Le transport transfrontalier dans l’EAC, un gage d’autonomisation de la femme burundaise

Le transport transfrontalier dans l’EAC, un gage d’autonomisation de la femme burundaise

Photo d’illustration: une femme commerçante ©Akeza.net

Membre de la Communauté des États de l’Afrique de l’Est, le Burundi partage ses frontières avec de nombreux pays. Des frontières qui comme on peut l’imaginer servent de points d’échange pour tout type de marchandises et autres bien instaurant ainsi un circuit commercial non négligeable. Ce commerce transfrontalier, essentiellement fait par des femmes, constitue une source de revenus pour de nombreux foyers et un gage d’autonomie pour les femmes burundaises d’après une étude effectuée par des chercheurs de l’Institut de Développement du Burundi(IDEC).

 

Avant toutes choses, il est important de noter que le commerce transfrontalier est perçu comme un puissant moteur de croissance et de développement économique. Il permet l’approvisionnement en bien particuliers et généralement des produits vivriers. Permettant ainsi au pays qui ne produisent pas certains produits en quantité suffisante de couvrir leur besoins. Dans ce secteur commercial, les femmes semblent être les principaux acteurs. En effet elle représenteraient 70% des commerçants aux frontières.

 

Néanmoins, il est difficile de véritablement quantifier de manière très précise le poids financier de ce commerce étant le fait qu’il est souvent informel et s’exerce sous couvert de fraude.

 

Une économie de subsistance avant tout

 

Les chercheurs de l’IDEC qui ont faits une étude sur les postes frontaliers reliant le Burundi au Rwanda et le Burundi à la Tanzanie en sont venus à la conclusion que la majorité des 72% de femmes burundaises exerçant le commerce transfrontalier le font pour subvenir au besoin de leurs familles. En effet, il s’avère que de manière générale, 67% des commerçants (hommes et femmes) font vivre leur famille grâce à ce type de commerce. Seul 33% l’exercent en tant que métier à part entière. Cela se remarque dans les gains que cela rapporte au commerçant. Toujours selon l’étude de l’IDEC, 64% des personnes enquêtées affirment gagner plus de 100.000Fbu, 25% entre 50.000Fbu et 100.000Fbu et 11% moins 50.000Fbu. Une économie de subsistance où la grande partie de ce qui est gagné, est directement reversé pour les besoins des familles.

 

Autonomie financière des femmes

 

Les femmes étant les plus grands acteurs de ce commerce, l’exercice de celui-ci constitue un véritable facteur d’autonomisation de manière générale. En effet, en exerçant le commerce transfrontalier, les femmes deviennent avant tout financièrement autonomes apportant ainsi une contribution majeure au développement du commerce à travers la participation à la production de biens échangeables. Cette autonomie impliquerait également la capacité de prise de décisions au sein de la cellule familiale.

 

Selon le rapport LARES 2017, les femmes impliquées dans le commerce transfrontalier se présentent comme des négociants transfrontaliers, gestionnaires et propriétaires d’entreprises impliquées dans le commerce.

 

Elle prennent également part activement à l’éducation, la santé et la nutrition de leurs enfants, ce qui est un gage de développement du capital humain.

 

Cependant, si les femmes sont les premiers acteurs dans les commerces transfrontaliers, ces dernières rencontrent certaines difficultés dans l’exercice de leur activité. Elles font face à de nombreux obstacles notamment le manque de financements causés par le manque de garantie bancaire, de leur flux de revenus fluctuant selon le temps limitant ainsi leur possibilité de remboursement, les longues procédures aux frontières occasionnés par la bureaucratie, la corruption et le faible niveau d’instruction des femmes. A cela s’ajoutent les problèmes de harcèlement sexuel dont sont sujet les femmes. Celle-ci sont des fois amenés à payer de leur personne en lieu et place de pots de vin (32% selon une étude du COMESA en 2012).

 

La méconnaissance des avantages liés à l’intégration à la CAE, le faible financement, la faible capacité managériale, les mesures politiques contraignantes et les problèmes viennent s’ajouter au lot des complications que peuvent connaître les femmes dans exercice de leurs activités commerciales.

 

Mais au-delà de toutes les complications et difficultés que peuvent rencontrer les commerçants et particulièrement les femmes, le commerce transfrontalier reste un véritable gage d’autonomie des femmes burundaises. Ce commerce fait d’elles des acteurs de choix dans l’économie locale et dans le développement économique et social du Burundi. Une meilleure législation et des politiques de gestion plus adéquates pourront faire de ce commerce un des fers de lance de l’économie burundaise, aussi bien localement que dans la sous-région est-africaine.

 

Moïse MAZYAMBO

 

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