« MAISONS DE PASSAGE » : CES HEBERGEMENTS INFORMELS QUI CONCURRENCENT LES HOTELS…

« MAISONS DE PASSAGE »  : CES HEBERGEMENTS INFORMELS QUI CONCURRENCENT LES HOTELS…

Une étude de l’Institut de développement économique sur l’impact de la prolifération de l’hébergement informel sur les performances des établissements hôteliers au Burundi met en évidence la rude concurrence entre les hôtels et les « maisons de passage ». Désormais, les consommateurs ont le choix en comparant l’offre des services dans l’objectif d’économiser le temps et l’argent. La plupart de ces « maisons de passage » sont équipées, et attirent une clientèle le plus souvent de long séjour. La question qui se pose est la suivante : les maisons de passage sont-elles réellement des concurrents des établissements hôteliers ? Autrement dit, la prolifération des maisons de passage a-t-elle un impact sur la diminution du taux d’occupation et des revenus des établissements hôteliers ?

 

 

Ces dernières années, l’hôtellerie traditionnelle fait face à l’apparition de formes alternatives d’hébergement jugées plus attractives par un nombre de plus en plus croissant de voyageurs. Au Burundi, leur nombre augmente dans toutes les provinces. Les propriétaires les louent sous forme de chambre ou même offrent une maison entièrement équipée. Plus le séjour est long, plus les avantages sont conséquents pour les usagers : le prix des chambres moindre et négociable par rapport aux hôtels, la nourriture plus abordable, la discrétion, etc.

 Selon l’IDEC, les données collectées montrent l’existence de 259 hôtels au Burundi, dont la province de Bujumbura Mairie occupe la première place avec 51 hôtels, suivie de Ngozi avec 41 hôtels et de Gitega avec 20 hôtels. Les provinces ayant moins d’hôtels sont Bururi et Bubanza avec 5 hôtels chacune. S’agissant de maisons de passage, 175 établissements ont été inventoriés, avec une prédominance dans les provinces de Makamba et Gitega, avec respectivement 30 et 29 maisons de passage. Il est cependant à signaler que les chiffres sur les maisons de passage de Bujumbura Mairie ne sont pas encore disponibles.

[1] Le terme de « maisons de passage » n‟est pas beaucoup d‟usage courant dans la langue française. A cause de son caractère informel, certains les qualifient d‟hébergement informel ou défiscalisé. Pourtant, les maisons de passage existent partout au Burundi sous ce vocable.

 

Répartition des hôtels et de l’hébergement informel par province

Province Nombre d’hôtels Nombre d’hébergements informel
BUBANZA 5 3
BUJUMBURA 51
BURURI 5 10
CANKUZO 15 13
CIBITOKE 11 6
GITEGA 20 29
KARUZI 13 5
KAYANZA 17 6
KIRUNDO 6 8
MAKAMBA 11 30
MURAMVYA 12 5
MUYINGA 14 5
MWARO 6 8
NGOZI 41 13
RUMONGE 9 13
RUTANA 14 9
RUYIGI 9 12
Total général 259 175

Source : IDEC, HTB, ISTEEBU et ONT

En tenant compte du nombre de chambres d’hôtels offertes dans chaque province, Bujumbura Mairie occupe la première place avec 833 chambres d’hôtels, suivi de Ngozi avec 621 chambres et de Gitega avec 309 chambres. Ces trois provinces totalisent 55% de l’offre totale de chambres. Les provinces avec moins de chambres d’hôtels sont Mwaro et Karuzi avec respectivement 44 chambres et 43 chambres. En ce qui est des chambres de maisons de passage, la province de Makamba occupe la première place avec 243 chambres, suivie de celle de Gitega avec 204 chambres, soit respectivement 16% et 14% de l’offre totale. Les provinces de Bubanza et Karuzi offrent moins de chambres de maison de passage, avec respectivement 15 et 36 chambres.

