Musique Burundaise : Et si ce n’était qu’une question d’argent ?

Musique Burundaise : Et si ce n’était qu’une question d’argent ?

Musique Burundaise : Et si ce n’était qu’une question d’argent ? ©Akeza.net

La question du développement dans la musique burundaise reste, encore aujourd’hui, une problématique de taille. Bien que les artistes semblent avoir trouvé un regain d’enthousiasme quant à l’évolution du secteur, ce progrès tant attendu reste difficile à concrétiser. Pourtant, le courage, la volonté et le talent sont là. L’industrie pullule d’artistes, de producteurs et d’arrangeurs qui réussissent à apporter une plus-value à cette musique. On se demande encore pourquoi ils semblent tourner au ralenti. Et si le problème était financier, et que le manque de moyens était l’unique problème. C’est ce que pense Freddy Jackson BACUMI, Directeur Général de Bukiv Lab qui a une idée bien définie sur la question.

 

 

Financer la promotion

A la question de savoir pourquoi « l’industrie musicale » burundaise peine encore à faire un réel bon en avant, Freddy Jackson BACUMI met les pieds dans le plat, en pointant du doigt la question financière. Pour lui, les moyens financiers investis dans la production musicale restent insuffisants pour permettre aux artistes burundais de véritablement s’épanouir via leur art. « En un mot, le problème de la musique burundaise aujourd’hui c’est le budget. Les moyens mis dans la production sont faibles quand on fait une comparaison avec les autres productions régionales ou même internationales » dit-il. La comparaison avec les industries étrangères est pleinement assumée puisqu’il considère que la musique est un produit universel et que la comparaison entre les différentes industries doit être faite.

 

Cependant, si Freddy J. BACUMI pointe du doigts le faible financement dans la production musicale, il reconnait que la situation s’améliore avec le temps. Du moins pour ce qui est de la qualité de la production. « Nous avons ce problème de budget mis dans la production. Les productions n’étaient pas de qualité et n’étaient pas à la hauteur. Aujourd’hui ce n’est plus trop le cas. Il y a des changements très sensibles que l’on peut observer », nuance-t-il.

Toutefois, si aujourd’hui la question de la qualité semble trouver sa solution, celle de la promotion des artistes et de la distribution de leur musique reste bien présente.

 

« Aujourd’hui pour faire une bonne promotion, il faut de gros budgets. Il faut des collaborations avec des stars qui coûtent, il faut que les chansons soient placées sur des plateformes importantes. Ce qui demande des moyens exorbitants. Des moyens que nous n’avons pas » dit Mr BACUMI. Et quoique certains artistes tentent, tant bien que mal, à se positionner sur un marché face à des concurrents sous régionaux beaucoup mieux lotis, promouvoir convenablement un artiste reste une lutte acharnée pour qui s’y frotte.

 

Un produit difficile à vendre

En plus de manquer de moyens pour financer la musique, les artistes se heurtent au public. Son pouvoir d’achat plutôt faible et une mentalité ne plaçant pas la musique dans la catégorie de produits achetables font que les artistes ne réussissent toujours pas à vraiment vivre de leur art. « Le pouvoir d’achat du burundais lambda est très faible. Trouver les moyens de s’acheter de la musique demande beaucoup de calcul. C’est pour cela que dans la mentalité générale du burundais, la musique n’est pas un bien à acheter », dit Freddy BACUMI. Ce faible pouvoir d’achat explique, selon lui, le faible coût des concerts au Burundi. Le coût le plus faible de la sous-région, avec une moyenne du prix du ticket s’élevant à 3000 Fbu. Cela a pour conséquence de freiner l’évolution des artistes et des acteurs du monde de la musique au Burundi, lorsque l’on sait que le marché local reste le premier bastion financier des artistes burundais.

 

Dans un monde où la musique se digitalise avec une multitude d’artistes talentueux, l’argent joue un rôle prépondérant dans l’évolution d’un artiste. Freddy BACUMI va plus loin en indiquant que le talent et le savoir-faire d’un artiste ne représenterait que 30% de sa réussite. Le reste étant lié aux moyens mis en place pour financer son développement. A cela s’ajoute la rareté des techniciens et autres professionnels du monde musical. Ce qui justifierait la retenu quant à l’appellation « Industrie musicale ». « Quand on parle d’industrie, on parle de la division du travail. Cela sous-entend des professionnels, des spécialistes. Ils ont été absents pendant longtemps. C’est vrai que ça commence à venir mais cela reste très récent et pour l’instant cela constitue un problème non résolu. »

 

Que faire ?

Pour Freddy Jackson BACUMI, il n’existe qu’une seule vraie solution : investir dans la musique en apportant des moyens conséquents. Cela passera par la mobilisation et la sensibilisation des personnes possédant des moyens importants pour investir dans la musique. « Il y a des personnes qui ont les moyens mais qui ne savent pas que le monde de la musique peut générer des profits », ajoute Mr BACUMI. La caractère « Business » de la musique devrait prendre une place plus importante. Dans le même registre, le rôle des autorités gouvernementales n’est pas à négliger. En effet, à l’instar de la grande époque de l’orchestre nationale ou encore de l’orchestre « Amabano », le gouvernement devrait repenser une nouvelle politique pour soutenir la musique et la culture au Burundi. Cela passera par l’organisation d’évènements culturels (concert, festivals etc.) qui permettront de booster le secteur et de lui donner un nouveau souffle.

 

En somme, il faudra beaucoup d’effort et de sacrifice pour que la musique burundaise puisse prétendre à une gloire à la hauteur des ambitions de ses acteurs. Un travail que certains artistes ont compris et qui devrait être l’affaire de tous.

 

 

Moïse MAZYAMBO

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