Interview exclusive avec l’athlète de haut niveau Jean Claude NIYONIZIGIYE

Interview exclusive avec l’athlète de haut niveau Jean Claude NIYONIZIGIYE

 

L’athlète de haut niveau Jean Claude NIYONIZIGIYE (www.akeza.net)

L’athlète de haut niveau Jean Claude NIYONIZIGIYE (www.akeza.net)

Peu connu du public burundais, Jean Claude NIYONIZIGIYE est l’un des rares athlètes à pouvoir battre et surtout garder leur record sur le sol Français. Dans cet article, on revoit avec lui son parcours, ses joies, ses peines. Pour le moment il attend d’être bientôt naturalisé français naturalisé. Cet  Ancien militaire de l’armée burundaise est passé  au grade de caporal dans la Légion étrangère de l’armée Française. Des honneurs, Jean Claude, il en connait. En vue de rendre hommage à ses victoires, une avenue  porte son nom aux sables d’Olonne à Marseille. S’l réussit à conserver son record, l’année prochaine, il recevra la médaille de la ville. 

 

 

 

Akeza.net : Quand et comment as-tu su que tu pouvais devenir athlète ?

 

 

Jean Claude : Comment j’ai su que je suis athlète ? Ça s’est passé tout naturellement. Tu vois, je suis natif de Mahwa, en commune Ryansoro . Pour aller de chez moi à l’école, je devais  faire 10 km. Du coup, je courais tous les jours. Quand on étudiait avant et après midi, je devais courir pour éviter d’être en retard. Un jour, j’ai décidé d’aller assister à une compétition qui se déroulait à Gitega. J’ai remarqué que j’étais bon à la course, en tous cas plus que certains compétiteurs. Machinalement j’ai demandé à l’entraineur qui était là, Monsieur  Aloys  NIZIGAMA  alias Ambassadeur de me tester, et ça a marché.

 

 

Akeza.net : L’aventure venait d’être lancée. Puis ?

 

 

Jean Claude : J’ai commencé l’athlétisme en 2005 dans le club Muzinga. Je me suis essayé sur 1500m. Jusque-là, je détiens le record national. J’ai battu le chrono que Venuste NIYONGABO avait réalisé. J’ai été 4ème dans le championnat du monde dont la ville de Beijing était l’hôte. Mais aussi j’ai eu la 6ème place dans le championnat militaire du monde à Ostende en Belgique. Pour le moment j’ai au moins 10 records sur le semi-marathon ici en France. Ici aux Sables d’Olonne j’ ai gagné le au semi-marathon les quatre dernières années, consécutivement. Il y a une rue qui porte mon nom. En plus de mon record que je garde depuis 2010, on me fera une médaille de la ville si l’année prochaine si je remporte encore la première place.

 

 

Akeza.net : Comment es-tu arrivé en France ? c’était dans quel cadre ?

 

 

Jean Claude : Je suis parti en France en 2007.C’était toujours dans le cadre de l’athlétisme. J’ai été envoyé par  le comité national olympique. Ensuite j’ai intégré l’armée Française. Maintenant je cours pour le compte de la France.

 

 

Akeza.net : Au Burundi, même quand on est athlète, on doit nécessairement avoir un autre travail…

 

 

Jean Claude : Oui, j’étais militaire.

 

 

Akeza.net : Alors on peut dire qu’il s’agit d’une trahison envers notre nation ?

 

Jean Claude : Bon, pour ceux qui peuvent croire à une trahison, il faut qu’ils sachent qu’en sport, on peut changer d’un moment à l’autre. Il est vrai qu’on est sportif, mais à un certain moment, les avantages comptent. Je me suis donné suffisamment pour le Burundi, et avec les ambitions de tout un chacun, c’est difficile de tenir. J’ai fait le choix de là où je vais être dans de bonnes conditions. Par exemple au Burundi il y a des athlètes de haut niveau, mais pas de compétition.

 

Vous allez m’excuser, il  faut qu’on se le dise, chez nous nous ne savons pas investir, nous voulons des résultats immédiat. Ailleurs quand tu es talentueux, ils te font un suivi dès le bas âge, ce qui ne se fait pas chez nous. Quand j’étais encore au Burundi, je pouvais avoir au maximum 2 compétitions par an, alors que maintenant, je peux avoir 2 ou 3 compétitions en 1 mois. Je suis désolé il n’y aura pas un bon avenir dans ce domaine si on ne change pas de système. Peut-être que je suis sévère sur ce sujet mais quand j’en parle je revois les moments durs qu’on a passé.

 

Akeza.net : Pourrais-tu nous tracer les temps forts  de ta carrière au Burundi ?