               Répartition des chambres d’hôtels et de maisons de passage

Répartition des chambres d’hôtels et de maisons de passage Province Hôtels Maison de passage
BUBANZA 101 15
BUJUMBURA         833
BURURI 63 101
CANKUZO 89 111
CIBITOKE 78 67
GITEGA 309 206
KARUZI 40 36
KAYANZA 212 42
KIRUNDO 62 66
MAKAMBA 129 243
MURAMVYA 68 39
MUYINGA 214 61
MWARO 44 82
NGOZI 621 96
RUMONGE 97 132
RUTANA 122 91
RUYIGI 104 115
Total général 3186 1503

Source : IDEC, HTB, ISTEEBU et ONT

Des emplois menacés par cette concurrence

Alors qu’un hôtel nécessite un personnel assez nombreux et qualifié, les « maisons de passage » se contentent souvent d’un gestionnaire qui est souvent en même temps chargé d’accueil, d’une ou deux personnes qui s’occupent de l’entretien et d’un gardien. Toutefois, l’étude ne précise pas le nombre d’emplois crées par les maisons de passage. Dans la plupart des hôtels, le nombre d’employés permanents n’a pas varié entre 2014 et 2016. Sur 1319 emplois créés en 2014, 35% sont situés à Bujumbura, contre 17% à Gitega.  Cependant, à Bujumbura, les hôtels de luxe éprouvent des difficultés à survivre depuis 2015 et  pour cause une diminution de touristes et de conférences. Cette situation a une incidence sur les emplois et les services qui accompagnent l’hébergement dans ces hôtels (restauration, bar etc).

 

 

Impact des maisons de passage sur le taux d’occupation des hôtels

 

Selon toujours l’étude de l’IDEC, sur les 41 hôtels enquêtés, 56% des répondants estiment que leur taux d’occupation de chambre est inférieur à 20%, alors que 37% l’estiment entre 20% et 50%. Seul 7% estiment un taux d’occupation de plus de 50%. Ce faible taux d’occupation est lié à la diminution de visiteurs étrangers, des clients de courts séjours, ainsi que ceux des conférences et séminaires, qui constituent l’essentiel des clients d’hôtels, contrairement à ceux des maisons de passage. En effet, Sur 41 hôtels enquêtés, seuls 39% affirment que les clients d’hôtels sont en même temps clients de maisons de passage. Il s’agit surtout des clients de long séjour et ceux qui cherchent des tarifs favorables. Certains répondants révèlent même que, quand toutes les chambres d’hôtels sont occupées, ils orientent les clients dans les maisons de passage les plus proches. Quant à ceux qui fréquentent les maisons de passage, deux principales raisons ont été ciblées : la recherche d’un tarif favorable et le partage de frais à plusieurs. L’exemple qui est le plus souvent cité est celui des gens qui organisent des fêtes dans une ville sans toutefois y avoir un logement. A l’occasion par exemple d’une fête de mariage organisée dans un lieu autre que leur résidence, les mariés louent une maison de passage, y organisent toutes les cérémonies et y logent un nombre important de personnes, comme en famille.

Dans de telles circonstances, les maisons de passage se positionnent comme des concurrents directs des hôtels. Les raisons invoquées par les enquêtés sont que, les tarifs sont favorables et négociables pour les maisons de passage, ce qui ne l’est pas pour les hôtels compte tenu des charges auxquelles font face ces derniers. En plus, les hôteliers perdent le chiffre d’affaires non seulement sur l’hébergement, mais aussi d’autres services offerts comme la restauration. Au cours de l’enquête, un hôtelier donne un exemple illustratif : par exemple, trois étrangers séjournent à Bujumbura pour une période de vingt jours chacun. Au lieu d’aller loger chacun dans un hôtel pour 100 USD par jour et donc 2.000 USD sur les vingt jours chacun, ils préfèrent aller louer une maison de passage pour 1.500 USD sur un mois, et profiter de l’équipement installé, économisant ainsi chacun un montant de 1500 USD sur l’hébergement sans parler de la restauration. Certaines maisons de passage recrutent même des commissionnaires pour faire la publicité de leurs hébergements, ce qui conduit les clients à quitter les hôtels pour s’installer dans les maisons de passage. Cela entraîne donc un impact significatif sur les revenus d’hôtels.

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