La photographie dans l’œil d’une femme

La photographie dans l’œil d’une femme

Un phénomène plutôt nouveau au Burundi. L’on voit de plus en plus de femmes derrière l’objectif d’un appareil photo. Ce métier qui semblait être la chasse gardée des hommes, attire la gente féminine. Jojo Carter, Kili Shoot et Danch20 sont 3 femmes ayant fait le choix, peu commun, de devenir photographe. Elles font partie de ces quelques femmes qui, envers et contre tous, ont décidé de suivre leur passion et d’en faire leur métier. Découvrons ensemble qui sont-elles.

 

Josiane KWIZERA alias JOJO Carter

Jojo, comme on l’appelle communément, est une vraie passionnée de la photographie. Elle commence à manifester son intérêt pour la photo à l’école secondaire alors qu’elle est en 10è année et s’apprête à passer le test national. Toutefois, sa vie d’élève ne va pas lui permettre de s’y mettre. Ce n’est que vers la fin de ses études secondaires qu’elle se lance et commence à apprendre les bases. « Vers la fin du secondaire, je me suis remise à aimer la photographie. Et il y avait, dans l’association dans laquelle j’étais, Don Divin KEZA. C’était l’un des photographes qui m’inspirait beaucoup à l’époque. Il accepté de me former en 2017. En 2018, j’avais des connaissances qui faisaient qu’il pouvait me faire confiance pour me confier des shoots. J’ai ensuite travaillé avec 47 Filmz en 2019. Depuis je travaille à mon compte », nous raconte Jojo.

Photo prise par Jojo Carter ©DR

Quoi qu’être photographe soit souvent considéré comme un métier masculin, la jeune photographe met surtout l’accent sur la passion. « Je sais que c’est un métier qui est très masculin et compliqué. Mais quand on aime une chose et que l’on se sent capable de la faire, on se lance, c’est tout », dit-elle. D’ailleurs, elle reçoit des encouragements de la part d’autres photographes masculins sur qui elle apprend beaucoup de choses.

Pour Jojo, sa passion vaut tout. Sa condition de femme n’est en rien un obstacle. Et même si les critiques peuvent avoir un fond de vérité, rien ne l’empêche d’y croire et vouloir réussir dans ce métier. Elle le dit elle-même : « Même si nous sommes différentes, sur le plan physique surtout, en faisant des efforts, nous y arriverons ».
Et pour ce qui est de sa conception de la photographie, la jeune femme privilégie l’histoire que peut raconter une photo. « Chaque image est une histoire » dit-elle. Jojo

Son rêve, c’est de posséder son propre studio et de travailler à promouvoir la photographie au Burundi. Et si elle a un penchant pour la photographie d’événements, elle aimerait se lancer dans le photojournalisme.

 

Liana KIMANA alias KILI Shoot

Diplômée en traduction et interprétariat, Liana est ce que l’on appelle un nourrisson dans la photographie. Elle fait ses premiers pas dans ce métier en 2019 après avoir participé à une formation organisée par Ubuntu Photography pour les filles et femmes débutantes en mai 2018. Mais, c’est la mort de son grand-père, deux mois après sa formation qui va lui donner plus l’envie de devenir photographe. « Mon grand-père me racontait des histoires et il est mort deux mois après ma formation. Ce jour là, j’ai regretté de ne pas avoir gardé une photo ou une vidéo de ce qu’il m’a raconté sur son enfance ou sur le Burundi, ma patrie », confie-t-elle.

Pour Liana, la photographie est plus qu’un métier. C’est un art. Prendre des photos, c’est faire un travail de mémoire. Transmettre l’histoire pour des milliers de génération. Inspirée par le travail des photographes comme Berthier MUGIRANEZA, Kingdom Photography, Ubuntu ou encore Ikibondo Studio, elle se passionne pour la photographie de nouveau-né. Une façon de garder la mémoire pour l’être humain.

Elle travaille à s’améliorer au quotidien et veut devenir un exemple en montrant la capacité des femmes à faire ce métier. D’ailleurs, elle prône l’union et l’entraide des femmes dans ce métier. « Je pense qu’on doit se tenir les coudes, aller de l’avant et surtout savoir et mettre en valeur nos visions », dit-elle.

Femme, dans un métier dit « d’hommes », elle se dit bien accueillie par ses collègues hommes même si pour certains cela reste une passade. « la majorité des photographes masculins sont contents et émus de me voir avec un appareil et m’encouragent. Mais, d’autres disent que c’est juste passager surtout quand on devient femme au foyer », dit la photographe qui compte bien faire ce métier toute sa vie.

 

Charissa Danielle IRADUKUNDA alias Danch20

Charissa et la photographie, c’est une histoire d’amour. La jeune femme se découvre une passion pour la photo en 2016 lorsqu’elle est étudiante en informatique et télécommunication à ITELETIQUE. Voulant à tout prix devenir photographe, cette jeune femme a rencontré des obstacles sur son chemin. « J’étais en première année et on nous apprenait la photographie. Seulement, on ne le faisait pas bien pour nous les filles parce qu’on considérait qu’elles n’allaient jamais arriver au bout de ce qu’elles avaient commencé. Malgré ça, je n’ai pas arrêté parce que je sentais que je voulais le faire. Je demandais à des photographes de les accompagner dans des séances, mais ils refusaient », confie la jeune femme qui a dû faire face à beaucoup de refus pour se lancer.

Plusieurs fois découragée par ses paires, elle a continué et ses efforts vont payer parce qu’elle va finir par se lancer dans ce métier contre vents et marrées. « Les autres photographes me disaient que je ne pouvais pas y arriver parce que j’étais une fille et que sur le terrain, je ne saurai pas gérer les conditions dans lesquelles les photographes travaillent. Seulement, même s’ils disaient tout cela, ils me considéraient quand même comme une photographe », dit-elle.

Une fois devenue photographe, Charissa a développé sa propre vision de la photographie. Pour elle, c’est une question de passion et de point de vue. « La photographie est une belle chose. A la fois facile et difficile. Nous n’avons pas tous la même perception des choses et il arrive des fois qu’on ait l’impression d’avoir perdu du temps sur une prise. Mais, à partir du moment où on trouve satisfaction en prenant une photo, cela suffit » nous dit la photographe qui considère que sa condition de femme lui donne une vision meilleure que celle des hommes en terme de perspective et perception des couleurs.

Danch20 Photography ©DR

Charissa s’est beaucoup inspirée du photographe Jimmy Nzi. « Sa passion pour ce métier est très inspirante pour moi », avoue la photographe. D’un autre côté, elle s’inspire de Laurant Breillat de la chaîne YouTube « Apprendre la photo ». Une chaîne sur laquelle elle fait ses armes. Elle est également inspirée par les photos du compte Instagram « Les femmes Photographes ».

Plus que jamais passionnée par la photographie, Charissa se voit photographe toute sa vie. En caressant le rêve de faire des expositions photo et devenir une photographe mondialement connue. Sa motivation réside dans son besoin de raconter des histoires et partager des sentiments à travers ses photos. Le tout en mettant en avant le talent des femmes dans ce métier.

 

Moïse MAZYAMBO

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