L’agriculture au Burundi menacée par la destruction de l’environnement

L’agriculture au Burundi menacée par la destruction de l’environnement

L’économie burundaise repose sur le secteur primaire. Entre les pratiques de la population, la croissance démographique, l’exiguïté des terres et le changement climatique, la question de l’environnement est au cœur des préoccupations pour préserver l’agriculture. Quelle est l’ampleur du phénomène ? Quels sont les grands défis à relever pour concilier la croissance agricole et la préservation de l’environnement ?

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 L’économie du Burundi est largement dominée par le secteur primaire. Plus de 93% de la population exploite plus de 50% de la superficie des terres cultivables dans le pays. Ainsi, l’agriculture et l’élevage comptent pour 40 à 60% dans la formation du Produit Intérieur Brut(PIB) et plus du tiers des investissements sont orientés vers ce même secteur.

Toutefois, les terres cultivables sont surexploitées et la production ne suit pas le rythme d’une population qui double tous les trente ans. L’explosion démographique est en partie à l’origine du déboisement bien que les cultures de rente aient aussi leur part de responsabilité. L’érosion du sol, l’anéantissement de la biodiversité, le changement climatique et les inondations  en sont les conséquences directes.  Pour le ministre Déo RUREMA, de par la petite superficie burundaise, les systèmes de restauration des sols via la mise en jachère des terres agricoles ne sont plus possibles aujourd’hui au regard de la taille des exploitations agricoles dont la moyenne est de 0,5 ha.

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Un coût colossal

Pour Salvator RUZIMA, expert en environnement, le coût annuel de la dégradation des sols au Burundi s’élevait déjà en 2013 à 3363 millions USD, soit plus de cinq fois le budget annuel du pays la même année.  Pour le même expert, les estimations partielles des coûts de la dégradation des sols fait état d’un montant de 21 millions USD/an pour les céréales, 73 millions USD pour les légumineuses et 400 millions USD pour tous les groupes vivrières pour une durée équivalente.

Le rapport national de 2012 du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement(OMD) estime que : « Au Burundi, la surface couverte par les forêts est passée de 11,3% à 6,7% de la superficie totale du pays entre 1990 et 2010, soit une vitesse de déforestation moyenne de 64 km2/an. Si ce rythme de déperdition est maintenu, le Burundi n’aura plus de forêts dans 29 ans ».

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Des contraintes majeures pour endiguer la menace

L’ignorance et la pauvreté des populations sont les premières causes qui expliquent la persistance de ce phénomène. Le faible pouvoir d’achat limite la population dans ses choix et relègue aux calendes grecques les préoccupations sur l’épuisement des ressources. L’analphabétisme inhibe l’impact des campagnes de sensibilisation sur les techniques agricoles qui pourraient modifier la donne.

L’exiguïté des terres est aussi un obstacle majeur dans la mesure où la population s’accroît annuellement de 2,4% et  double tous les trente ans. Ainsi, cette réduction drastique de l’espace ne permet plus de concilier l’impératif de protection de l’environnement et l’autosuffisance dans la production agricole.

L’agriculture au Burundi menacée par la destruction de l’environnement ©Akezanet

La plaine de l’Imbo illustre parfaitement ce défi. En effet, entre l’exigence d’un droit au logement pour les nouvelles générations qui est à l’origine de l’expansion de la ville de Bujumbura, et sacrifier une région qui pourrait être le grenier du pays et de la sous région, le pouvoir se trouve devant un dilemme. Les conséquences se répercutent sur la cohésion sociale dans la mesure où plus de 80% des litiges dans les cours et tribunaux sont liés d’une manière ou d’une autre à l’accès à la terre.

L’on pourrait également citer la forte dépendance de la population aux ressources forestières. A plus de 98%, la population utilise le bois comme source d’énergie. Cette réalité a un impact direct sur le changement climatique avec un déboisement qui va en croissant. Les inondations, l’érosion et la baisse significative de la qualité du sol expliquent en partie la baisse de la production agricole et le manque d’attrait pour investir dans ce secteur.

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Quelques  solutions en vue

Ce phénomène inquiète les pouvoirs publics qui tentent de résoudre ce problème en se dotant de quelques outils nécessaires. C’est ainsi qu’il a mis en place le Code de l’environnement, le Code foncier, la Stratégie Agricole Nationale (SAN), la Stratégie nationale pour l’Environnement et le Plan d’Action Environnemental (SNEB/PAE), le projet de Stratégie Nationale et du Plan d’Action pour la lutte contre la dégradation des sols (SP-LCD). Pour lutter contre  la déforestation et la perte de la biodiversité, le Burundi a mis en place une politique forestière nationale et une Stratégie Nationale et un Plan d’Action sur la Biodiversité (SNPAB). Concernant le défi démographique, selon le CSLPII, l’objectif général de la vision 2025 est de diminuer jusqu’à 2% en 2025, sa croissance. Le défi reste au niveau de l’efficacité dans la mise en œuvre de ces outils. Aussi, une politique claire pour favoriser l’émergence de l’industrie et de l’artisanat pourrait désengorger le secteur primaire et limiter l’impact sur l’environnement.

 

Elvis NDAYIKEZA

 

 

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