LOLILO: Il était une fois une légende (Part 1)

LOLILO: Il était une fois une légende (Part 1)

Très peu sont les artistes qui pourraient se vanter d’avoir écrit l’histoire et d’être entré dans la légende. Du moins de leur vivant. Véritable icône de la musique urbaine burundaise, Salum NIYONZIMA alias Nellylo, alias Lizzo alias Lolilo, alias Simba (la liste est longue) a écrit, à lui seul un pan de l’histoire de la musique burundaise. De « Saga Plage » à « Ndara ndarira », en passant par « Bime amatwi », Lolilo a accompagné toute une génération. En 20 ans de carrière, l’artiste a connu les sommets mais également la déchéance. Celui dont la carrière connait un nouveau souffle, figure, l’air de rien, au panthéon de la musique urbaine de ce petit pays au cœur de l’Afrique. Et puisqu’il ne serait pas convenable d’attendre sa disparition et que les hommages les plus beaux se rendent aux vivants, racontons l’histoire de Simba Ntare et rendons hommage à Lolilo, car « Il était une fois une Légende ».

 

Cinéma, danse et Nigga Soul

Né dans les années 1980, l’histoire de Lolilo, Salum NIYONZIMA de son vrai nom, et la musique commence au début des années 2000. Avant de s’intéresser à la musique, Lolilo est surtout un féru de cinéma. Il tient une petite salle de cinéma sur la 9e avenue du quartier Buyenzi à Bujumbura. Une salle qui va être sa porte d’entrée dans l’univers de la musique. Si Lolilo commence à se faire connaitre du public en 2000 par la chanson, c’est dans la danse qu’il commence. Il danse avec un petit groupe nommée « Future Boys ». Un groupe qu’il va quitter pour intégrer les « Best Young Boys », un groupe de musique orienté Rn’B. C’est sa rencontre avec le groupe « Nigga Soul », un groupe de rap qui comprenait Big Fizzo, Meddi Pack, Same G et le regretté Dog, qui va changer le destin de Lolilo. Les membres de ce groupe qui étaient à la recherche d’un lieu de répétition vont demander à Lolilo d’utiliser sa salle de cinéma. Passionné par la musique et aimant le travail de Nigga Soul, Lolilo va être convié à rejoindre le groupe. Ce qu’il fera.

Malheureusement, Lolilo n’aura pas l’occasion de vraiment s’exprimer au sein de Nigga Soul. La mort du rappeur Dog va causer la dislocation du groupe. Et même si une autre version du groupe baptisé Nigga Soul Family avec Sal G et Baby G voit le jour quelques temps après, l’aventure de Lolilo avec ce groupe n’aura été qu’éphémère. « Je n’ai jamais eu l’occasion de chanter dans Nigga Soul puisse que juste après mon intégration, le groupe s’est séparé. Il y a eu la mort de Dog. Ensuite, Same G est allé au Rwanda, Meddy Pack est allé en Tanzanie et Farious s’en est allé au Kenya chez Kidum », explique Lolilo.

Lorsque Lolilo commence sa carrière dans la musique, le chanteur est connu pour faire les reprises des tubes Rn’b les plus iconiques de l’époque. L’une des plus marquante aura été celle du morceau « Dilemma » chanté par le rappeur américain Nelly et la chanteuse Kelly Rowland. Une reprise qui aura valu à Lolilo le surnom de Nelly du Burundi. Mais pour devenir une vraie star, il fallait écrire et sortir ces propres chansons Lolilo s’exécutera assez vite et sortira le morceau « Sinzoguhemukira ». Ce fut le départ de la véritable histoire de Lolilo avec la musique. Une carrière qui, comme nous le verrons plus tard, a connu de nombreux succès mais également de nombreux revers.

 

Saga Plage et le succès

Après son premier morceau, Lolilo va très vite travailler sur la sortie de son premier album intitulé « Ndeka ». Cette entreprise sera possible grâce à l’aide de son patron à l’époque pour qui il travaillait à la salle de cinéma. « A l’époque, on reprenait les morceaux des artistes américains. Mon envie était de faire carrière dans la musique. J’ai fait écouter mes enregistrements à mon patron de l’époque, Cheik Ali et aux indiens du Studio Seven, où je me ravitaillais en film. Ils n’étaient pas d’accord avec le fait que je puisse reprendre des chansons d’autres artistes. J’ai donc enregistré mon premier morceau au studio du producteur Jérémie. Et après avoir fait écouter la chanson à mon patron, il a décidé de financer mon premier album », raconte Lolilo. Ce premier album va assez vite lui ouvrir les portes du succès.

