes perdues, si jeunes et en pleurs

En manque d’amour, je suis le recours de ces gosses en chagrin

Laisse pas traîner ton fils, sinon il deviendra le mien !

 

 

Je suis la rue

La mère des enfants perdus

Qui se chamaillent entre mes vices et mes vertus

Je suis la rue

Celle qui t’enseigne la ruse

Viens te perdre dans mon chahut !

 

 

La rue t’élève et te tue,

C’est pas ta mère et si tu crèves, elle aura d’autres enfants,

La mort ou la prison,

Le laisse pas chercher ailleurs, l’amour qui devrait avoir dans tes yeux

 

Diomède NIYONZIMA

 

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