Les métiers de l’ombre : rencontre avec Evrard*, un cordonnier

Les métiers de l’ombre : rencontre avec Evrard*, un cordonnier

Les mains d’un cordonnier réparant une chaussure ©akeza.net

« Il n’y pas de sot métiers, il n’y a que de sottes gens », dit un vieux dicton. Beaucoup de métiers sont considérés à tort comme des sous-métiers. Cependant ces métiers sont en quelque sorte des piliers de la société. Ingratement récompensés, ces métiers permettent pourtant de faire tourner la vie au quotidien. Dans cette série d’articles, nous allons nous intéresser à ces corps de métiers.

« Cordonnier, un métier difficile mais que j’ai appris à aimer »

Quoi de plus évident pour parler d’un métier que d’interroger un de ses acteurs ? Nous avons approchés un cordonnier qui nous raconte en quelques mots son métier. Nous l’appellerons Evrard.

Cordonnier depuis plus de 5 ans, Evrard, la trentaine, est un cordonnier des rues de la commune Bwiza en mairie de Bujumbura. Dans son coin de rue, il répare et fabrique des chaussures, des sandales et des babouches pour les habitants du quartier. Un travail qu’il fait avec dévotion même si celui-ci est très dur.

« Cela fait 5 ans je fais ce métier et ce n’est pas facile tous les jours. Au début je n’aimais pas trop cela, mais je n’avais pas le choix. J’avais du mal à supporter les plaintes des clients parce que je ne faisais pas encore bien mon travail. Mais avec le temps j’ai appris mon métier, à mieux  faire et surtout à l’aimer. On ne peut pas bien faire un métier manuel comme le nôtre quand on ne l’aime pas, ne fut-ce qu’un peu »

Comme pour la majorité des travailleurs manuels, le métier de cordonnier est un métier rude. Travailler de ses mains dès les premières lueurs du jour jusqu’au soir se trouve être éreintant physiquement. A cela s’ajoute les problèmes avec les clients. Les plaintes de ces derniers sur le travail mal fait, les retards etc… sont assez courantes. On se souvient tous d’avoir, au moins une fois eu un problème avec le cordonnier du coin de la rue. Mais comme le dit Evrard, il faut apprendre à s’y habituer et à faire avec, cela fait partit du métier.

A Evrard de reprendre : « Les gens ne comprennent pas toujours que ce travail ne se fait pas automatiquement. Cela demande du temps. Il arrive des fois que l’on traine mais ce n’est pas volontaire. En ce qui me concerne je fais de mon mieux pour satisfaire au maximum mes clients. En plus de cela, quand tu vois ce que les gens payent pour notre travail, tu comprends qu’il n’est pas considéré comme il devrait. »

Mal considérés ou minimisés, les cordonniers sont des travailleurs patients. Et même s’ils ne sont toujours appréciés  à leur juste  valeur, ils sont là pour nous aider à bien nous chausser.

*Evrard est un nom d’emprunt prit pour protéger l’anonymat du concerné

Moise MAZYAMBO

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