 

Jean Claude : J’ai dit qu’au Burundi j’ai été dans le club de Muzinga.En peu de temps, j’ai réussi  un chrono de 3’44 au Stade Prince Louis. Ni Venuste NIYONGABO, ni KWIZERA Dieudonné, personne n’avait fait un tel chrono avant. Les jeux olympiques étaient proches. J’allais avoir le minima pour participer, mais je suis resté au pays. Par après j’ai eu une bourse pour me rendre en Allemagne .J’ai apposé ma signature, seulement, je n’ai jamais su la suite .Dieu aidant, je me suis rendu championnat du monde junior à Beijing. C’est là que je me suis trouvé un manager français. Voilà c’est un autre exemple flagrant, j’avais fait 3’44. Il y a un autre  athlète qui s’appelle HAKIZIMANA Jean Claude, lui avait fait 3’44 le même jour. Aujourd’hui encore,  il est toujours au Burundi. Ça fait mal .Venuste NIYONGABO lui, il avait fait 3’49.Il a immédiatement obtenu une bourse.

 

 

Akeza.net : Actuellement, tu rafles tout sur ton passage, quel est ton secret ?

 

Jean Claude : (Rires) Rien de spécial à part plusieurs séances d’entrainement et l’expérience, surtout dans de bonnes conditions.

 

Akeza.net : Quand tu t’exprimes, tu reviens souvent sur l’organisation. En tant qu’homme qui a acquis de l’expérience, quel conseil as-tu à donner aux organisateurs ?

 

Jean Claude : C’est simple. Il ne faut  pas suivre de près les athlètes parce que la compétition approche. Il faut les suivre de près tout le temps. Autres chose, il est important de  savoir repérer les jeunes qui ont du talent dès le bas âge car désormais le sport avance avec le temps. Quand on atteint un certain âge on devient moins performant.

 

 

Akeza.net : Y a-t-il une chose qui t’es arrivée dans ta carrière que tu n’oublieras jamais ?

 

Jean Claude : (rires) Bien sûr ! Quand on se préparait pour le championnat du monde militaire, je suis revenu au pays pour m’y entrainer. Et du coup j’ai reçu l’ordre de l’entraineur d’aller au camp Mwaro. Moi je ne pouvais pas car chaque fois que je revenais au pays, je faisais mes entrainements  à Muramvya. On a fait la compétition de sélection et ils m’ont laissé, on n’a pas voyagé ensemble. En fait, mon objectif n’était pas de me mesurer aux autres, j’étais venu rien que pour les entrainements. Je me rappelle que je suis parti dans une tenue sans même  les couleurs nationales. Ils m’avaient complètement ignoré. En plus de cela, je me suis moi-même  pris en charge jusqu’à me payer même le billet d’avion, parce qu’ils disaient que je n’étais pas prometteur. Sur place, j’ai été obtenu la 6ème place, la meilleure performance du Burundi ce jour-là.

 

Akeza.net : Il y a certains sportifs qui se cherchent encore. Quand ils ne voient pas les résultats, ils se découragent au point de mettre un terme à leur carrière. Que peux-tu leur dire ?

 

 

Jean Claude : J’ai envie de leur dire que tous ces problèmes que nous rencontrons ne font que nous fortifier. Travaillons dur pour prouver le contraire à tous ceux qui pensent que nous sommes incapables. Soyez déterminé, le reste viendra tout seul.

 

Akeza.net : Peut-on s’attendre à un projet de ta part ? Genre nous préparer un tournoi, des athlètes à soutenir …

 

Jean Claude : Ben, j’ai déjà fait certaines choses. J’ai soutenu matériellement et financièrement certains athlètes et ils s’en sortent bien maintenant. Mais le problème que je rencontre et que quand je le fais, on commence à dire que je ne le fais pas par bonté, que je le fais pour après devenir leur agent. Ça me fait mal. Cet été aussi je compte organiser une compétition.

 

Akeza.net : Un dernier mot, aux dirigeants du sport, aux gens qui te lisent ?

 

Jean Claude : A nos dirigeants, pensez à la création de centres de détection de jeunes talents. Investir dans la jeunesse, C’est l’assurance d’un avenir meilleur. Notre génération ne va pas s’éterniser .Ça veut dire que les enfants vont à l’école comme tant d’autres, mais à la fin de la journée, ils ont un programme spécial pour le sport selon leur discipline. Par exemple au Kenya, il y a beaucoup de professionnels parce qu’on les repère très tôt. Ils font des merveilles après, et là le pays en tire profit, quand par exemple ils retournent au pays et commencent à construire des villas, développer leur lieu d’origine, ça avance dans tout le sens. Merci à vous chers « akezanautes » d’avoir pris le soin de me lire. Je remercie beaucoup  l’équipe d’Akeza.net. Merci pour ce que vous faites. Ça nous encourage quand on sait qu’il y’a des personnes qui nous suivent, merci encore !

 

Akeza.net : Jean Claude, nous te remercions.

 

Jean Claude : C’est moi qui vous remercie

 

Propos recueillis par Armand NISABWE

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