Il était une fois Léonce NGABO (Part III) : Entre art, politique et Dieu

Il était une fois Léonce NGABO (Part III) : Entre art, politique et Dieu

Il était une fois Léonce NGABO (Part III) : Entre art, politique et Dieu ©Akeza.net

« La grandeur des actions humaines se mesure à l’inspiration qui les fait naître », dit-on. Cette phrase pourrait paraphraser la carrière d’un des grands noms des arts et de la culture au Burundi. Un homme qui, au fil des ans, a inscrit son nom en lettres d’or dans l’histoire culturelle de ce pays. De « Sagamba Burundi » au FESTICAB, en passant par Gito l’ingrat, Mr Léonce trimbale derrière lui une longue et riche histoire. Une de celles qu’il faut connaitre et partager. Mesdames et Messieurs, il était une fois Léonce NGABO, l’homme à qui « presque » tout réussi.

 

Entre art et politique

En novembre 2017, Léonce NGABO est nommé commissaire à la Commission Vérité et Réconciliation. Une nomination qui a fait grincer des dents de nombreuses personnes. Accusé de se transformer en politicien, Léonce NGABO considère la question d’un point de vue artistique et culturel.

« C’est vrai qu’il y a des personnes qui ont interprété à leur manière ma nomination à la CVR. Et je répondrai par oui et non à la question de mon entrée dans une vie politique. La CVR est une institution spéciale qui intègre des notions socio-politiques et sociales. Toutes les personnes qui y travaillent sont choisies en fonction de leur expertise et de ce qu’ils peuvent apporter comme contribution. Et c’est en tant qu’artiste que j’ai été choisi. Parce que tous les messages que l’on pourra donner passeront de manière incontournable par les arts. On doit faire des musiques, des films et tout cela est artistique. Alors c’est vrai que c’est politique, mais j’amène mon bagage artistique qui va enrichir le travail de la CVR. Par ailleurs, je ne suis pas empêché de soutenir les institutions que j’ai mis en place. Qu’il s’agisse du FESTICAB ou de l’Amical des Musiciens du Burundi », explique Léonce NGABO.

Pour lui, la culture devrait jouer un rôle d’importance dans la marche des burundais vers une paix durable. Un regard artistique est donc primordial. Du moins c’est ainsi qu’il voit les choses.

 

Ceux qui me critiquent n’ont qu’à faire mieux

Comme toute personnalité publique, Léonce NGABO n’échappe pas à la critique. Souvent accusé de ne pas toujours être honnête, notamment dans la gestion du FESTICAB, le chanteur de « Sagamba Burundi » semble prendre la chose avec une forme de légèreté. Loin de se croire intouchable, il se plait à dire que ses détracteurs devraient prouver leur dire par l’action que par la critique. Par ailleurs, les critiques ne l’ont jamais empêché d’entreprendre et de travailler pour le progrès de la culture au Burundi.

« Je dirai que j’adore les rumeurs, parce qu’elles ne m’arrêteront jamais. Il y a une tradition au Burundi, nous sommes dans une société très orale où il suffit que quelqu’un soit contre toi, ou soit jaloux de toi pour créer une opinion. Et chez nous, on ne se donne jamais le temps d’aller vérifier cette opinion. On prend au mot celui qui l’a lancé et ça se renchérit de salon en salon ou de bar en bar. Je donne souvent l’exemple du FESTICAB. Que l’on me montre une seule association qui organise une activité comme cela et qui dure autant d’années. Avec la participation d’autant de personnes. Du reste, le FESTICAB ayant des partenaires bilatéraux, tu ne peux pas avoir l’argent de toutes ces personnes juste pour tes beaux yeux. Il faut leur prouver que ce que tu as demandé a vraiment été utilisé. Et chaque année je prouve toujours que je tiens mes engagements. Les gens qui disent que le FESTICAB a reçu 7 millions de la BCB par exemple, ignorent que l’organisation de ce festival tourne autour des 150 millions. Mais pour une personne qui a passé des mois sans voir la couleur de 100.000 Fbu, 7 millions reste une somme faramineuse. Certains partenaires ne financent les certaines rubriques n’entrant pas dans le cadre de leur intervention au Burundi. C’est le cas des salaires de ceux qui travaillent pour le festival. Et je dois faire des pieds et des mains pour trouver les moyens de couvrir ces charges. Mais les gens continuent à se dire que je gère mal. Quoi qu’il en soit, j’aimerai que mes détracteurs fassent mieux que moi. Le jour où ils le feront, je plierais mon tablier et je m’en irai. Mais aussi longtemps que je construis l’histoire du cinéma et de la musique au pays et que j’ai des résultats, je dois continuer. »

 

Dieu et la religion

Si l’on connait un peu Léonce NGABO, on se souviendra que l’homme a été pendant longtemps un « Athée ». Ou du moins un homme pour qui le « Divin » ne serait qu’utopique. Cette vision, du moins atypique pour un burundais élevé selon les valeurs de la foi chrétienne catholique, puise sa source dans les évènements qu’a connu le Burundi en 1972. Fervent chrétien, Léonce perd foi à en Dieu lorsqu’il voit des ses yeux, 7 de ses amis d’enfance mourir. Et même s’il a toujours considéré que « Sagamba Burundi » était d’inspiration divine, ce théâtre macabre, lui aura fait douter de l’existence d’une quelconque divinité.

« Je suis né de parents chrétiens et j’étais un chrétien très fervent jusqu’en 1972 où j’ai été rescapé des massacres de l’époque. Après avoir vu 7 de mes camarades d’école se faire tuer, j’ai commencé à remettre en cause l’existence de Dieu. Parce que je me disais que si Dieu existe, ce que je voyais ne serait pas possible. Je suis parti dans cette logique et pour moi voir les gens prier n’avait pas de sens. A cause de cela, je n’ai pas assisté à la messe d’enterrement de mon frère ou la cérémonie de mariage de mon autre frère alors que j’étais son parrain », nous confie-t-il.

Vous l’aurez compris, dans les arts comme dans des fonctions plus politiques, Léonce NGABO semble garder la même envie de porter haut son pays. Et la suite de son histoire nous réserve encore bien de choses.

À suivre…

 

Moïse MAZYAMBO


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