« INSOLITES », quand B-Face se lève contre le « FAKE »

« INSOLITES », quand B-Face se lève contre le « FAKE »

Si on ne le connaissait pas, on pourrait presque croire que B-Face en veut à tous les artistes du Buja Fleva. Son dernier morceau « Insolites » sonne comme une salve contre l’industrie. Le rappeur qui brille dans les « Diss Tracks » (morceau attaquant une ou des personnes), lâche un nouveau pavé dans la marre avec sa nouvelle chanson. 8 minutes de discours moralisateur envoyés sur les ondes. Une chanson sensée s’insurger contre le « Fake » (faux) dans la musique burundaise. Que recherche-t-il ? Il nous explique.

 

Contre la « Fake Life »

« Insolites » est un long morceau. 8 minutes 36 pour être exact. La chanson est un long voyage au milieu des travers de cette musique que l’on aime tant. En tête des listes des défauts figure le caractère mensonger de la vie d’artiste. Pour B-face, les artistes devraient arrêter de s’inventer une vie qu’ils ne vivent pas. La vérité sur la réalité de leur quotidien devrait primer sur tous les artifices qu’ils étalent sur les réseaux sociaux. « Les artistes devraient être fiers de ce que Dieu leur a donné au lieu de mentir. Cela ne sert à rien de dire que l’on a des vêtements à 2000$ alors que cela a coûté 3000 Fbu à Ruvumera. C’est s’attirer des problèmes alors que la vie pourrait être plus simple. Nous savons tous que notre musique ne paie pas grand-chose mais nous voulons tout le temps nous afficher dans des voitures et des maisons qui ne sont pas à nous. Ne prenons pas nos fans pour des idiots », dit B-Face.

 

B-Face note également le fait que les artistes ne semblent pas trop s’aimer dans le « Game ». A le croire, l’unité que l’on peut observer autour de la mort d’un autre artiste ou d’une personnalité, lors des campagnes de lutte contre un problème sanitaire (crise du Covid-19) ou encore pour soutenir une cause quelconque ne serait qu’apparent. Une unité de façade selon lui. « Dans ce Game, les artistes ne se réunissent que quand il s’agit d’enterrer nos morts ou chanter pour les campagnes de sensibilisation. On ne se retrouve jamais pour lutter pour nos droits en tant qu’artistes, chanter pour la paix, le patriotisme ou l’amour. On ne se réunit que pour les problèmes et cela doit changer », dit-il.

“Insolites” – B-Face feat Meili

Cela aurait été une faute de la part de B-Face de ne pas dire un mot sur les autoproclamés « King du Game ». Le rappeur lance une pique à ces derniers en mettant un accent particulier sur ceux qui, malgré leur supposé statut de guide suprême, restent incapables de se prendre entièrement en charge. « Ils sont nombreux à se prendre pour les plus grandes stars du Game mais ils sont incapables de quitter le cocon familial à plus de 30 ans. On devrait chacun connaitre sa place et respecter les autres. Une personne qui se permet de rabaisser les autres artistes, qui sont de véritables responsables de famille au moment où lui-même ne sait pas payer une seule facture, devrait se taire et rester à sa place ». Des paroles fortes d’un B-Face qui semble exaspéré par ses collègues artistes.

 

Le rappeur fait également un clin d’œil aux artistes gospel qu’il accuse d’être hypocrites. Le rappeur soutient que plusieurs d’entre eux donnent des leçons de vie qu’ils ne respectent pas eux-mêmes. « Chanter du gospel c’est comme être un pasteur, puisque tu parles de la part de Dieu. Ils sont nombreux à prêcher l’abstinence à l’alcool par exemple mais ils sont les premiers à s’enivrer. Ils devraient prendre leur rôle au sérieux et faire enfin ce qu’ils conseillent aux autres ».

 

En 8 minutes, B-Face a eu le temps de toucher à tous les aspects possibles dans la musique. En plus de parler de pseudo vies, d’hypocrisie et de manque de respect, le rappeur a voulu faire un rappel aux artistes féminines qui, selon lui, font beaucoup d’efforts pour ternir l’image de la musique par leur comportement. « Quand tu fais le tour des chanteuses connues dans ce pays, la majorité d’entre elles sont mères sans être mariées. Les familles se dresse contre les carrières de leurs filles puisqu’elles ont l’impression que devenir artiste est synonyme de prostitution. Nos chanteuses ne font pas l’effort de le démentir puisqu’elles tombent presque toutes dans les mêmes travers. Elles devraient vraiment changer leur comportement et faire en sorte de laver l’image de la musique », commente B-Face. Une posture de père de famille qui pourrait ne pas plaire à tous.

 

Rester authentique

Pour finir, B-Face fait un parallèle entre 2 époques de la musique burundaise. Celle des années 80, dominée par CANJO Amisi, Bahaga, David NIKIZA ou encore Africa Nova. Une génération qui selon le rappeur avait calqué son travail sur l’authenticité de leur style. B-Face reproche aux artistes de ne plus être authentiques et de se livrer à du copier-coller. Conséquence, les morceaux ne sont plus capables de durer dans le temps puisqu’ils se noient dans le grand océan de la musique internationale. « Les chansons de l’époque de Canjo ou de Léonce Ngabo restent aujourd’hui des tubes même après autant d’années. Les nôtres disparaissent au bout d’un mois sans que l’on sache ce qu’elles deviennent. Si ces anciens morceaux restent encore des « hits », c’est parce que ces artistes ont su rester authentiques. Nous nous sommes versés dans le copier-coller et nous avons perdu un peu de notre vraie identité. Et lorsque le fan écoute, il reconnait ses autres musiques. Nous avons besoin de puiser dans nos racines et notre culture pour nous construire une vraie identité », dit B-Face. Le rappeur va plus loin en pointant du doigt le fait que les artistes perdent leur identité même dans les noms qu’ils donnent. « Nous nous appelons tous avec des noms plus ou moins américanisés. Je me mets dans le lot puisque que je m’appelle B-Face. Il faudrait que l’on change ça », ajoute-t-il.

 

Au final, B-Face lève la voix et tire la sonnette sur ce qu’il considère comme une dérive de la musique burundaise. Pour le rappeur, l’artiste est un modèle pour la société. Voulu ou pas, sa voix est entendue, ses choix sont suivis et ses actes sont copiés. « Il est temps pour nous de changer parce que cela impacte la vie de ceux qui nous suivent. De nombreux jeunes font leur choix en fonction de ce qu’ils voient faire. Il faut vraiment que l’on change », dit-il. Se défendant de ne cibler personne, l’artiste se fait la voix du public en exprimant ce qu’il appelle « la pensée du fan ».

 

Moïse MAZYAMBO

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