Notons au passage que l’une des choses qui ont marqué le succès de Lolilo à ses débuts était son attitude de star. Très tôt, le chanteur a su travailler son image et se donner la stature d’une star digne de ce nom. Ce qui était rare à l’époque.

« Je savais qu’un artiste devait se soigner, soigner son apparence. Bien s’habiller, avoir une belle copine ou une belle femme et avoir une voiture pour faciliter ses déplacements, etc. En plus de cela, je me suis lancé dans le business très jeune. Je travaillais dans une salle de cinéma et j’avais un studio vidéo. J’ai donc mis tout ce que je gagnais dans la musique »

Les années 2000 vont être des années de gloire pour Lolilo. Cela passe notamment par le succès d’un endroit devenu mythique dans l’histoire de la musique à Bujumbura. Ce lieu n’est autre que Saga Plage. Cette plage au bord du lac Tanganyika va marquer toute une génération en faisant de Lolilo l’un des précurseurs de cette nouvelle musique urbaine qui voyait le jour. « Saga Plage était le point de rencontre des artistes et des jeunes à cette époque. Tous ceux qui voulaient passer un bon moment y allaient. Et surtout qu’à cette époque, les burundais aimaient vraiment la musique. En écoutant la musique, ils avaient la nette impression que le progrès était à leur portée », nous dit Lolilo au sujet de Saga Plage.

Si Saga Plage était un point de ralliement, le succès de Lolilo résiderait dans sa volonté, et celle de ses compères de l’époque de vouloir changer les choses.

« Il y avait très peu de personnes qui pouvaient s’imaginer que l’on était capables de tourner des clips vidéo à une époque où des artistes tels que Zigidi ou Bobby Wine (Ouganda) sortaient des clips. En voyant cela, je me suis dit que j’étais capable de faire la même chose. J’avais vraiment cette volonté et c’est pour cela que j’ai été le premier artiste de l’époque à sortir un clip vidéo. Je voulais être capable de faire comme les ougandais et les tanzaniens. Ce clip est sorti et il est passé dans l’émission « Au-delà du son ». Ce qui était une surprise pour tout le monde. Aussi bien au Burundi qu’à l’étranger, vu mon jeune âge ».

“Saga Plage” – Lolilo ©DR

Ce premier clip a ouvert de nombreuses portes pour le jeune artiste qu’est Lolilo. Concerts et tournées au Burundi et à l’étranger étaient enfin à sa portée.

« Ce clip m’a apporté de nombreux marchés dont mon premier concert à Gitega organisé par Nziza Désiré. Ce concert m’a poussé à vouloir faire d’autres concerts à travers le pays. J’ai parlé avec Farious, Uncle Crazy, Baby G, Chanella, Michou et bien d’autres artistes. Et nous avons fait des concerts dans de nombreuses provinces. Nous sommes même allés jouer à Butare (Rwanda). Un grand concert ! », raconte Lolilo, un peu nostalgique de cette époque.

Cette envie de changer l’amènera à sillonner la sous-région, notamment la République Démocratique du Congo où l’artiste a fait la pluie et le beau temps. On en aura pour preuve les nombreux concerts livrés dans des villes comme Bukavu, Goma, Uvira, Lilimba, Kalemie, Masisi, pour ne citer que celles-là. Un attachement à la RDC qu’il entretien encore jusqu’aujourd’hui où l’artiste garde une grande fan base. Mais la sous-région est-africaine ne sera le seul espace dans lequel Lolilo va s’illustrer. L’artiste va passer plusieurs années à sillonner la planète en livrant des concerts dans de nombreux pays. France, Belgique, Hollande, Italie, Royaume-Unis, Suède, Danemark, Australie, Canada, Afrique du Sud et bien plus encore. Lolilo qui vivra de longues années en Europe aura vécu le rêve de nombreux artistes burundais.

Une belle histoire qui commence pour Lolilo, qui va écrire les plus lettres de sa carrière comme nous le verrons très bientôt.

A suivre…

 

Moïse MAZYAMBO

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