KIYO Fashion Collective, défenseur d’une mode « Made in Burundi »

KIYO Fashion Collective, défenseur d’une mode « Made in Burundi »

Collectif réunissant des créateurs de mode, le KIYO Fashion Collective se positionne en défenseur d’une mode « Made in Burundi ». Ce combat prend tout son sens dans un Burundi où les créateurs de mode locaux peinent encore à s’imposer. Alors qu’il lançait officiellement ses activités le samedi 27 juin 2020, le collectif ouvre le débat sur la promotion de la mode burundaise en mettant à contribution tous les acteurs de ce secteur aux multiples ramifications. L’heure de la révolution a-t-elle sonnée ?

 


« Nous devons briser cette mentalité qui veut que le « Made In Burundi » ne soit pas beau ou bien. Le public devrait comprendre que ces designers sont les nôtres et qu’ils font des trucs pour les burundais »


 

Une mode faite par le burundais, pour le burundais

Avec 7 créateurs de mode en son sein, KIYO Fashion Collective veut changer les choses ; ou du moins essayer. Le mot d’ordre est simple : « Encourager les burundais à apprécier et consommer la mode ‘’Made in Burundi’’ ». Une idée qui parait simple mais qui depuis plusieurs années reste un challenge de taille. Pourtant, ce n’est pas le talent qui manque. Bien au contraire ! Au fil des années, la mode burundaise a vu l’émergence d’un bon nombre de créateurs présentant des collections de qualité. Cependant, le manque d’exposition et de soutien fait qu’ils restent très peu connus du public. Pour pallier à cela, ce nouveau collectif entend appliquer une stratégie simple. Celle de mettre en avant les créations burundaises.

 

« Chaque dernier samedi du mois, nous aurons des expositions-vente à l’Arena. Nous y présenterons les collections des créateurs membres du collectif mais également d’autres créateurs de mode qui ne font pas partie du collectif. L’idée c’est de donner la chance de vendre des produits faits localement », nous explique Arielle « Tico » MANIRAKIZA, créatrice de mode et chargée de communication du collectif.

Arielle MANIRAKIZA, parlant de KIYO Fashion Collective ©Akeza.net

Cette stratégie devrait fondamentalement vendre la beauté et la qualité d’une mode faite par les burundais et pour les burundais. On éveillera donc une forme de « Patriotisme vestimentaire », un amour du produit burundais qui, de l’aveu des créateurs, n’est pas dépourvu de qualité. « Nous devons briser cette mentalité qui veut que le « Made In Burundi » ne soit pas beau ou bien. Le public devrait comprendre que ces designers sont les nôtres et qu’ils font des trucs pour les burundais », nous dit Arielle MANIRAKIZA. Le collectif compte par ailleurs sur l’aide des médias pour véhiculer cette idée.

 


« Il nous est souvent difficile de trouver tous les matériaux qu’il nous faut pour créer. La plupart du temps, nous importons. L’achat, le transport, le dédouanement, toutes ces choses nous coûtent relativement cher. Mais nous essayons de faire de notre mieux pour fournir des créations de qualité », Anny Déborah MUSANINTORE, créatrice d’accessoires de mode.


 

 

Des défis à relever

Certes, populariser le « Made in Burundi » est l’objectif, mais le chemin vers cet objectif reste parsemé d’embûches. Les créateurs de mode burundais doivent faire face à des défis allant de la difficulté à obtenir des matériaux à la visibilité de leur création en passant par le regard de la société sur les métiers de la mode.

 

Dans l’inconscient collectif, le « Made in Burundi » est plutôt onéreux. Une situation qui s’explique par la difficulté de trouver les matériaux adéquats localement pour plusieurs créateurs. « Il nous est souvent difficile de trouver tous les matériaux qu’il nous faut pour créer. La plupart du temps, nous importons. L’achat, le transport, le dédouanement, toutes ces choses nous coûtent relativement cher. Mais nous essayons de faire de notre mieux pour fournir des créations de qualité », nous explique Anny Déborah MUSANINTORE, créatrice d’accessoires de mode.

Exposition vente KIYO Fashion Collective/Arena Club ©Akeza.net

A la difficulté de trouver des matériaux localement et à moindre coût, s’ajoute le souci de visibilité des créations de mode burundaises. Un travail qui devrait mettre ensemble les médias mais également les photographes. Igor « Holizyner » NTWARI, photographe de mode, estime que le travail de visibilité devrait impérativement passer par des médias spécialisés. « Si les créateurs de mode et les make up artists ne créent pas, nous, photographes de mode, n’aurons pas de travail. Il faudrait donc que tout le monde soit actif. De l’autre côté, les photos que nous prenons finissent tous sur Instagram et ce n’est pas toujours évident que cela puisse être très utile. Ce qu’il nous faut, c’est un magazine spécialisé dans la mode qui pourra mettre en avant le travail des créateurs et le nôtre », expliquait-il.

