Le célèbre producteur ougandais « Washington » porte un regard critique à la musique burundaise

Le célèbre producteur ougandais « Washington » porte un regard critique à la musique burundaise

David Ebangit alias Washington ©Akeza.net

C’est triste de le dire, mais cela une évidence. Contrairement à leurs voisins rwandais, ougandais et autres kenyans, les musiciens burundais tardent toujours à véritablement prendre une place dans l’univers musical est-africain. A en croire le producteur ougandais Washington (David Ebangit de son vrai nom), qui a produit des tubes célèbres tels que Kuku de Radio and Weasel ou encore Urukundo de Kitoko, cette situation pourrait très vite changer.

Pour le producteur à succès, le Burundi regorge de nombreux talents. Des talents qui, exploités de manière correcte et efficace, peuvent hisser la musique burundaise vers les sommets dans l’EAC. Selon Washington, 3 étapes doivent être franchis si l’on veut que les artistes burundais rayonnent dans la sous-région.

 

La musique burundaise, premier amour du burundais

Selon le producteur, le burundais devraient commencer par aimer la musique produite par les musiciens locaux avant toute chose. Il s’explique : « Lorsque vous allez au Rwanda, en Tanzanie ou en Ouganda, la musique locale passe toujours avant toutes les autres musiques. Et même lorsqu’ils sont à l’étranger, les gens privilégient la musique de chez eux tout d’abord. Mais au Burundi c’est le contraire. Les gens préfèrent les musiques étrangères au détriment de la musique locale, ce qui est loin d’aider les artistes. Il faut toujours mettre les artistes locaux avant tous les autres »

« Il ne faut pas attendre qu’un artiste gagne un trophée pour se vanter et revendiquer son origine. Il faut avant tout l’aimer et aimer sa musique burundaise »

 

La musique burundaise doit être portée par les médias, les promoteurs et les institutions publiques

Si les burundais doivent aimer la musique locale, déjà faudrait-il qu’ils y aient accès de manière facile. C’est à ce moment que les médias entrent dans le processus. « Pour qu’un pays se développe, il a besoin d’éducation, d’exposition et de connexion. Ces 3 choses doivent se réunir au sein des médias. Les médias  jouent donc un rôle important dans la diffusion et la promotion de la musique burundaise. »

Ainsi pour Washington, la musique burundaise devrait occuper la première place dans les médias. « Il faut qu’au moins 70% de la musique qui passe à la radio soit locale. Les fans devraient y avoir accès sans effort. Les stations de radio doivent porter haut les artistes burundais »

Un rôle que doit également jouer les promoteurs de musique et les institutions publiques. En effet, les musiciens doivent bénéficier d’un soutien total en termes de visibilité et de cachet de la part des promoteurs d’évènements culturels et du gouvernement.

« Les promoteurs des concert et évènement culturel doivent mettre en avant les artistes burundais dans ce qu’ils font. Lorsqu’un producteur fait venir un musicien étranger au Burundi, il doit faire en sorte que les artistes locaux soit le plus visible possible. Cela est aussi valable pour les cachets que perçoivent les artistes. Il n’est pas normal qu’un artiste local touche le centième de ce que toucherait un artiste étranger pour le même évènement. Les artistes ont besoin de gagner leur vie, de s’occuper de leur famille et d’avoir une descente ». Et d’ajouter : « payez bien les artistes, n’attendez pas que d’autres le fassent à votre place »

 

Le musicien burundais doit changer sa façon de travailler

Si les mentalités par rapport à la musique doivent changer, les premiers concernés par ce changement sont les artistes burundais. Selon Washington, les artistes burundais doivent changer leur manière de faire de la musique et cela à tous les niveaux.

« Les artistes musiciens au Burundi ont besoin d’être rééduqués par rapport à leur métier. Déjà ils doivent mettre plus d’effort dans le travail car ils sont encore un peu paresseux. Plus de travail, moins de repos. Le Burundi regorge de talents, mais les artistes ne les exploitent pas, ce qui n’est pas une bonne chose. Ils doivent également apprendre comment créer de bonnes relations avec les entreprises. Pas seulement pour le sponsoring mais pour de vrais partenariats qui génèrent de vrais profits. »

« Il est possible de faire de la musique burundaise une puissance dans la sous-région et cela peut aller très vite. Il suffit juste que les artistes prennent conscience de leur potentiel et travaillent pour atteindre ce but. »

Le producteur semble beaucoup croire en la capacité du Burundi et de ses artistes de faire parler d’eux aux quatre coins de l’EAC. Il a d’ailleurs entrepris de travailler avec certains des artistes burundais les plus en vue, « histoire d’apporter une nouvelle vague, un nouveau style à la musique burundaise » dit-il. Espérons qu’il y arrivera !

 

Moïse MAZYAMBO

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