L’incroyable histoire de Bory Saint-Evrard Mucowintore

L’incroyable histoire de Bory Saint-Evrard Mucowintore

Bory Saint-Evrard Mucowintore, ©Mike Evariste

Connu pour son activisme contre le SIDA, il a été  le premier jeune à avoir le courage d’avouer publiquement qu’il est séropositif. Et ce en 2002, époque où les séropositifs étaient stigmatisés. Se renfermer ou vivre pleinement  sa vie, Boris avait le choix. Maintenant, il habite au Canada mais compte revenir vivre au Burundi. Il nous raconte sa vie depuis le jour où il a su qu’il était atteint du VIH SIDA.

Le jour où tout bascula…

« C’était au mois de Novembre, l’an 2002. J’avais encore 18 ans, tout jeune. J’allais à la boucherie charcuterie nouvelle. C’est là que j’ai rencontré Madame Spès Ndongozi, elle travaillait à la RTNB (Radio-Télévision Nationale du Burundi, ndlr). C’était la première fois qu’on se rencontrait, elle est venue vers moi, m’a salué et m’a demandé si j’avais le VIH, question à laquelle j’ai répondu non. Puis, elle m’a recommandé de me faire dépister »

« Me faire dépister ? Chose simple. A l’école, on avait appris que tu contractes le virus du SIDA en ayant des rapports sexuels non protégés. La partie où tu pouvais venir au monde atteint du virus était toujours omise. Je suis allé au SWAA Burundi sans doute ni crainte. C’est à ma grande surprise qu’on m’annonce que j’ai le virus depuis que je suis né. Quand le docteur me l’a annoncé, j’ai ri parce que j’y croyais pas»

On garde le calme, tout est sous contrôle…

Moment de panique, pourrait-on croire! Non, tout est sous contrôle, on garde le calme. « Je n’ai pas à en faire part à Spès qui m’a ensuite conseillé de faire une émission à la télévision pour avoir facilement les ARV (antirétroviraux, ndlr.)parce qu’à cette époque l’ANSS(L’Association Nationale de Soutien aux Séropositifs et malades du sida, ndlr.) ou SWAA Burundi (Society for Women Against AIDS)n’en disposait pas. De plus, les ARV coutaient 300.000FBU »

La bonne nouvelle ne tarda pas de tomber « En 24h, j’avais déjà eu un donneur et c’était  » Salim Somji  » le patron de la maison pharmaceutique SIPHAR et m’a même donné un docteur, Kamo Emmanuel. »

Nouvelle entrant sur la liste des responsabilités

« Cela n’a pas été un grand choc, j’ai vu la maladie comme une nouvelle responsabilité. C’était juste un cachet chaque jour et sans effets secondaires. Et Madame Spès m’avait prévenu que les gens pouvaient avoir peur de moi, me haïr ou m’insulter donc j’étais psychologiquement préparé. Je dirais que j’ai juste eu de la chance parce que mes frères et sœur l’ont très bien pris, mes amis et camarades de classe de même. En passant je croyais que j’étais le seul à avoir le VIH SIDA au Burundi

« Beaucoup de parents me demandaient de leur donner quelques conseils sur comment le dire à leurs propres enfants qu’ils ont le VIH SIDA. Je faisais des émissions, je donnais mon témoignage. »

 

« Au mois de Novembre de l’an 2016, je suis tombé malade à cause de nouveaux médicaments que j’avais commencé en 2011. Situation que je n’avais pas vécue depuis 2002 avant que je ne commence de prendre les ARV. Je prenais 5 comprimés par jour, j’avais la nausée et des fois j’en prenais pas, ce qui a fait que je sois beaucoup plus malade.»

« Maintenant, je vais bien, ils ont changé mes médicaments et je prends 2 comprimés par jour. La charge virale est de nouveau indétectable.  Cela signifie que le virus est très faible et que je ne peux contaminer personne même lors de rapports sexuels non protégés»

 

Souvenirs, souvenirs

« Plus jeune, comme les enfants de mon âge, j’aimais imaginé ce que serait ma vie d’adulte. Mon grand rêve était de devenir médecin militaire! À cette période de ma vie, je ne savais pas encore ni ce qu’était le SIDA ni ce que signifiait le mot « sensibilisation  » ! Toutefois, aussi loin que je me souvienne j’ai toujours porté à cœur « Ubuntu ». Ce nom qu’on trouve dans plusieurs langues africaines notamment le kirundi fait référence aux valeurs sociales et traditionnelles. Pour définir ce terme, Leymah Gbowee, récipiendaire d’un prix Nobel de la paix en 2011 a écrit: « Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous. »

« Je me souviens qu’en 2002 , après avoir fait l’émission de sensibilisation contre le VIH/SIDA diffusée en direct à la chaîne de télévision nationale, mon témoignage a déclenché un effet boule de neige et a trouvé un écho auprès de milliers de personnes aux quatre coins du pays. De nombreux séropositifs aussi bien jeunes qu’adultes ont appelé pour manifester leur soutien et leur encouragement ».

« L’abandon n’est plus une option »

« La lutte n’a pas été facile. D’une part, se heurter à une société ignorante dans le domaine de l’éducation sexuelle, fut l’un des plus grands défis. D’autre part, affirmer sa séropositivité était vu comme un acte suicidaire. Cependant, je persévérais dans ce combat féroce. Je me plais aujourd’hui à voir le pas déjà franchi dans notre société ».

 

« Cette expérience m’a profondément marquée. Dès ce moment-là, je me suis donné la tâche d’utiliser tous les moyens à ma disposition pour aider les gens touchés par cette maladie. En d’autres mots, l’abandon n’est plus une option »

 

Propos recueillis par Miranda Akim’

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