Interview Vie et Carrière du banquier Gaspard SINDAYIGAYA : entre simplicité et culture du résultat !

Interview Vie et Carrière du banquier Gaspard SINDAYIGAYA : entre simplicité et culture du résultat !

Ministre des Finances, Gouverneur de la Banque de la République du Burundi-BRB, ADG de la Banque Commerciale du Burundi-BANCOBU,…Pour ne citer que ceux-là, la carrière de M. Gaspard SINDAYIGAYA est longue et riche d’expériences. Aujourd’hui à la retraite, ce banquier de carrière enregistre plus 30 ans au service de la nation et du système financier. Dans cet article, nous découvrons le parcours d’un homme qui a longtemps évolué au plus haut niveau de grandes institutions. Aujourd’hui à la retraite, il se verrait bien consultant mais veille surtout à prendre soin de lui.

 

Akeza.net : Qui est Gaspard SINDAYIGAYA ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Je suis né en 1960 à MUSOTERA dans la commune MPINGA-KAYOVE de la province RUTANA. J’ai fait mes études primaires à NYAMIYAGA dans ma commune natale. J’ai poursuivi l’école secondaire à l’Ecole Normale de RUSENGO chez les frères de la congrégation « Saint Joseph ». C’est en 1979 que j’ai terminé les Humanités Générales. En 1980, je fus enseignant au cycle d’orientation de MWEYA. Après, j’ai commencé mes études supérieures à l’Université du Burundi dans la faculté des Sciences Economiques et Administratives. Précisément dans le département « Administration et Gestion ».

 

A la fin de mes Etudes Universitaires, je fus immédiatement engagé au Ministère des Finances comme Inspecteur des Finances. Après, j’ai occupé différents postes comme le Directeur de la Trésorerie pendant deux ans, et j’ai travaillé à l’inspection générale de l’Etat. En 1990, on m’a nommé administrateur délégué à la Société Burundaise de Financement (SBF), l’actuelle ECOBANK.

Avec les élections de 1993, le Président élu Feu Melchior NDADAYE m’a nommé Ministre des Finances. J’ai occupé ce poste pendant la période très courte qu’il a passé à la tête du pays. Après, j’ai travaillé avec le nouveau Président Feu Cyprien NTARYAMIRA qui m’a nommé Président Directeur Général de la BNDE.

 

A la BNDE, j’y ai fait 8 ans. Puis, on m’a orienté à la BANCOBU ; Ce n’était pas une nomination mais une désignation. J’y ai passé 4 ans. Avec les élections de 2005, j’ai été député. J’ai siégé au parlement pendant une année et demie. Après ce passage au parlement, on m’a appelé pour occuper les fonctions de Gouverneur de la Banque Centrale. J’y ai passé cinq ans. Après la banque Centrale on m’a nommé cette fois-ci par décret pour représenter l’Etat du Burundi au Conseil d’Administration de la BANCOBU. J’ai été administrateur Directeur General de cette banque pendant 8 ans. Maintenant, j’ai terminé mon mandat, je suis libre, je me repose, je suis à la retraite.

 

Akeza.net : Pourquoi le choix de faire l’Economie à l’Université ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Dès le jeune âge, j’aimais beaucoup la comptabilité. Arrivé à l’université, je me suis dit qu’en faisant l’économie, je serais un bon comptable. Je n’ai pas été comptable de fait mais par ailleurs quand j’étais au Ministère des finances, j’ai été commissaire de comptes des entreprises publiques. J’ai eu le temps d’exercer ma passion.

 

Akeza.net : Après une longue carrière professionnelle qui vient de se terminer ; Quelle est votre plus grande satisfaction ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Au cours de ma carrière, je travaillais en fonction des statuts des institutions que je dirigeais. Je suis satisfait lorsque je réalise que les objectifs qui étaient prévus par les organes de ces institutions ont été atteints. Je vous dirais que lorsque l’on faisait les budgets, on a toujours été au moins à 100% ou à 105% de nos prévisions.

Je n’ai jamais eu de problèmes à réaliser les objectifs puisqu’il s’agissait de la simple planification. J’ai toujours été guidé par le principe des objectifs SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste, et Temporel).

 

Akeza.net : Alors quels sont les difficultés que vous avez eu à gérer durant votre carrière professionnelle ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Je n’ai pas vraiment rencontré de difficultés majeures. La preuve en est que pendant que j’étais à la tête de différentes institutions, je n’ai jamais connu de grève. Néanmoins, dans toute profession, il y a toujours des contretemps. Par exemple lorsque j’étais à la BRB, la gestion de devises a causé des problèmes. On constatait beaucoup de sollicitations, beaucoup de demandes, auxquelles on ne pouvait pas répondre de façon satisfaisante. Le contexte ne le permettait pas.

 

Akeza.net : Justement la question de devises date de longtemps. Que proposeriez-vous comme solution pour résoudre définitivement ce problème ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Ce qu’il faut d’abord faire, c’est qu’il y ait une coopération internationale qui est ouverte pour les appuis budgétaires. Si on pouvait trouver un compromis avec les bailleurs de fonds, ce serait une bonne chose. La deuxième solution est d’augmenter le volume des exportations en exploitant par exemple le secteur minier qui reste jusqu’ici quasi vierge.  L’exploitation des minerais est un facteur qui peut nous aider à renverser la tendance. Avec ces deux solutions, on peut trouver suffisamment de devises, qui viendront appuyer ceux qui proviennent du secteur café.

