Peut-on parler d’industrie musicale au Burundi ?

Peut-on parler d’industrie musicale au Burundi ?

Utilisée par la majorité des artistes burundais, l’expression « Industrie musicale » fait partie aujourd’hui du paysage. Cependant quoi que l’expression soit populaire chez les musiciens, l’on se demande si l’utilisation de celle-ci n’est abusive. Au regard de la situation actuelle de la musique burundaise est-il légitime de parler d’industrie musicale ? Peut-on sans hésitation considérer que l’univers musical burundais fonctionne véritablement telle une industrie. Une question plutôt épineuse qui mérite que l’on y prête un peu plus d’attention. Analyse

 

Qu’appelle-t-on industrie musicale ?

Avant d’aller plus loin dans cette analyse, il est primordial de définir dans des termes clairs ce qu’est une « industrie musicale ». Alors posons les bases.

Les spécialistes définissent l’industrie musicale comme l’ensemble des activités qui contribuent à l’offre de produits musicaux obtenus par un processus industriel de reproduction. Cette définition qui parait un peu ancienne s’étend aujourd’hui à l’ensemble des activités permettant de produire et commercialiser de la musique. Et ce, peu importe le support. Prise telle quelle, cette définition englobe donc tous le processus enclenché pour produire une œuvre musicale.

Si dans les années 1930 (année de sortie des premiers disques vinyles 78 tours), le concept d’industrie musicale ne concernait que les entreprises de presse de disque. En 2019 (l’ère du streaming), le concept est beaucoup plus vaste. De nombreux acteurs entrent aujourd’hui dans le processus de production et de vente d’une musique. Avec la naissance des maisons de production, des maisons d’édition et de distribution, des tourneurs et autres promoteurs d’évènements, la chaine s’est plutôt allongée et elle comprend des ramifications qu’il est des fois difficile à comprendre. Toujours est-il que le but principal est de vendre de la musique.

Quoi qu’il en soit, le plus important à retenir est que l’on ne peut parler d’industrie sans la notion de vente et de profit. Les artistes qui revendiquent l’appartenance à une quelconque industrie devraient donc en voir les bénéfices. C’est aussi simple que ça.

 

Industrie ou pas d’industrie musicale au Burundi

Comme mentionné plus haut, la notion d’industrie sous-entend la commercialisation de la musique. Les artistes qui écument les studios doivent avoir la possibilité de tirer profit de leur travail. Pour ce qui est du Burundi, il est difficile de parler de réelle industrie musicale. Le concept n’étant appliqué qu’à moitié ou peut-être moins. Pour le démontrer, faisons une liste des points manquants pour que la dite industrie soit effective.

 

  • Absence de vraies maisons de production (ou maisons de disque)

Pour permettre à un artiste de véritablement positionner son produit sur le marché du disque, il est important pour lui de disposer d’une maison de production. En effet celle-ci a pour rôle de créer, produire et éditer la musique. En d’autres termes, elle accompagne le travail de l’artiste depuis la conception jusqu’à la distribution de l’œuvre et donc la vente de celle-ci.

Parmi les rôles de la maison de disque, il y a également, le management de la carrière de l’artiste. Cela implique la promotion de l’artiste, l’élaboration des stratégies marketing permettant à l’artiste d’être lucratif. Aussi bien pour lui-même que pour la maison de disque.

Cependant, des structures proposant des services dignes d’une maison de disque n’existent pratiquement pas au Burundi. Le monde musical burundais disposant d’une multitude de label évoluant, pour la plus part, en mode survie. En effet, si ceux-ci réussissent à accompagner les artistes dans le processus de création et de diffusion de leur musique, l’un des chainons important manque à l’appel. Les artistes burundais n’arrivant pas à vendre leur musique ne fusse que localement. Un véritable frein à leur épanouissement.

 

  • Absence de maison d’édition et de distribution

Si les maisons de disque s’occupent généralement d’accompagner l’artiste jusqu’à la distribution de sa musique, celles-ci font appel à des maisons d’édition et de distribution de musique. Ces dernières ont depuis quelques années permis aux maisons de disque de travailler plus efficacement.

En effet, la maison d’édition se charge de veiller à ce que l’artiste touche ses droits sur sa musique. Elle s’occupe donc des droits d’auteur et permet à l’artiste d’être rémunéré pour sa musique.

Bien évidement la maison travaille en étroite collaboration avec la maison de distribution pour qui le rôle est de distribuer la musique selon les différents supports.

Ces 2 types d’institutions n’existent malheureusement pas au Burundi. Les artistes sont la plus part ignorant de leur droit et ne savent pas toujours à quel saint se vouer quand il s’agit de faire valoir leur droit.

 

  • Le concert comme principale source de revenus

Quoi que très prolifiques, les artistes burundais ne vivent quasiment pas de leur musique. Face à cette situation, ces derniers sont obligés de multiplier les apparitions scéniques s’ils veulent réussir à vivre un tant soit peu de leur travail. Et sur ce terrain il est difficile pour certains artistes de réellement s’en sortir. Le terrain de l’évènementiel est plus que jamais dominé par les plus grands noms. Ceux-ci se taillent la part du lion en ne laissant que quelques miettes aux plus petits.

Une triste réalité qui, sans l’établissement d’un vrai circuit de distribution musicale, ne cessera d’enfoncer les plus petits artistes.

 

Loin d’être réellement exhaustive voici donc là une petite liste des choses qui font qu’il est difficile de parler d’industrie musicale au Burundi. Cependant, tout espoir n’est pas perdu. Loin de là ! Il y a depuis quelques temps maintenant, des structures qui se créent pour proposer aux artistes des solutions de distributions et de ventes pouvant leur permettre de sortir la tête de l’eau. C’est le cas par exemple de la plate-forme lestar.bi qui veut faire de la vente de musique sur support électronique, disponible localement et à l’étranger.

Ce type de plate-forme permettrait d’ouvrir le champ du possible aux artistes en termes de vente.

Il faut néanmoins dire qu’il est important que les artistes, producteurs et autres managers puissent disposer d’informations adéquates en ce qui s’agit des droits d’auteur et droit à la vente dans le domaine de la musique.

En assimilant toutes ces notions et en mettant en place de véritable structure proposant des solutions de distribution, la musique burundaise pourra dans un futur relativement proche disposer d’une véritable industrie musicale profitable à tous.

 

Moïse MAZYAMBO

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