Le leadership féminin, un panel pour en parler

Le leadership féminin, un panel pour en parler

Ce 10 octobre 2018 dans les enceintes de l’Institut Français du Burundi s’est tenue une conférence sur le leadership féminin. Sous le thème «  Le leadership féminin : une ressource pour la société », cinq panelistes étaient invités pour mener l’échange. La conférence était substituée en  4 parties. Cette conférence s’enregistre dans la continuité de la célébration des 40 ans de partenariat Union Européenne- Burundi.

Un mot de certains représentants

Olivier Jayne, Directeur délégué de l’Institut français du Burundi a été le premier à prendre la parole . Il a souhaité la bienvenue au public et a présenté les panelistes invités. C’était ensuite le tour de Laurent Delahousse, Ambassadeur de la France au Burundi d’adresser quelques mots à l’audience. M. l’Ambassadeur a évoqué le grand dilemme observé dans le vocabulaire traditionnel attribué aux femmes exerçant les fonctions de chef de poste diplomatique et de corps préfectoral. « Les femmes prennent souvent le titre de compagne de leurs maris chef de poste » a-t-il dit. On dira ambassadrice pour designer la femme de l’ambassadeur. « Faut-il appeler une femme exerçant le rôle d’ambassadeur,  ambassadeur ou ambassadrice ?… ce débat montre déjà combien le leader féminin dans notre métier diplomatique accuse de retard » a-t-il poursuivi.  Patrick Dupont, chargé de la délégation de l’Union européenne(UE) au Burundi a précisé que l’égalité des genres est un principe important que l’UE. s’efforce d’incorporer dans toutes ses interventions dans le domaine du développement.

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Cinq panelistes issus d’horizons différents pour un échange équilibré

Honorable Vestine MBUNDAGU, spécialiste du genre, Alphonsine BIGIRIMANA, avocate, Sheilla INANGOMA , artiste, Eliane Berthe MOKODOPO, ambassadrice à la conférence Internationale Régionale des Grands Lacs (CIRGL) et Egide RUSHANUKA, avocat ; étaient les cinq panelistes de la conférence. Jouant le rôle de modérateur, Olivier Jayne a démarré l’échange en leur posant quelques questions notamment sur l’état de la représentation  des femmes dans les postes de responsabilité, une question qui les a amenés à parler de l’efficacité des politiques du genre au Burundi.

Les panelistes ont évoqué  différentes  politiques  sur le genre mises en  place  au Burundi comme  dans les régions des grands lacs mais ont insisté sur le fait que ces dernières ne sont pas assez appliquées. Alphonsine est revenue sur la question d’évaluation de ces politiques. Pour elle, l’organe d’exécution n’a encore pas été créé alors qu’elle devrait l’être depuis 2003. Cependant Eliane MOKODOPO a  précisé que le Burundi tout comme le Rwanda, l’Ouganda, l’Angola et La Tanzanie  sont parmi les pays qui  ont dépassé le seuil de représentation des femmes de  30%  recommandé. Pour elle, le Burundi est bien parti, il faudrait qu’il applique plus cette politique de façon efficace.

De grands challenges pour la femme

Selon Egide R., l’accès à l’enseignement chez la femme est toujours limité. Egide fait aussi  remarquer que les commissions confiées aux femmes au Sénat par exemple restent celles sans beaucoup de pouvoir de responsabilités.  C’est également le cas  de peu de femmes engagées dans le cadre des chefs de poste dans la force armée. Egide ajoute aussi que la culture limite beaucoup la femme burundaise dans la prise de parole notamment dans les cérémonies familiales. Les opportunités de la femme ne sont pas les mêmes que pour les hommes. Selon l’Hon. Vestine, recruter une femme dans une entreprise est  perçue comme une perte par certaines entreprises. «  Demain elle prendra des congés de maternité » disent-elles.

La femme est aussi mise à côté dans les négociations mettant fin aux conflits selon l’ambassadrice  Eliane. « Les femmes ne savent pas parler », disent les hommes. « Ils oublient que nous leur avons appris à parler » a précisé l’ambassadrice Eliane faisant référence à l’éducation maternelle. Pour Sheilla Inangoma, l’obtention des capitaux pour les femmes est un vrai combat car même dans la famille on a tendance à faire plus confiance aux garçons s’il s’agit de projets. La femme étant attachée a la terre, Alphonsine évoque la question de succession au Burundi. Elle s’accorde avec Honorable Vestine d’ ailleurs pour dire que le droit à l’héritage est un droit pour toute personne et non pour la femme seulement.

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Des outils pour promouvoir la femme existent

Les panelistes sont revenus sur la mise en place des mécanismes visant la vulgarisation de la politique nationale du genre. Pour Sheilla I., les plans d’actions de la politique devraient impliquer et encourager les créations artistiques qui vont montrer un autre aspect plus respectueux des droits humains  dans  la société. L’ambassadrice Eliane revient aussi sur la promotion des  droits humains à travers des activités communautaires visant la lutte contre les violences faites aux femmes. « C’est tout un processus, il devra y avoir une socialisation des familles et même des enseignants pour éradiquer ces stéréotypes  envers les capacités et les droits des femmes conçus depuis l’enfance. C’est à nous d’éduquer nos enfants », a dit Vestine. Pour Alphonsine, les femmes devraient penser à percer d’une façon stratégique. Egide, lui met en avant la vulgarisation des instruments de justice car les articles 13 et 22 de la constitution admettent que tous les citoyens ont des droits  égaux.

Le public quant à lui  s’est exprimé  en disant que la femme devait se battre pour ses droits. Certaines figures féminines  ayant été leaders à des postes de décision comme Madame Kinigi, ancienne première ministre au Burundi ou encore Catherine Samba qui fut présidente de transition au Centre Afrique  ont été évoquées.  « Cependant la femme rurale devrait également avoir l’occasion d’échanger sur ces sujets », disait également le public.

 

Huguette IZOBIMPA

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