 

Akeza.net : Vous êtes un économiste expérimenté. Que proposeriez-vous pour faire de la monnaie burundaise une monnaie forte?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : La monnaie est forte lorsque l’économie est forte. Aussi longtemps que l’économie sera faible, la monnaie demeurera aussi faible. Notre situation de la balance des paiements est toujours déficitaire. On n’aura pas une monnaie forte lorsque qu’elle sera dépendante des importations. Bref, la valeur de la monnaie suivra l’allure de l’économie. Aussi longtemps que l’économie va se solidifier, la monnaie suivra le rythme et va aussi se solidifier.

 

Akeza.net : Comme beaucoup de pays africains, le Burundi  est continuellement assisté depuis l’époque des indépendances, Est-ce que le pays pourra vraiment s’en sortir un jour?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Le Burundi va s’en sortir car le pays est libre. La preuve en est qu’on a pu organiser les élections sans appui de bailleurs de fonds. C’est un bon départ, c’est un signe qui montre bien que si l’on veut, on peut s’en sortir. Il suffit d’une bonne gestion. Et l’homme est intelligent, il faut essayer de s’adapter à la situation. S’adapter aux besoins, s’adapter aux moyens disponibles, donc il y a moyen.

 

La clé de la solution est la bonne gestion, et la bonne planification. Rappelez-vous que c’est la première fois en Afrique qu’un pays organise les élections sans faire recours à des appuis de bailleurs. Le Burundi a été un bel exemple. Si on continue dans ce sens avec la bonne gestion, la bonne planification, il y a moyen de s’en sortir.

 

Akeza.net : Et que faire pour que le secteur financier stimule la production ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Si le secteur financier appuie le secteur privé avec des taux d’intérêts acceptables cela peut stimuler la production. Aussi il faut qu’il y ait un environnement politique qui favorise cette évolution économique. Donc l’économie et la politique doivent être liés pour relancer le secteur. Le secteur financier appuie les opérateurs économiques qui sont dans un environnement bien encadré. Donc, le secteur financier joue un rôle important dans la promotion du secteur privé.

 

Akeza.net : Que suggérez-vous pour que les acteurs économiques implantent les bases d’une économie forte ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Il faut que chacun cherche à travailler honnêtement. Il faut qu’on évite les fraudes, qu’on paie l’impôt. Dans le secteur privé, les acteurs économiques essaient de tricher. Ce qui n’est pas bon. Il faut être honnête, travailler dans la transparence. Beaucoup de choses restent à faire mais il faut aussi être créatif et innovant. Le secteur minier, le secteur agricole, sont quasi-inexploités. Le secteur privé doit chercher des opportunités pour les développer.

 

Akeza.net : Les jeunes commencent à se regrouper dans des coopératives et développent des projets ensemble. Cette voie est-elle efficace pour baisser le taux de chômage et accroitre la production ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Les coopératives peuvent augmenter la production agricole mais c’est aussi une question de planification et de gestion. Dans le passé, on a initié une politique des coopératives mais elle a échoué. Ceci dit qu’il faut plus d’attention, revisiter le passé, et voir pourquoi ces coopératives n’ont pas pu évoluer. Il faut trouver les bonnes procédures, un bon encadrement et un bon financement. Je proposerais par exemple que les coopératives soient créées par filières de production (filière pour le riz, pour le maïs, filière pomme de terre…). Mais si on crée des coopératives de façon anarchique ceci pourrait ne pas donner grand-chose.

 

Akeza.net : Que ce qui pourrait être fait pour diminuer le taux de chômage des jeunes ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : La mise en œuvre de la politique des coopératives, est une bonne voie. Il faut juste trouver les bonnes stratégies pour mieux la mener en encadrant les jeunes. À l’école, on les forme. Mais il faut que cette formation soit professionnalisante, pour que les jeunes s’orientent dans les activités de production. Cette formation leur permettra d’acquérir les capacités de gestion, et d’innovation.

 

Akeza.net : La banque des jeunes nouvellement créée est-elle une solution dans l’encadrement professionnel des jeunes ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Créer des banques par des fonds spéciaux est une orientation. Mais moi j’y crois très peu. Cette banque qui va donner aux jeunes des crédits à 5 % sans garanti ; avec des projets qui ne sont peut-être pas bien étudiés, risque d’enregistrer des échecs des projets. Qui va alors rembourser les crédits contractés ? Comment la banque va-t-elle continuer à exister alors qu’elle n’a pas de garantie ? Qu’en-est-il d’une banque qui va travailler avec les communes au moment où on connait leur capacité de gestion.

 

Beaucoup de questionnements persistent mais ça n’empêche pas qu’on peut toujours tenter le projet. Ce qui est important, c’est de pouvoir mettre en place des conditions viables pour la banque et ces emprunteurs.

 

Akeza.net : Vous avez récemment commencé votre retraite. A la retraite, on fait quoi ?

 

Gaspard SINDAYIGAYA : Le début de la retraite sous-entend l’arrêt de l’activité professionnelle. Je vais donc me reposer, faire un peu de sport et réfléchir sur ce que je pourrais faire avec l’année prochaine. Je vous dirais aussi que la consultance me tente. Mais il me faut du repos, et réfléchir sur sa faisabilité.

Actuellement, je m’occupe en faisant des navettes entre Rutana et Bujumbura. J’aime beaucoup ma colline natale. Je prévois aussi de former les jeunes de ma colline ; et leur donner des conseils s’ils le souhaitent. Mais le plus important est de se reposer, en évitant surtout de s’ennuyer.

 

Je suis vieux de 60 ans. J’ai travaillé plus de 30 ans. Le corps s’épuise. Il faut donc travailler doucement sans beaucoup de contraintes. Je fais surtout la marche de façon régulière, pour entretenir mon corps.

 

Janvier CISHAHAYO

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