Joseph NDAYISENGA : le réalisateur raconte son aventure à Rio de Janeiro

Joseph NDAYISENGA : le réalisateur raconte son aventure à Rio de Janeiro  (www.akeza.net)

Joseph NDAYISENGA : le réalisateur raconte son aventure à Rio de Janeiro (www.akeza.net)

Oui, Joseph NDAYISENGA était à Rio de Janeiro. Oui, c’est certainement le réalisateur burundais le plus en vue du  et l’un des meilleurs d’Afrique actuellement. Et oui, il tournait la seconde partie de son film ‘’The Springboard’’ qui suit le périple de  l’équipe des anciens enfants de la rue qui représentaient le Burundi à la Coupe du Monde des Enfants de la Rue à Rio de Janeiro. Oui, Joseph a vécu une belle aventure au Brésil. On pourrait jouer à ce jeu pendant tout l’article, mais on préfère laisser  Joseph répondre à nos questions, qui pourraient très bien être les vôtres. C’est parti.

 

Akeza.net : Bonjour Joseph, racontes-nous comment c’était le Brésil…

 

Joseph : Le Brésil c’était  très bien, de belles filles, de belles plages … c’est un pays où l’on peut toujours s’attendre à des merveilles. J’ai été fasciné par le fait qu’ils sont très ouverts par rapport aux  étrangers. Ils sont divisés dans des classes sociales très éloignés en le fait que les pauvres habitent dans les favela , des quartier vraiment pauvres et les riches qui habitent dans les nouveaux quartiers huppés. Les pauvres, qui sont alors vraiment, mais vraiment pauvres ont une grande aversion envers les riches. L’autre chose qui m’a marqué est qu’ils ne parlent ni anglais, ni français. On avait espéré qu’ils parleraient un peu d’anglais mais non, ils parlent plutôt portugais. Dans tous les cas ,on doit se balader avec un traducteur.

 

Akeza.net : Et ton film ?

 

Joseph : A ce propos, j’ai eu beaucoup de soucis. Faute de budget, je suis parti seul . Je n’avais ni ingénieur de son, ni perche man, je devais me débrouiller tout seul. Mais ça s’est très bien passé. C’est d’ailleurs pour ça que j’aime les films de création. Chaque jour apporte son lot d’inattendu. Je me rappelle le premier match je l’ai  pris sans savoir où tout ça allait  me mener. Il s’agit de partir à l’aventure en quelque sorte. Par exemple, j’étais censé filmer des interviews de nos jeunes mais j’ai fini par abandonner l’idée. Du coup, un jeune au Brésil  écrit une lettre à un son ami resté à Buterere pour lui conter les aventures de son voyage au bout du monde. Vous ne pouvez pas savoir à quel point ça crée un effet génial.

 

Akeza.net : comment se marient les images du Burundi à celles du Brésil ?

 

Joseph : Les deux se marient parfaitement. Au Burundi, je recherchais une image sale qui montre que les jeunes viennent de loin. Au Brésil par contre, ce serait comme des  images de transition. A un moment,  je commençais à avoir peur vu qu’ils gagnaient tous les matches. Quand on gagne tout le temps, le film devient ennuyeux. Comprenez-moi bien, ça m’a personnellement  fait très mal qu’ils aient perdu le match final. C’est triste pour les petits.Mais ils s’en relèveront, déjà qu’ils ont accompli plus qu’on n’avait osé l’espérer. Autant c’est triste, autant c’est poignant. La défaite finale est un moment fort de mon film.

 

J’ai eu la chance de parler avec l’équipe d’organisation. Ce sont des gens très sympa. Ils ont promis de m’envoyer toutes les images  des matches du Burundi. C’est très important pour le film parce que par exemple, moi, je ne  pouvais pas aller sur  le terrain quand ils chantaient l’hymne nationale, donc je ratais certaines images, notamment  au niveau du visage…

 

Akeza.net : A Rio, la presse locale en parlait-elle ?

 

Joseph : Oui. Il y avait beaucoup de media, au moins deux télés qui diffusaient nos matches chaque jour.

 

Akeza.net : Parles-nous de Innocent, le joueur burundais qui a gagné le soulier d’or…

 

Joseph : C’est un type fantastique. Non seulement, il chante bien mais aussi , il  marque beaucoup de buts. C’est un excellent attaquant et buteur. C’est l’un de ces enfants exceptionnels qui ne gardent aucune séquelle de leur vie dans la rue. Il agit comme quelqu’un qui sait que la vie offre des opportunités, qui n’a aucun doute qu’il est éligible et qui veut saisir ces opportunités. Avant de quitter la Brésil, il a sorti une chanson, en plus  il voulait que je fasse son clip là-bas même. Le dernier jour , c’est lui qui a fait la chanson de clôture. Et dans mon film, c’est lui qui raconte à son ami resté à Mutakura les aventures de la route vers Rio.

 

Il est allé dans une favela où les gens chantaient,  il est monté sur scène et s’est mis à chanter en kirundi. Les gens étaient impressionnés et tout le monde a aimé. C’est comme ça qu’il a été recruté pour faire la chanson de la fin.

 

Akeza.net : Qu’as-tu appris, gagné, aimé de par ce voyage ?

 

Joseph : Ce qui m’a tellement bouleversé personnellement,  c’est le côté création que je n’ai pas dans mes films de fictions qui respectent un scénario écrit au préalable. Ici c’est le changement fondamental. Le changement se créait chaque jour.

 

Ce qui m’a encore beaucoup plu, c’est comment  j’ai pu créer une relation aussi proche avec ces jeunes. A chaque fois qu’ils gagnaient, il y avait quelqu’un qui venait danser devant ma caméra. Cela me créait de petites jalousies d’autres caméra men qui avait d’ailleurs de meilleures caméras et qui se demandaient avec un air de frustration ‘’pourquoi lui ? ‘’

 

J’ai également adoré le dynamisme et l’amour que nous témoignait tout le monde là-bas. Tout le monde était pour le Burundi, émus par notre histoire. Les joueurs Américains avaient dit  ‘’si jamais on rencontre le Burundi en finale, on les laisse gagner parce que ça représente beaucoup plus pour eux que pour nous.’’ L’équipe américaine était en l’occurrence très forte. L’équipe  brésilienne, qui jouait très bien  s’est fait battre à plate couture par l’équipe américaine. Les petits des favelas qui n’ont pas bien mangés jouent bien mais ils n’ont pas la force. Les américains sont jeunes mais  forts et grands.

 

J’ai aussi aimé le fair play affiché par les joueurs, comme par exemple l’équipe  phillipine qui chante notre hymne, ou encore le Burundi qui fait le tour du terrain en chantant Pakistan , Pakistan , Pakistan , avec le drapeau de ce pays , alors même que le Burundi venait de gagnait un match contre eux. C’est beaucoup de moments forts.

 

Akeza.net : Quand penses-tu que nous pourrons voir ton film ?

 

Joseph : Vers le mois d’Aout, septembre.

 

Propos recueillis par Landry MUGISHA

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