Les Chroniques du Vagabond : Nos « Altesses » du m’as-tu vu ?

Les Chroniques du Vagabond : Nos « Altesses » du m’as-tu vu ?

Les Chroniques du Vagabond : Nos « Altesses » du m’as-tu vu ? ©Akeza.net

Toc Toc Toc ! Qui est là ? C’est le Vagabond ! Je m’incruste (lol). J’ai envie de parler et ça ne va pas plaire à certaines personnes. Mais bon tant pis, Ndashushe ! Cela fait des mois que je les observe. Dans les rues de Buja, sur les réseaux sociaux, dans les boites de nuit et les endroits « Chics » de la ville et j’ai besoin de dire 2, 3 mots. Vous le méritez quand même. Façon vous faites le buzz, impossible de ne rien dire. Mais de quoi je parle ? Si vous n’avez pas encore saisi, je parle des « Slay Queens ». Ah oui ! Les reines, de je ne sais pas quel royaume mais à ce qu’il parait ce sont des reines. Alors vos altesses, c’est parti !

Le terme est devenu tendance. Cette expression popularisée par la diva américaine Beyoncé s’utilise aujourd’hui à toutes les sauces. Par définition, « Slay » est un mot de l’argot anglophone qui définit quelqu’un qui fait les choses à la perfection au point de mettre KO la concurrence. « To Slay = tout déchirer, écraser ». On comprend bien que c’est une façon d’affirmer une forme de suprématie dans un domaine quelconque. Une « Slay Queen » est une fille qui brille par l’excellence, qui déchire tout. Si l’on peut lui donner un sens très positif, l’usage de ce terme prend aujourd’hui une connotation plutôt luxurieuse (allez voir dans un dico, je ne fais pas prof de français non plus) qu’autre chose.

Les « Slay Queens » sont donc, pour nous jeunes burundais, les reines de l’extravagance, de la luxure et du m’as-tu vu ? Drôle de royaume quand même! C’est carrément devenu synonyme de filles aux mœurs légères (pour ne pas dire ce que vous savez). Elles brillent par leur capacité à exposer une vie où tout n’est que luxe et beauté. Ce sont des bouteilles de champagne ici, des voyages à Doha là, des voitures de luxe, des soirées dans les plus beaux endroits, des Smartphones derniers cris (Siri sait de quoi je parle), j’en passe et des meilleurs. Que l’on soit reine d’un monde qui n’est fait que de luxe et de beauté, je veux bien. Mais encore faut-il que tout cela ait un fond de vérité. Et c’est là que le bât blesse. Parce qu’en vrai, si nos chères « Altesses » sont les reines de l’apparence (Instagram en voit de toutes les couleurs), la réalité du quotidien n’est pas toujours des plus reluisants.

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Désolé, vous direz encore que j’ai un problème avec les femmes, que je suis misogyne et je ne sais encore quel mot qui finit par « gyne », tant pis ! Et si vous êtes trop énervé contre moi, levez les yeux en l’air et téléportez-vous au ciel.

Cependant, c’est triste de constater que nos chères « Slay Queens » vivent une belle vie de mensonge. Oui, je dis bien mensonge. Parce que qui vit dans le luxe devrait avoir les moyens de sa politique. Seulement nos « Altesses » sont pour la plus part des « creuvardes » ou presque. Et je pèse mes mots. La plus part d’entre elles ne seraient pas capables d’assurer par elle-même le 1/5 de ce qu’elles nous montrent à longueur de journée. « Ntimutubeshe », vous le savez, je le sais, nous le savons tous, que vous n’avez pas tout cet argent, mes reines. Faudrait travailler longtemps pour vivre ce train de vie. Ou être une riche héritière. Ce qui entre nous est loin d’être le cas. Alors pourquoi nous montrer des choses que vous ne saurez pas acheter vous-même ? C’est quoi le projet ?

Surtout que l’on sait que ce sont les papas, tontons et autre Mr Gâteau qui payent l’iPhone 11, la robe Gucci ou le nouveau sac Herpes…pardon Hermès. Des fois au détriment de leurs femmes ou fiancées qui doivent se contenter des “Kanga” Made in Tanzania. Muri abana babi!

 

Mais en même temps je me dis, vu qu’apparemment c’est le besoin d’être vu et surtout de plaire qui se dégage de cette surexposition de luxe, il faut avoir une sacrée dose de manque d’estime personnel ou un manque affectif assez criant pour vouloir à ce que l’on nous voit à ce point. Vous ne pensez pas ? Ce besoin irrésistible de toujours vouloir attirer l’attention doit être symptomatique d’un problème émotionnel assez grave. En même temps, il y a aussi les egos qui font que l’on veuille à tout prix affirmer sa beauté ou même l’imposer comme valeur absolue à toute la société. Difficile de connaitre les vrais raisons.

Néanmoins que ce soit par influence ou par besoin d’estime, c’est quand même difficile d’être une « Slay Queen ». Obligé de chaque fois veiller à son apparence, d’éviter de paraitre dans une position qui n’exprime pas la beauté et le luxe. Même plus de moyens de prendre le bus comme tout le monde, même si nos poches ne peuvent que nous  permettre cela comme moyen de transport. On est obligé d’user de stratégie pour se faire déplacer par Jules ou Malick, sinon notre réputation va en prendre un coup. Ni hatari ! Tout compte fait, c’est un travail à temps plein le « Slay Queenisme » (encore un mot de mon invention). I ain’t even sorry !

Alors c’est vrai que chacun a le droit de faire ce qu’il veut de sa vie. C’est évident. Mais, s’il vous plait, par les compassions du Christ, évitez de nous mentir. C’est rageant. Tu ne peux pas boire 2 bouteilles de champagne la veille en boite et ne pas avoir de quoi payer un taxi le matin. C’est, malheureusement, le cas de certaines d’entre elles qui ont tout simplement oublié qu’il y a une vie en dehors d’Instagram et des boites de nuit. Le pire c’est que malgré tout le luxe qu’elles côtoient au quotidien, très rares sont celles qui réussissent à se construire un avenir. On bouffe l’argent et puis c’est tout. Vous finissez ensuite vieille fille sans rien et vous allez accuser les sorciers de la famille. Dieu vous voit !

Si j’ai un conseil à donner à nos chères « Altesses » (et cela n’engage que moi), essayez de faire moins de bruit lorsque vous savez qu’au moins la moitié de votre train de vie ne vient pas de vous. Et puis même lorsque vous assurez tout, soyez un peu calme. L’argent n’aime pas le bruit. Ensuite mettez-y un peu d’intelligence en essayant de vous assurer un bel avenir. La beauté n’est pas éternelle et le make-up ce n’est pas magie. « Mutekane », ça vaut mieux.

Pour ma part je vais m’arrêter par-là, faudra pas que l’on me traite de sorcier pour ce que je dis. Déjà que mes « Altesses » ne vont pas trop aimer ce que j’ai dit jusque-là.

 

Sur ce, je vous souhaite de passer un bon week-end. Prenez soin de vous!

 

Le Vagabond

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