Les nouveaux visages du théâtre burundais : Claudia MUNYENGABE, « Le théâtre c’est magique »

Les nouveaux visages du théâtre burundais : Claudia MUNYENGABE, « Le théâtre c’est magique »

Les nouveaux visages du théâtre burundais : Claudia MUNYENGABE, « Le théâtre c’est magique » ©Akeza.net

Le théâtre burundais est en plein renouvellement. Des salles qui affichent complet, des comédiens passionnés qui travaillent sans relâche, s’entraident. Ils sont jeunes, ils sont talentueux, ils représentent l’avenir du théâtre burundais.

Enthousiaste et pleine de vie, Claudia MUNYENGABE est une jeune comédienne passionnée par cet art qu’est le théâtre. Elle nous parle de sa passion et de ce que le théâtre a de magique.

Akeza.net : Comment t’es-tu retrouvé dans le théâtre ?

Claudia MUNYENGABE : Au début ce n’était pas sérieux, je n’avais pas de grand projet avec le théâtre. J’étais en seconde Lettres au Lycée du Lac Tanganyika et je me demandais ce que je pouvais faire comme activité parascolaire. J’ai donc choisi d’essayer avec le théâtre vu que j’aimais lire. Je lisais Molière et je me suis dit que pourquoi ne pas faire le théâtre. C’était pour passer le temps et avoir quoi faire après les cours.

En 2014, il y avait une formation organisée par le CEBULAC qui m’avait beaucoup intéressé et à laquelle je me suis inscrite. Au départ ce n’était qu’une petite formation mais elle a continué jusqu’à la crise de 2015. Au cours de cette formation on apprenait ce que c’est le théâtre et on faisait des exercices de jeu d’acteur. Lorsque j’ai commencé l’université en 2016, je me suis dit qu’il serait bien de reprendre avec le théâtre. Jusque-là je n’avais toujours de grande ambition avec le théâtre, j’avais surtout besoin d’une activité vu que je n’aime pas rester à la maison à ne rien faire.

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C’est à la suite d’une formation à l’American Corner sur l’expression orale en anglais qu’avec d’autres jeunes dont Alexis HABONIMANA que l’on a commencé la troupe « Shakespearean Theater Group ». Avec la troupe nous sommes allés à Gitega et la première pièce que j’ai jouée était « Roméo et Juliette » à l’American Corner de Gitega. C’était une pièce en anglais que l’on avait adapté à notre réalité burundaise. C’est à partir de là que j’ai commencé à aimer le théâtre. J’ai ensuite commencé à écrire des pièces telles que « Divorce », « The Lightning » et j’ai également écrit beaucoup de sketchs que j’écrivais à l’occasion des différents évènements organisé à l’American Corner et je mettais en scène. Au-delà de cela, ce que j’aimais c’était regarder les autres jouer. Il y avait « Les Enfoirés de Sanoladante » qui présentaient leur pièce et en les voyant je me disais que j’allais faire du théâtre. C’est comme ça que l’amour que j’ai pour le théâtre est venu.

 

Akeza.net : Qu’est-ce que t’aime le plus dans le théâtre ?

Claudia MUNYENGABE : Je me permets d’utiliser le terme « la magie du théâtre ». Le fait de porter un personnage que tu n’as jamais connu, une situation que tu n’as jamais vécu. Par exemple jouer la mère alors que je suis une jeune fille, je n’ai jamais été mère, je ne sais pas ce que cela fait. Pour d’autres personnes, cela semble facile vu que c’est un texte que tu mémorise mais il n’y a pas que ça parce que tu dois le vivre, porter le personnage. En fait, plus tu lis le texte, plus tu découvres le personnage que tu vas incarner et plus tu te découvres. Elle te rentre dedans et vice- versa et vous devenez une même personne. Et ça c’est magique ! Il n’y a pas plus magique que cela.

Par exemple, lorsque nous avons joué la pièce « Umugore n’Umugabo », je jouais une femme rurale, une chose que je n’avais jamais connu. Porter le pagne, prendre la houe etc. et cela m’a tellement touché que je me suis demandé pourquoi je n’ai jamais été femme rurale. En gros, tu découvres le personnage, tu te découvres, tu vis les mêmes sentiments, les mêmes réalités, tu te mets à comprendre toutes les situations et cela te fais grandir. Ces expériences te rattrapent même dans la vie de tous les jours et c’est cela que j’aime dans le théâtre.

