La banque à l’ère du mobile : L’accès aux services financiers révolutionné par la banque mobile

La banque à l’ère du mobile : L’accès aux services financiers révolutionné par la banque mobile

Avec un burundais sur deux équipé d’un téléphone mobile, la banque mobile est à l’œuvre d’une transformation profonde des pratiques bancaires classiques. En moins d’une décennie, elle a déjà créé près de 2,9 millions de comptes mobiles, plus de deux fois le nombre de comptes bancaires. Offert aussi bien par les institutions financières et les opérateurs téléphoniques, l’accès aux services financiers de la banque mobile s’est exponentiellement développé grâce aux télécoms.

Près d’un siècle après l’implantation des premières agences bancaires dans le pays, 8 burundais sur 10 restent entièrement exclus du secteur bancaire classique. En effet, selon le dernier rapport de la BRB sur l’inclusion financière – Edition 2016 – à peine 22% de la population adulte ont accès à un certain type de services financiers formels, soit un peu plus d’un million de comptes bancaires créés dans les 42 institutions financières (banques et institutions de microfinance) opérant dans le pays sur un marché de 5 millions d’adultes burundais.

 

Les coûts des services de base (ouverture de compte, frais de tenue de compte, relevé bancaire, etc.) plus particulièrement élevés dans les banques, le manque d’information, la phobie bancaire et la pauvreté sont autant de facteurs avancés dans lapremière enquête nationale sur l’inclusion financière réalisée en 2012 pour expliquer la faible bancarisation de la population.

 

Mais c’est surtout du côté de l’offre des services financiers qu’il il faut chercher l’explication. Pour des raisons évidentes de rentabilité, les institutions financières – et surtout les banques – ciblent essentiellement une petite frange de la population, les nantis (ceux qui disposent d’actifs hypothécaires ou des bons salaires avec des contrats de travail stable).

 

Cela entraine logiquement moins de dépôts dans le secteur bancaire, donc peu de crédits à l’économie, et au final, moins de profits pour ces intermédiaires financières, rendant donc très couteux leur éventuel projet d’expansion en vue se rapprocher de la population (dans le dernier rapport sur l’inclusion financière, plus du tiers des 678 points de services des banques et des institutions de microfinance sont localisées dans la capitale de Bujumbura, alors qu’elle compte moins de 7% de la population adulte).

 

Fort heureusement, cet état des faits est en cours d’être remodelé par la banque mobile. Tout a commencé en 2010 avec le service de transfert d’argent EcoCash (devenu plus tard la plate-forme des services financiers mobiles Ecocash), le tout premier produit de la banque mobile au Burundi lancé par l’opérateur téléphonique Econet Wireless en partenariat avec la Régie Nationale des Postes.

Depuis, le secteur bancaire burundais compte une dizaine de services financiers mobiles lancés par d’autres télécoms privés mais aussi par certaines institutions financières (Smartpesa, Lumicash, M-cash, Sim Banking, IBB Mobile banking, KCB mobi, Pesaflash, Ecobank mobile, et Rungika).

Offerts par les télécoms privées et certaines institutions financières, les services de la banque mobile permettent de réaliser diverses opérations financières grâce au mobile. Considérée par beaucoup comme la “banque du futur”, la banque mobile est principalement constituée par des gens qui ne seraient normalement pas en mesure d’avoir accès aux services bancaires classiques.

A ses débuts permettant- à l’aide d’un simple téléphone – de transférer de l’argent plus rapidement et de façon sécurisée, les services financiers de la banque mobile se sont étendus à un large éventail de services incluant le payement des marchands, la réception du salaire, le règlement des services étatiques (taxes et impôts de l’OBR ou de la Marie), l’accès au crédit numérique et l’envoi des fonds transfrontaliers.

Moins d’une décennie après son lancement, la banque mobile a déjà connu du succès. D’après l’enquête de la BRB sur l’évolution des services financiers mobiles, c’est presque 2,9millions de comptes mobiles créés jusqu’au mois de septembre dernier, plus de deux fois le nombre de comptes bancaires recensés jusqu’au mois de décembre de 2015.

Si les services de la banque mobile sont à la fois offerts par les banques et les télécoms, leur développement exponentiel est principalement attribuable aux seconds. D’après l’enquête, les opérateurs téléphoniques comptaient jusqu’au mois de septembre dernier plus de 98% des parts du marché en termes de comptes mobiles ; ce qui leur permettait, en partie, d’accaparer le gros des transactions effectuées sur ces plateformes. En effet, c’est plus de 18 milliards de Fbu, soit plus 93% des transactions financières locales, qui ont transité dans les comptes mobiles des clients des télécoms au cours de ce mois.

 

La réussite de la banque mobile a été donc, de prime abord, facilitée par l’adoption croissante du téléphone mobile au Burundi. Le taux de pénétration du mobile estimé à 28% en 2012, l’ARCT l’a revu à plus de 50% en 2017, soit un burundais sur deux équipé d’un mobile. Delà le vaste nombre de clients inscrits dans les bases de données des télécoms – 6 millions d’abonnés – a permis une croissance si rapide du nombre des clients de la banque mobile.

 

L’autre facteurdu succès de la banque mobile estla distribution. En effet, les télécoms ont développé, depuis le début des années 2000, à travers tout le pays, un immense réseau de distribution des cartes de recharge de crédit. Ils se sont essentiellement appuyés sur ces derniers pour développer l’agence de proximité constitué par un vaste réseau d’agents commerciaux– magasins, boutiques, kiosques, pharmacies, stations, etc. – à travers tout le pays qu’ils ont mandatés pour offrir leur service en contrepartie des commissions surles opérations financières réalisées.

Aujourd’hui ce n’est pas moins de 10 000 agents commerciaux déployés par Econet-leo, Lumitel et Lacell pour servir leur clientèle. Pour parvenir à concurrencer les télécoms sur ce marché, les banques comme la Bancobu, la CRDB Bank, la Finbank ou la KCB Bank ont déjà commencé à élargir leur présence sur le terrain grâce à ce système – au mois de septembre dernier, elles comptaient un réseau d’environ 500 agents commerciaux.

Cependant, il faut noter que le succès de la banque mobile ne s’est pas opéré au détriment du secteur bancaire traditionnel, car le taux d’accès à ses services a également haussé depuis 2012, passant de 12,5%, à 22% en 2015. La banque mobile ne va certainement pas remplacer la banque classique mais plutôt ses innovations conduiront les banques à repenser leur approche de la clientèle en rendant plus facile l’accès à leur service grâce à la technologie pour le bien de tous.

 

Blaise Nkuriyingoma

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