Journée Mondiale de la Femme : L’OPC Clotilde POYONGO, femme et policière se confie sur son métier

Journée Mondiale de la Femme : L’OPC Clotilde POYONGO, femme et policière se confie sur son métier

Clotilde POYONGO ©Akeza.net

Mère de trois enfants, Clotilde POYONGO en charge de l’unité de la promotion du genre de la police nationale du Burundi se dévoile sur la vie d’une femme policière au Burundi. Une vie qu’elle ne se voyait pas entreprendre quand elle faisait ses études de biochimie.

 

Akeza.net : Comment avez-vous atterri dans le métier de policière ?

Clotilde : Mon parcours est des plus simples. J’ai commencé mes études à l’école primaire de Bisoro dans la province Mwaro. De 1991 à 1994, j’ai fait le cycle inférieur au Lycée de Mwaro puis je suis allée pour continuer et finir mes études secondaires.  Après le service militaire obligatoire, j’ai pris des cours de biochimie à l’Ecole Nationale Supérieure pendant deux ans. La crise a éclaté et j’ai décidé de rejoindre le maquis.

Après la crise, quand on a été réintégré, je suis passée par de nombreux postes qui m’ont permis d’avoir de l’expérience. J’ai déjà été envoyé en Haïti pour une durée de 4 ans, j’ai suivi des formations en Russie et au Kenya à deux reprises.

 

Akeza.net : Est-ce que cela n’a pas été difficile pour vous de prouver vos compétences afin de gagner confiance ou vous faire accepter par vos pairs hommes ?

Clotilde : En ce qui concerne le gardiennage de la paix, il n’y a pas de différence entre une femme et un homme. De plus, le policier et la policière font les mêmes études. Un policier ou une policière se fait respecter par son efficacité.

 

Akeza.net : Sachant que la plupart des femmes se laissent enfermer dans leur statut de femme, quelle était votre motivation pour vous lancer dans ce métier que beaucoup considèrent comme fait pour les hommes ?

Clotilde : Ma motivation m’est venue de l’injustice que je voyais dans mon pays. Je me disais que quand je serais réhabilitée, je deviendrais policière. A voir comment les femmes n’ont pas de mot à dire sur les violences qui leur sont faites. On a l’habitude de voir au Burundi une femme qui reste en silence jusqu’à se faire tuer par son mari. Ce qui me carbure c’est d’être à l’écoute de ces femmes et des enfants que l’on maltraite. Quand ces femmes et enfants viennent au poste de police et ne trouvent pas de femme à qui parler, certaines d’entre elles retournent à la maison puisque c’est  leur mari ou père qui les a fait subir ces violences et elles ne veulent en aucun cas se confier à un homme policier.

 

Akeza.net : Comment arrivez-vous à gérer votre vie professionnelle et votre vie de femme et mère de famille ?

Clotilde : J’arrive parfaitement à concilier les deux comme d’autres femmes qui font d’autres métiers. Un couple est fait de deux personnes. Quand j’étais en Haïti, mon mari prenait la relève et j’avais toujours mon mot à dire même à des kilomètres de distance. A la maison, je suis la mère de famille, je m’occupe de mes enfants et mon mari comme il se doit. A mon travail, je me dois d’être professionnelle. Je suis la policière en qui les gens ont confiance. En allant au travail, je ne délaisse pas mes enfants, je cherche plutôt à ce qu’ils aient un avenir meilleur.

 

Akeza.net : Il ne vous est jamais arrivé de regretter votre choix ? Comme quoi « je ne suis pas assez présente pour ma famille… »

Clotilde : Non ! Je n’ai jamais regretté mon choix. Personne ne m’a poussé ni obligé d’être policière. Je le voulais vraiment. Je fais toujours mieux qu’hier pour être meilleure.

 

Akeza.net : Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui pensent que ce métier n’est compatible qu’avec les hommes ?

Clotilde : Ce métier n’est pas uniquement fait pour les hommes. Ne sont pas seulement patriotes les hommes. Les femmes croient que la police est sévère et dure à elles plus qu’elle ne l’est pour les hommes. C’est faux ! C’est comme dans tous les autres métiers ou en classe. Si tu aimes vraiment ton pays et que tu veux le défendre, tu sauras trouver ta place.

 

Akeza.net : Pensez-vous que la société burundaise est assez encourageante vis à vis de nos femmes pour ce genre de métiers qui étaient considérés il y a quelques années comme des métiers pour hommes ?

Clotilde : La société burundaise perçoit une femme policière comme une femme qui tient tête à tout le monde, une femme devant qui le mot d’autrui ne compte pas. Une femme qui n’a pas les valeurs de la maison. Cela n’est pas pour autant vrai. Comme je le disais auparavant, les femmes peuvent être patriotes aussi bien que les hommes sans avoir honte.  La femme n’est pas seulement faite pour bien faire le lit, cuisiner et élever les enfants, elle peut aussi protéger son pays et toujours faire les tâches ménagères.

 

Akeza.net : Tous les métiers du monde ont des contraintes. Quels sont les grands défis qu’une femme policière doit spécifiquement relever au Burundi ?

Clotilde : Elle doit vaincre cette mentalité qu’une femme policière est faible et qu’elle ne peut pas faire ce que ses pairs hommes font.  Tu dois aimer ton pays et être prête à mourir pour ton pays.

 

 

Akeza.net : Qu’avez-vous préparé pour la journée internationale des droits de la femme ?

Clotilde : On remercie le ministère de l’intérieur de nous avoir donné la permission de représenter le genre féminin de la police du Burundi. Un défilé est prévu demain le 8 mars. Lors du défilé, on va porter notre uniforme pour montrer à toutes les femmes que dans chaque secteur elles sont représentées.

 

Propos recueillis par Miranda Akim’

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