LOLILO: Il était une fois une légende (Part 3)/ Le Retour!

LOLILO: Il était une fois une légende (Part 3)/ Le Retour!

Très peu sont les artistes qui pourraient se vanter d’avoir écrit l’histoire et d’être entré dans la légende. Du moins de leur vivant. Véritable icône de la musique urbaine burundaise, Salum NIYONZIMA alias Nellylo, alias Lizzo alias Lolilo, alias Simba (la liste est longue) a écrit, à lui seul un pan de l’histoire de la musique burundaise. De « Saga Plage » à « Ndara ndarira », en passant par « Bime amatwi », Lolilo a accompagné toute une génération. En 20 ans de carrière, l’artiste a connu les sommets mais également la déchéance. Celui dont la carrière connait un nouveau souffle, figure, l’air de rien, au panthéon de la musique urbaine de ce petit pays au cœur de l’Afrique. Et puisqu’il ne serait pas convenable d’attendre sa disparition et que les hommages les plus beaux se rendent aux vivants, racontons l’histoire de Simba Ntare et rendons hommage à Lolilo, car « Il était une fois une Légende ».

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Après la descente, le retour

Quoi que Lolilo ait connu un grand succès dans les années 2000 et au débuts des années 2010, l’artiste a également connu sa période creuse. Son retour au Burundi ne sera pas toujours accompagné de grand succès. Durant de nombreuses années, il aura du mal à se faire une place de choix dans le Buja Fleva. Les nouveaux visages arrivés dans le « Game » ont un peu fait de l’ombre à ce grand nom de la musique urbaine burundaise. Cette période de vaches maigres connaitra une forme de fin en décembre 2018 lorsque Lolilo sort le morceau « Guitare ». « Cette chanson est légendaire parce qu’elle a permis aux burundais de retrouver le vrai Lolilo », dit l’artiste. La chanson, qu’il gardait dans ses tiroirs depuis des années, va connaitre un grand succès (+ de 490.000 vues sur YouTube) et réinstaller Lolilo dans la cours des grands. Depuis, l’artiste enchaine des morceaux à succès.

“Guitare” – Lolilo

Pour Lolilo, son retour au sommet et le fruit des nombreux changements qu’il a apporté à sa vie et à sa carrière. Le chanteur se dit plus calme et plus discipliné qu’il ne l’était dans le passé. D’après lui, il est de retour encore plus grand qu’avant. « Aujourd’hui j’ai encore plus de succès qu’avant. Seulement, je manque encore de promotion. Si aujourd’hui j’ai la chance d’être aidé comme d’autres artistes le sont par les industries, je pourrai faire mieux que les artistes tanzaniens ou nigérians que l’on connait. J’ai des idées et je sais ce que je veux. S’ils m’aident et que l’on travaille ensemble, ils gagneront, je gagnerais et notre pays ira de l’avant », dit Lolilo.

Quoi qu’il en soit, l’artiste semble avoir repris une place importante dans l’industrie et compte y rester.

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Un regard particulier sur le Buja Fleva

Après autant d’années dans l’industrie musicale burundaise, Lolilo porte un regard d’espoir sur la musique mais reste critique sur ses acteurs. Pour Lolilo, les artistes de la nouvelle génération se portent trop sur la célébrité quitte à négliger le travail artistique. « Aujourd’hui la musique a de nombreux problèmes. Premièrement, il existe aujourd’hui de nombreux studios et tout le monde est capable de faire de la musique. Deuxièmement, un artiste qui a sorti un ou deux morceaux se considère déjà comme une star. A notre époque, on sortait 2, 3 morceaux et on sortait un album et on s’arrangeait pour que chacune de nos chansons ait un clip. Aujourd’hui le succès d’une ou 2 chansons, rendent les artistes paresseux, ils arrêtent de travailler et finissent par disparaitre. Dans cette configuration, il est difficile de proposer un concert à un artiste qui n’a qu’une seule chanson. C’est ce qui fait que les artistes étrangers passent devant nous », confie Lolilo qui rêve d’une industrie plus productive et plus vivante.