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Akeza.net : La vie d’acteur face à la famille ?

Claudia MUNYENGABE : C’est très compliqué. C’est vrai que j’ai parlé du théâtre qui avance mais cela reste compliqué. Pour ma famille, le théâtre reste une activité annexe, un passe-temps. Mais depuis un certain temps, il remarque que je suis de plus en plus concentré dans le théâtre et ils m’avertissent que je devrais y aller avec des pincettes vu que l’art au Burundi c’est compliqué d’en vivre. En réalité ce n’est pas facile mais avec les efforts et le fait de ne pas abandonner, ils parviennent à voir le fruit de notre travail et lorsqu’on les invite aujourd’hui pour voir une pièce ils viennent. C’est déjà une bonne chose et l’on espère que cela ira de mieux en mieux. A nous de faire des efforts et de persévérer.

 

Akeza.net : Le théâtre en anglais dans un pays francophone, n’est-ce pas compliqué ?

Claudia MUNYENGABE : En tant que jeune, nous avons voulu innover puisque toutes les troupes étaient francophones. Mais ce n’est pas la seule raison. On a voulu faire du théâtre en anglais parce que l’on a voulu initier le public burundais au théâtre dans une autre langue. Ça apporte une diversité de langue puisque nous ne faisons pas seulement en anglais, nous mélangeons également avec le kirundi. C’est aussi une manière d’inviter tout le monde peu importe leur langue. Une façon de dire que le théâtre n’est pas égoïste, il est ouvert à tout le monde.

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Akeza.net : Lorsqu’on est jeune acteur, comment se sent-on lorsque l’on joue dans un festival comme Buja Sans Tabou ?

Claudia MUNYENGABE : Buja Sans Tabou a été une grande expérience. Avec le festival, on a appris des autres et je pense que d’autres personnes ont également appris de nous. Mais le plus important est le fait que l’on allait vers le public. Il n’y avait pas cette barrière entre nous et le public. On jouait dans des endroits insolites et je me demandais souvent comment on allait s’en sortir. Mais avec des formations comme celle sur la scénographie, on a réussi à jouer dans ces endroits.

On a beaucoup travaillé en équipe et tout ce travail a été fait pour les spectateurs, pour leur donner quelque chose qui vient vraiment du fond de notre cœur. Je pourrai m’étaler pendant des heures mais en gros ce festival m’a beaucoup marqué surtout sur le travail en équipe, c’était très enrichissant.

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Akeza.net : Quelles sont ces personnes qui t’ont marqué dans le théâtre ?

Claudia MUNYENGABE : Lorsque j’étais petite j’allais regarder les pièces de théâtre de la troupe « Pili Pili » et l’un des acteurs qui m’a le plus marqué c’est Freddy NSABIMBONA. Il a une manière de captiver le public qui m’a toujours inspiré. Il y a également Sheila INANGOMA et Marshal qui a une plume incroyable.

 

Akeza.net : Quel regard portes-tu sur le théâtre burundais ?

Claudia MUNYENGABE : Avant même de parler de vision, j’aimerai dire que le théâtre burundais a beaucoup avancé. Il y a aujourd’hui des jeunes entre 10 et 30 ans qui sont là et qui sont impliqués et qui veulent en faire le métier. C’est une preuve que le théâtre promet.

En ce qui concerne les projets, nous avons un projet avec notre troupe. C’est celui de monter à l’intérieur du pays pour exporter le théâtre. Avec le théâtre, les gens vont apprendre à lire, ce qui est très important. Ils vont apprendre à s’exprimer. En gros, nous voulons faire de l’éducation culturelle à travers le théâtre. C’est la vision que nous avons et je me suis rendu compte que c’est une vision que tout le théâtre burundais partage. On en a eu l’exemple avec Buja Sans Tabou à Gitega. Et cela ne va pas s’arrêter à Gitega

Le festival a été fait au nom du théâtre burundais et nous avons travaillé en équipe comme une seule troupe. Nous aimerons bien, qu’au-delà des dénominations, nous puissions travailler en équipe car cela permet de créer quelque chose de fondamentale et de grand.

 

Propos recueillis par Moïse MAZYAMBO

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