Musique : Qu’est-ce que Bobona reproche à l’industrie musicale burundaise?

Musique : Qu’est-ce que Bobona reproche à l’industrie musicale burundaise?

Musique : Qu’est-ce que Bobona reproche à l’industrie musicale burundaise? ©Akeza.net

Installé en Italie depuis quelques années, le chanteur Bobona fait partie des artistes qui ont le plus enflammé la toile en 2019. S’il n’a pas été très présent musicalement, il a très souvent fait parler de lui au travers de salves quelques peu virulents à l’encontre des acteurs du « Buja Fleva ». L’on a souvent eu du mal à connaitre les vraies motivations de cette attitude, dérangeante pour certains et nécessaire pour d’autres. Dans le fond, une question demeure : « Que reproche-t-il à l’industrie musicale burundaise ? » 

Si vous suivez un tant soit peu l’actualité musicale burundaise, vous n’êtes pas passé à côté des  frasques du chanteur Bobona tout au long de l’année 2019. L’artiste n’a pas raté une occasion de mettre son grain dans le moulin du « Buja Fleva ». Que ce soit pour encourager ou attaquer certains des acteurs de l’industrie qui, selon lui, le méritaient. Un côté belliqueux qu’on ne lui reconnait pas forcément et pour lequel l’artiste se justifie. « Le fait que je soutienne certains et que je m’attaque à d’autres est un mélange de beaucoup de choses mais surtout des déceptions que j’ai connu lorsque j’étais au Burundi », dit-il. Et loin de lui l’idée de vouloir jouer les victimes, l’artiste affirme parler par expérience.

En 2019, l’artiste s’en est souvent pris aux journalistes et animateurs culturel burundais. Une position qui relève d’un mal être vis-à-vis de ceux qu’il appelle « Amateurs » dans le métier. Ne mettant pas tous les acteurs de ce noble métier dans le même panier, il soutient néanmoins qu’il y a de ceux-là qui gangrènent la profession. Une catégorie qu’il retrouve également chez ses collègues artistes. « J’ai beaucoup parlé des journalistes culturels. A la base, tout le monde n’est pas fait pour être un journaliste ni chanteur d’ailleurs. Je ne peux pas mettre tout le monde dans le même sac. Il y en aussi qui sont bons, mais il y en a peu. Et le problème c’est que l’on ne sait pas toujours les différencier. C’est comme mélanger de la peinture blanche et noir dans un même seau. Cela donne une couleur différente de celle que l’on pensait au départ et on ne peut plus les séparer », argumente-t-il.

Cependant, il ne suffit pas de dire qu’il y a de mauvais journalistes ou animateurs. Encore faut-il avoir des arguments pour étayer sa théorie. D’où la question : « Que leur reproche-t-il ? » Et la réponse est simple pour Bobona, « Certains journalistes culturels se sont lancés dans le métier de la promotion musicale sans savoir exactement ce qu’ils doivent faire. Sans savoir quand est-ce qu’il faut promouvoir certaines œuvres », dit l’artiste. Bobona va plus loin et explique cela par le fait que certains styles de musique, jugés archaïques, sont négligés en faveur d’autres. D’autant plus que cette dernière coûterait beaucoup aux artistes en termes d’investissement. « Je ne sais pas si je suis le seul à le remarquer mais aujourd’hui, le style que je j’appellerai Word Music ou Musique live n’a plus sa place chez nous, comme cela était le cas autrefois. Et je trouve que cela est un très grave handicap pour l’évolution de notre industrie musicale», explique Bobona. Pour l’artiste, certains professionnels des médias ont donné plus de force à la musique dite commerciale. Des professionnels qu’il n’hésite pas à traiter d’escrocs. « A la base, le problème c’est sont ces journalistes amateurs, qui sont d’ailleurs des escrocs », dit-il sans sourciller.

Toutes fois, il se défend de ne soutenir qu’un seul côté. « Beaucoup de gens pensent que je ne soutiens que ceux qui font de la bonne musique (World Music, tradi-moderne ou tout simplement disons live Music). Je ne me baserai jamais sur les styles de musiques vu que moi-même je ne fais pas que du tradi-moderne. Ce serait stupide de penser à ne développer qu’un seul style de musique chez nous », dit-il pour sa défense.

Il est donc clair que Bobona serait en train de militer pour une visibilité équitable entre les styles de musique au Burundi. Pour cela, il estime qu’il faudrait une nouvelle façon de penser la gestion de l’industrie musicale au Burundi. En insistant sur le fait que ce changement est l’affaire de tous, lui en premier. « Nous devons nous-même (artistes) être capable de dire ce qui ne va pas. Sinon personne ne le fera à notre place. Je suis d’accord avec ceux qui disent qu’il faut trouver une autre façon de de gérer cette affaire. Malheureusement ou heureusement, je fais partie de cette génération qui doit apporter da sa part pour que nous parvenions à quelque chose de concret. Je pense que je n’ai pas assez donné et je continuerai à me battre pour que l’on arrive à aller de l’avant comme d’autres pays », ajoute Bobona.

Bobona est donc plus que jamais résolu à combattre ceux qu’il considère comme des freins à l’évolution de l’industrie musicale burundaise. Il promet par ailleurs d’être plus actif musicalement en 2020 avec de nombreux projet à venir. « 2020 sera une année super ! Beaucoup de chansons, de bons projets et de collaborations », conclut-il.

 

Moïse MAZYAMBO

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