 


« Nous avons beaucoup de faiblesses mais nous avons une grande force. Notre jeunesse. Je pense que nous devrions capitaliser sur cette jeunesse en multipliant les initiatives de ce type », André HAKIZIMANA, responsable de l’agence de mannequinat « UMURINGA ».


 

Devant faire face à tous ses défis, les créateurs de mode butent également à un problème d’ordre social. Qu’ils soient styliste, make up artists, mannequins ou créateurs d’accessoires, les professionnels de la mode doivent très souvent affronter l’avis d’une société qui considère ces métiers comme des hobbies plus qu’autre chose. Une situation que décris Gaëlla NGABONZIZA qui a pris le parti d’assumer son statut et de le revendiquer. « Les gens ont tendance à considérer mon travail comme un passe-temps. Pourtant je le fais professionnellement. Aujourd’hui je suis fier de me présenter comme maquilleuse et je l’assume. Les gens doivent comprendre que c’est un travail comme tous les autres », disait-elle.

 

Quoi que les défis soient multiples, la jeunesse des créateurs de mode burundais devrait être un atout pour la profession. Une jeunesse motivée à accomplir des choses et qui tente d’y arriver. « Nous avons beaucoup de faiblesses mais nous avons une grande force. Notre jeunesse. Je pense que nous devrions capitaliser sur cette jeunesse en multipliant les initiatives de ce type », disait André HAKIZIMANA, responsable de l’agence de mannequinat « UMURINGA ».

Exposition vente KIYO Fashion Collective/Arena Club ©Akeza.net

Trouver des solutions ensemble

Si avec l’organisation d’exposition-ventes, KIYO Fashion Collective veut ouvrir les portes de la mode burundaise au grand public, le collectif se veut également comme une plate-forme de partage et d’échange pour les différents créateurs de mode, membres ou pas. « En tant que collectif, nous voulons créer un espace où les designers trouvent ensemble des solutions aux défis que nous rencontrons. J’en ai pour exemple les tissus que j’utilise aujourd’hui. Je les ai découvert grâce aux designers avec qui je travaille au sein du collectif », confie Arielle MANIRAKIZA. Une idée d’union qui espère trouver un bon retour auprès des créateurs de mode burundais.

 

Cette collaboration passe également par d’autres acteurs culturels qui pourraient à leur niveau apporter leur pierre à l’édifice. C’est notamment le cas de l’Arena Club, qui a accepté de mettre à disposition son espace pour accueillir les différentes expositions de KIYO Fashion Collective. « Nous ne sommes fermé à aucun secteur, nous avions déjà organisé des évènements du genre. Un endroit comme Arena a été conçu pour accueillir tout type d’évènement. Qu’ils soient musicaux ou non. La jeune équipe de KIYO nous a semblé motivée et dynamique, et nous encourageons les initiatives de ce genre. Voilà pourquoi nous leur avons mis à disposition notre espace et nous espérons que cela se reproduira. Nous les invitons à étoffer leur concept pour que ce rendez-vous devienne incontournable. Nous pensons que l’endroit s’y prête très bien. On aime donner à tout un chacun une visibilité adéquate via notre établissement. Notre souhait est d’être approchés par tout type d’évènement », explique Gregory KAMBERIS, responsable des lieux.

 


« Nous essayons d’agrandir l’espace de la mode burundaise. Nous encourageons ceux qui ont des idées pour nous aider à atteindre cet objectif de nous rejoindre. L’effort n’est pas individuel, il est collectif, pour faire grandir la mode au Burundi »


 

Le clin d’œil est également fait aux autorités locales. En effet, pour le collectif, un soutien de la part du ministère de la culture serait le bienvenu pour les créateurs de mode burundais. Tout cela en rappelant la plus-value économique que peut représenter un secteur comme la mode au Burundi. « Même si le ministère de la culture ne dispose pas encore de moyens pour venir en aide au secteur de la mode, nous voulons tout de même souligner que la mode a un grand potentiel économique. Et même sans argent, les autorités peuvent nous aider en nous offrant des facilités lors des évènements comme la foire « Made in Burundi » ou en nous aidant à prendre part à des évènements de mode dans l’EAC ou ailleurs. Toute forme de soutien sera le bienvenu », explique Arielle MANIRAKIZA

Exposition vente KIYO Fashion Collective/Arena Club ©Akeza.net

Le collectif se dit donc ouvert et invite les créateurs burundais à les rejoindre. « Nous essayons d’agrandir l’espace de la mode burundaise. Nous encourageons ceux qui ont des idées pour nous aider à atteindre cet objectif de nous rejoindre. L’effort n’est pas individuel, il est collectif, pour faire grandir la mode au Burundi », ajoute la porte-parole de KIYO Fashion Collective.

 

Le lancement de ce collectif pourrait être le début d’une nouvelle ère dans la mode burundaise. Mais il est encore très tôt pour l’affirmer. Nous ne pouvons que laisser le temps agir en espérant que l’initiative sera suivie.

 

Moïse MAZYAMBO

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