La musique burundaise à l’international, une question de stragégie?

La musique burundaise à l’international, une question de stragégie?

Bien que de artistes comme Kadhja Nin ou JP Bimeni aient réussi à faire parler du Burundi, les artistes locaux restent pour la grande majorité dans une configuration burundo-burundaise. Mais les choses pourraient changer bientôt. En effet, la semaine dernière a été belle pour la musique burundaise qui a vu deux de ses ambassadeurs battre le pavé sur des médias d’envergure internationale. Ce rêve qui semble prendre forme repose sur deux questions fondamentales. La musique burundaise souffre-t-elle d’un problème de qualité ? Ou faudrait-elle repenser sa stratégie d’expansion ?

 

Le pas franchi

Tout en évitant de réécrire ce qui a déjà été écrit, rappelons très vite les faits. Alors que les artistes burundais ne cessent d’émettre le vœu de voir la musique burundaise sortir du giron national, deux ambassadeurs ont franchi le pas. D’un côté Sat-B avec son morceau « Gacugere » qui figurait sur la playlist « Afro Club » de la radio RFI, et de l’autre, Big Fizzo et son écurie Bantu Bwoy qui voyaient le morceau « Sugua » en tête d’affiche dans l’émission Vidéo Mix sur la chaîne de télé Trace Urban.

Ce qui paraîtrait anodin pour certains, représente tout de même un grand pas en avant pour les artistes burundais. Cette information a par ailleurs été relayée par des dizaines de Burundais sur les réseaux sociaux avec fierté.

Pour Kent-P, manager de l’écurie Empire Avenue de Sat-B, c’est l’aboutissement d’un travail de plusieurs années. « Pour avoir lutté pendant longtemps, cela me prouve que tout est possible. Peu importe le nombre d’années que cela puisse te prendre », dit-il.

DJ Mickey, qui est à l’origine du Mashup Vidéo du morceau Sugua passé sur Trace Urban, c’est encore la preuve que les artistes burundais ont de quoi à offrir au monde. Ce jeune DJ faisait d’ailleurs son second passage sur Trace Urban.

« Ce 2ème passage est un peu la preuve pour moi que l’on me fait confiance. Et j’en ai profité pour donner plus de visibilité à la musique burundaise et prouver que nous sommes capables de faire de belles choses » rapporte Dj Mickey.

Les efforts de tous ces artistes semblent payer.

 

Que gagne la musique burundaise dans tout ça ?

La réponse à cette question est aussi évidente que claire. Le passage de la musique sur des médias d’envergure internationale est une porte ouverte sur le monde et inversement. Les artistes burundais ont aujourd’hui la chance de faire valoir leurs talents au-delà des sphères nationale et régionale.

Selon Amisi Heros, dit Ami Pro, animateur culturel sur la radio Buja FM, l’opportunité est grande pour les artistes burundais. La possibilité de côtoyer l’élite musicale africaine s’offre aux Burundais. « Avant toute chose cela est la preuve que les Burundais commencent à avoir les bonnes connexions à l’étranger. En plus de cela, se retrouver sur les mêmes médias que des artistes comme Diamond Platinumz ou Davido faciliterait les collaborations entre les artistes burundais et les stars étrangères. »

Cependant, la prudence devra être de mise si l’on veut conserver ou consolider ces faibles acquis. « Qu’ils ne se trompent pas. Ce n’est qu’un début et il y a encore beaucoup à faire », insiste DJ Philbyte qui prévient sur l’erreur de se reposer sur ses lauriers. Et Ami Pro d’ajouter : « Même si les connexions existent aujourd’hui, il faudra que les artistes sachent s’en servir intelligemment s’ils veulent aller loin ».

Un bon usage de cette nouvelle visibilité devrait porter de bons fruits. « Il faut simplement qu’ils continuent d’être créatifs afin de conquérir le public d’ailleurs et de cette façon ils pourront peut-être décrocher des contrats avec des grands labels ou bien être sollicités pour des performances à l’étranger dans un avenir proche, qui sait ? », dit DJ Philbyte.

 

L’importance des relations publiques

Il est beau de s’enthousiasmer sur cette nouvelle visibilité de la musique burundaise, mais il serait encore plus important de s’interroger sur la stratégie à adopter pour plus d’ouverture. De l’avis des quelques personnes interrogées, ce travail se situe à deux niveaux. D’après DJ Philbyte, la qualité des productions est un enjeu crucial. Les créations burundaises devraient, selon lui, suivre un schéma plus ouvert aux tendances actuelles. Innover en allant vers une musique plus commerciale serait la clé.

« Nous n’avons jamais arrêté de leur demander de s’adapter à l’évolution de la musique. De faire de la musique commerciale. Maintenant qu’ils s’y sont mis, nous commençons à constater les résultats et les quelques chanceux qui ont accompli cet “exploit” ouvriront la voix aux autres », dit-il. Se conformer aux standards du moment semble la clé, ou du moins l’une des clés.

Cependant, selon Kent-P, la question se répond encore et surtout par la qualité du réseau de l’artiste. L’homme estime que les relations publiques sont très importantes. Mais elles sont, malheureusement, souvent négligé par les labels et les équipes de management burundais.

« Les médias internationaux s’intéressent souvent aux artistes ayant des relations publiques bien gérées. Et beaucoup d’équipes de management au Burundi négligent cela. Très peu sont ceux qui ont des relations publiques bien structurées. La conséquence est que très peu d’artistes réussissent à avoir une visibilité à l’étranger. Si je peux donner un conseil aux acteurs de la musique burundaise, c’est de faire le maximum pour développer les relations publiques », explique-t-il.

 

Comprendre le numérique

Être un artiste, c’est vivre avec son temps. C’est comprendre et maîtriser ce qui se fait de nouveau dans l’industrie. De la même manière que le CD (Compact Disc) a remplacé le vinyle, le téléchargement a remplacé le CD avant lui-même de laisser place au streaming. Et si les artistes burundais se retrouvent aujourd’hui sur les plateformes de streaming, il leur faudrait encore comprendre tous les codes de celle-ci. La plus importante d’entre eux est le fait de figurer sur les playlists les plus suivis de ces plateformes. C’est ce combat là que les artistes burundais devraient mener.

« La musique a beaucoup changé. Aujourd’hui, tout se fait en ligne. Et pour être écouté par le maximum de personnes, il faut obligatoirement passer par les playlists les plus importantes. Figurer sur la playlist de RFI sur Deezer par exemple permet d’être très visible dans le monde francophone. Les médias des pays francophones se basent sur cette playlist pour faire leur programmation. C’est pareil pour les playlists anglophones qui influencent la programmation des radios et télévisions anglophones. Avec cela, on arrive à s’ouvrir au monde », dit Kent-P.

 

Produire la musique de qualité et savoir suivre le courant actuel, c’est se créer un réseau de qualité et maîtriser le fonctionnement du numérique. Voici donc la formule pour connaître le monde et se faire connaître du monde. Une formule plutôt simple sur le papier. Les artistes burundais sauront-il l’appliquer ? Seront-ils capables de profiter de cette ouverture et de s’engouffrer dans la brèche ? La question est ouverte et les artistes devront y répondre.

En attendant, nous célébrons cette nouvelle visibilité pendant que nous l’avons encore. En espérant que nos artistes ne la gâcheront pas.

 

Moïse MAZYAMBO

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