Impact de la Covid-19 sur les affaires au Burundi : le secteur touristique peut-il s’adapter face à la crise ?

Impact de la Covid-19 sur les affaires au Burundi : le secteur touristique peut-il s’adapter face à la crise ?

©DR

La pandémie de COVID-19 qui secoue actuellement le monde a affecté l’activité économique en général et celle des entreprises en particulier. Les frontières du pays tournant au ralenti, les mouvements des personnes et les flux des marchandises se sont vus réduits à l’intérieur et à l’extérieur du pays ; ce qui par ricochet a amené les entreprises à lutter pour assurer leur survie. Quel a été l’impact de cette pandémie sur l’activité économique des entreprises au Burundi ? Comment se sont-elles adaptées face à cette situation ? Que projettent-elles dans l’avenir pour mieux appréhender les défis ?

Les entreprises évoluant dans le secteur touristique sont parmi les plus durement touchées. La pandémie a exercé un coup de frein spontané à leurs activités.

Des conséquences assourdissantes

Hyppolite NIYONGABO est responsable des opérations à HOME TOURS AND SERVICES, une entreprise spécialisée dans les circuits touristiques. Il précise qu’avec l’arrivée de la pandémie, ils ont constaté amèrement l’arrêt des activités. ‘’ Avant la pandémie, l’été était l’une des meilleures périodes de l’année pour faire tourner les affaires. Avec l’apparition du virus, toutes les réservations ont été annulées ou reportées. On ne tourne donc pas au ralenti comme c’est le cas pour d’autres secteurs d’activité touchés, on est complètement à l’arrêt avec toutes les conséquences que cela implique au niveau financier et au niveau du personnel ; étant donné que l’activité principale d’un tour opérateur est l’organisation d’un circuit touristique pour ses clients et de s’assurer que ces derniers passent un beau séjour ’’.

Audace NDABAHAWE, Directeur Général de GISABO TOURS, précise qu’ils ont été secoués en tous points par la pandémie : ‘’ Le nombre de touristes a sensiblement diminué. On projetait accueillir 125 clients étrangers d’Avril à Décembre 2020. Mais on a dû annuler toutes les réservations. L’absence de clients se traduit par un tarissement des moyens financiers. On ne pouvait plus compter sur nos services pour enregistrer des recettes. Quant à l’impact de la pandémie au niveau du personnel, on comptait recruter cette année au minimum 3 nouveaux employés. Malheureusement, on n’y est pas parvenu suite au manque de salaires. On a décidé de reporter ce recrutement à une date ultérieure ‘’.

Belly Linca HARERIMANA, Comptable au sein de l’agence Heart of Africa Tours (HAT) constate aussi les effets négatifs de la Covid-19 sur leurs activités. Elle confie : ‘’ Avant la pandémie, on pouvait enregistrer des entrées équivalent à 10 ou à 15 tickets par mois. Mais avec la fermeture des frontières, nos services se sont arrêtés. Les agents de voyages sont partis’’. Elle ajoute : ‘’Les méfaits de la pandémie se sont aussi manifestés au niveau des circuits touristiques. On organisait des tours de 50 personnes dans différents lieux touristiques du pays. La crise sanitaire a perturbé toutes ces activités’’.

Est-il possible de s’adapter ?

Chez GISABO TOURS, ils ont déjà trouvé un moyen pour s’adapter. M. Audace NDABAHAWE précise qu’ils se sont tournés vers le tourisme local vu que les touristes étrangers ne pouvaient plus venir. ‘’ Suite à cette pandémie, les touristes étrangers ne pouvaient plus venir pour une visite. Pour y remédier, on s’est tourné vers le tourisme local tout en respectant les mesures d’hygiène et de protection. On devait concentrer nos efforts au niveau local pour pousser les Burundais à sentir le besoin de visiter les lieux touristiques burundais et aller à la rencontre des beautés de chez eux. Ceci leur a permis de découvrir certaines réalités du pays et ils en sont tombés amoureux. C’était une occasion de dénicher des opportunités d’investissement, d’œuvrer pour la promotion de l’image du pays et de l’esprit patriotique. On a déjà servi autour de 60 Burundais en deux mois seulement. Il convient de souligner que nous en avons profité pour des formations en ligne où d’autres connections ou collaborations se sont forgées ’’.

Hyppolite NIYONGABO de HOME TOURS AND SERVICES est plutôt pessimiste quant à l’avenir de leur activité. ‘’ A ce jour, nous ne savons pas quand sera la fin de la pandémie. Honnêtement en ce qui nous concerne, ce flou est trop pénalisant pour envisager la suite, il y a des charges fixes comme le loyer qui courent même quand les activités sont quasi à l’arrêt. On ne sait pas donc ce qui pourra se passer à l’avenir si la situation dure trop longtemps’’.

Toutefois M. NIYONGABO fait savoir qu’ils ne se laisseront pas dépasser par les évènements. Des actions sont en train d’être menées pour mieux appréhender les défis. ‘’ Une chose est sure, ce moment particulier va nous pousser à penser autrement. Dans l’avenir on devra s’assurer que nos chaînes de valeur sont plus ou moins résistantes aux perturbations. Il y aura dans ce sens un avant et un après covid19 ’’. Il renchérit : ‘’ Nous espérons pouvoir nous relever et nous repositionner rapidement’’.

Belly Linca HARERIMANA nous dit qu’ils essaient de s’adapter bien que ce soit difficile. ‘’Etant donné que nos activités habituelles se sont estompées, aujourd’hui nous nous sommes tournées vers d’autres services comme le courtage en assurance’’.

De pistes de solutions pour s’en sortir

Mr NIYONGABO propose qu’il y ait un plan de soutien aux entreprises du secteur touristique pour les aider à se relever.

Audace NDABANIWE aborde dans le même sens et propose qu’un coup de pouce soit apporté aux entreprises par le canal de financements des entreprises : ‘’ Nous demanderions aux décideurs de venir en aide aux entrepreneurs pour le redémarrage de leurs activités à travers des financements, des formations et des lois facilitant leurs affaires’’.

Belly Linca HARERIMANA les complète en demandant aux décideurs d’octroyer des subventions aux acteurs du secteur touristique étant donné que cette période a durement touché leurs activités.

Janvier CISHAHAYO

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