Musique : L’ambitieuse Lacia « Bad Gyal » veut conquérir la scène burundaise

Musique : L’ambitieuse Lacia « Bad Gyal » veut conquérir la scène burundaise

Lacia “Bad Gyal” ©Akeza.net

Vous ne la connaissez peut-être pas, vous l’avez peut-être vu sans savoir qui elle était ou avez juste une idée de qui c’est. Elle, c’est Lacia Berline Maniratunga alias Lacia « Bad Gyal ». La jeune fille que rien ne prédisposait à faire de la musique a fait son entrée dans la grande cour de la musique burundaise avec de grandes ambitions. Chanteuse de Ragga Dance hall, déterminée et prête à tout pour percer, Lacia veut conquérir la scène burundaise et s’imposer comme une référence féminine dans le domaine et elle ne s’en cache pas.

 

« J’ai toujours aimé la musique jamaïcaine »

Contrairement à ce que l’on peut penser, Lacia « Bad gyal » n’a pas ce qu’on peut appeler un background dans la musique. En effet, la jeune fille qui n’avait jamais chanté auparavant – entendez par là qu’elle n’a jamais fait partie d’une chorale ou eu expérience musicale quelconque – s’est lancée dans la musique par passion et envie de faire un style de musique qu’elle a toujours aimé, la musique jamaïcaine. « Depuis toute petite, j’ai toujours aimé écouter la musique jamaïcaine, c’est une musique qui me plait énormément. J’ai une voix un peu grave pour une fille et à un moment je me suis dit que je pouvais y arriver, que je pouvais moi aussi chanter comme ceux que j’écoutais. Je n’ai jamais été dans une chorale ou quoi que ce soit, mais j’essayais souvent de chanter les chansons que j’écoutais et je me rendais compte que ça sonnait bien, alors au final j’ai décidé de me lancer »

Avec tous les a priori que la société a sur le monde musical, on pourrait penser que Lacia a rencontré des difficultés au niveau familial lorsqu’elle a décidé de faire carrière dans la musique. Mais la jeune artiste nous dit le contraire. En effet, elle affirme avoir le soutien et les encouragements de sa famille sur son choix. « Ma famille et mon entourage ont été étonnés par mon choix. Ils ne s’attendaient pas à ce que je fasse le choix de faire de la musique puisque rien ne laissait présager cela. Mais je n’ai pas rencontré d’opposition de leur part, bien au contraire. Ils aiment ce que je fais, ils sont fiers de moi et n’hésitent pas à m’encourager. »

Forte de cet encouragement et de ce soutien, Lacia Bad Gyal se lance dans la musique dance hall et compte bien se tailler une part de chef dans cette industrie qui manque – disons-le – de femme d’envergure.

 

« Le monde de la musique burundaise est souvent cruel avec les femmes »

Si la musique est une passion pour la jeune artiste, faire partie de ce monde à majorité masculine n’est pas toujours facile lorsque l’on est une femme. Ce qui a poussé Lacia à faire ses premiers hors des frontières du Burundi. « Le monde de la musique burundaise est souvent cruel avec les femmes. Lorsqu’on est une femme et que l’on veut faire de la musique, on a l’impression que c’est quelque chose d’étonnant pour certaines personnes. Pour d’autres on est tout simplement qualifié de fille facile, de dévergondée. Chacun a son image de la femme musicienne et c’est très souvent une mauvaise image. C’est ce qui m’a poussé à aller travailler ma musique au Rwanda pour commencer. »

Lacia « Bad Gyal » fait donc ses débuts au Rwanda en 2016 avec une première collaboration avec la chanteuse Miss Erica. « Comme je n’avais pas de chansons propres à moi, je suis allée voir Miss Erica au Rwanda, je lui ai demandé si je pouvais travailler avec elle. Et comme cela faisait un moment qu’elle n’avait pas sorti de morceau, elle a tout de suite accepté. Nous avons donc programmé un enregistrement en studio. »

Sat-B – Joto Feat. Miss Erica & Lacia [IWACU] (Prod. Trackslayer)

La séance d’enregistrement sera suivie par le chanteur burundais Sat-B, qui à l’époque se trouvait au Rwanda. Lacia et Miss Erica l’ont convié à prendre part à cette séance pour qu’il apporte son expertise. Le résultat lui ayant plu, il consentira une collaboration avec les 2 chanteuses et elles enregistreront avec lui le morceau « Joto », sortie sur l’album « Iwacu » de Sat-B.