Ayant connu la gloire et le succès, Lolilo estime que les artistes burundais devraient apprendre et respecter ce qu’il appelle les lois de la musique. Des lois qui devraient normalement garantir le succès aux artistes.

« Il y a 5 lois que tu dois respecter si tu veux être un musicien toute ta vie. La première c’est savoir chanter car le don est très important. La seconde c’est d’avoir les moyens de se prendre en charge. Payer le studio, se vêtir etc. La troisième c’est d’avoir un cœur qui supporte car il est impossible d’évoluer dans le monde de la musique lorsqu’on ne sait pas supporter les différentes situations. La quatrième c’est d’avoir du respect pour tous peu importe leur statut ou leur âge. La dernière c’est d’avoir un minimum de chance parce que tu peux avoir tout le reste mais ne jamais aller de l’avant. Sans ces 5 lois, impossible d’évoluer dans la musique ». Comme quoi, le succès a ses lois.

 

Les rêves de Lolilo

En 20 ans de carrière, Lolilo a accompli de nombreuses choses. Et pourtant, il continue à nourrir des rêves pour sa carrière mais également pour l’industrie musicale burundaise. Pour sa part, l’artiste rêve d’apporter sa contribution à l’évolution de la musique et des arts. Parmi ces rêves figure celui d’ouvrir une école de musique pour les artistes burundais.

« Mon rêve est d’ouvrir une école de musique. Nous avons de nombreux talents dans ce pays. Malheureusement, les artistes n’ont pas les moyens de les exploiter. D’ouvrir des centres pour aider les jeunes à identifier leurs talents. De faire des collaborations avec des artistes de renoms. D’ouvrir un studio d’envergure capable d’accueillir des artistes venant de partout. Et s’il y a quelqu’un qui a les moyens de monter une telle structure, je suis prêt à travailler avec lui », confie Lolilo. Des grands rêves pour un artiste qui veut voir son pays prendre les devants.

Au-delà de cela, Lolilo plaide pour que les artistes aient plus de moyens à leur disposition et qu’ils soient enfin capables de voler bien plus haut. Un idéal qui selon lui est en cours de réalisation. Pour l’artiste, la musique burundaise, qui avait perdu de sa superbe, est en train de revenir sur devant de la scène. Le chanteur caresse le rêve que les artistes burundais portent plus haut et plus loin les couleurs nationales. Un objectif atteignable aussi longtemps que les mentalités changent.

« Il serait temps que la musique soit considérée comme un véritable métier et que les artistes soient respectés pour leurs talents. La musique et les arts en général ont la capacité de faire connaitre le Burundi à travers le monde. Il serait donc temps que les gens mettent les moyens dans cette musique et permettent aux artistes de travailler et d’apporter leur pierre á l’édifice du développement du pays », dit-il.

Cela fait une vingtaine d’années que Lolilo a sa place dans l’industrie musicale burundaise. Celui qui a connu le succès et la déchéance avant de renouer avec le succès souhaite aujourd’hui être l’un des piliers de cette musique avec laquelle il rêve de conquérir le monde. Son seul regret reste de n’avoir pas su profiter des moyens et de l’exposition dont il disposait dans le temps.

« Si je savais dès le départ comment me comporter, j’aurais vraiment bien évolué. Je serai une autre personne. Avec les occasions que j’ai eu d’aller à l’étranger, j’aurai d’autres opportunité. Je serai comme ces grands de la musique que l’on cite aujourd’hui. Malheureusement, aujourd’hui j’en suis là. Et même si j’ai encore des personnes qui sont prêtes à m’inviter, ce n’est plus comme avant. Mais j’espère qu’un jour, les choses redeviendront comme dans le passé ».

La carrière de Lolilo est bien loin de connaitre la fin. Celui qui s’est fait connaitre avec Saga Plage continue à offrir son talent à travers de nouvelles chansons aimés du public. Le succès de « Morning Star » en est la preuve. La légende fut , la légende est.

 

Moïse MAZYAMBO

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