De retour au Burundi, Lacia enregistra avec le chanteur Stikkman El Negro et de nouveau Miss Erica le morceau « Sensual Connection » sorti en janvier 2017. Avec ces 2 collaborations, Lacia Bad Gyal s’arme peu à peu pour sortir son premier morceau solo.

« Comme j’avais déjà fait des collaborations, j’ai décidé qu’il était temps que j’enregistre mon propre morceau en tant qu’artiste burundaise. Je suis donc entrée en studio et j’ai enregistré ma première chanson », nous explique Lacia. Elle enregistrera chez Master Musik Records le morceau « Turn Up ». Un morceau purement dance hall dans lequel la jeune artiste donne un bel aperçu de son talent et qui annonce officiellement son entrée sur la scène musicale burundaise.

Turn P – Lacia badgyal

Faire le buzz pour se faire remarquer

Mais Lacia Bad Gyal ne s’est pas contenté de faire un morceau pour marque son arrivée dans la musique burundaise. Elle a choisi une entrée des plus remarquables. Si vous avez l’habitude de regarder ce qui se passe sur les réseaux sociaux au Burundi, vous êtes surement tombé sur la photo d’une fille assise sur un siège de toilette, bière et cigarette à la main. Une photo osée qui a fait un énorme buzz dans Bujumbura, tout le monde se demandant qui était cette fille et pourquoi s’exhibait-elle de la sorte. Ce que vous ignorez c’est que cette réaction était voulue, comme nous l’explique la chanteuse.

 « J’ai fait ces photos pour que les gens me connaissent. J’avais remarqué que sur la chanson Sensual Connection, les gens connaissaient Stikkman et je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose qui poussera les gens à parler, à se demander qui je suis et qu’est-ce que je fais. Alors j’ai cherché un photographe professionnel qui pourrait m’aider à faire ces photos, je lui expliqué ce que je voulais comme photo pour la pochette de mon single parce que je voulais nos seulement des photos qui allaient faire parler mais aussi qui allaient faire en sorte que les gens écoutent mes chansons. Il me fallait une véritable image de Bad Girl »

Et de poursuivre : « j’avais quand même prévenu ma famille que j’allais faire quelque chose de très osé et qu’ils ne devaient pas s’inquiéter. Ils n’en ont pas fait un problème, ils m’ont fait confiance car ils savaient ce que je voulais »

Le buzz créé par ces photos a poussé de nombreuses personnes à s’intéresser à cette jeune artiste qui plus que tout veut voir son nom inscrit en gras dans l’histoire musicale burundaise.

Lacia Bad Gyal – Ndabajugumiza (Official Audio)

Une ambition qu’elle réaffirme dans son dernier morceau intitulé « Ndabajugumiza », sortie le 27 décembre 2017. Un morceau aux allures provocatrices qui dépeint assez clairement ce que l’artiste veut pour son avenir. « Ce morceau est pour dire aux gens que je viens les mettre d’accords, prouver que je suis la seule capable de faire du vrai ragga dance hall et que nul n’est comme moi. Je suis le numéro 1. Je suis une artiste, une chanteuse qui ne vient pas donner une belle image. Je suis une Bad Gyal (mauvaise fille Ndlr). Avec mon style je ne viens pas faire des choses gentilles. Les gens vont devoir m’accepter tel que je suis et prendre la musique comme je la présente »

Pour Lacia Bad Gyal, la messe est dite. Elle est la meilleure et elle va le prouver. Son ambition, régner en tant que femme sur la musique burundaise. Une grande ambition qui ne sera pas facile à atteindre. On ne peut que lui souhaiter le meilleur.

 

Moïse MAZYAMBO

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