Ida IRUMVA, cette psychologue qui vend des plats de ndagala frits et « Uburobe » au bord de la rue à Kanyosha!

Ida IRUMVA, cette psychologue qui vend des plats de ndagala frits et « Uburobe » au bord de la rue à Kanyosha!

Pleine de vie, avec ses simples tuniques de vendeuse au bord de la rue devant la maison familiale, Ida IRUMVA porte un attachement profond à la 3ème avenue (Kingstar) à Kanyosha.  Lauréate de l’Université Lumière de Bujumbura en Psychologie Clinique, cette jeune fille aux grandes ambitions rêve de devenir un jour un grand entrepreneur. Elle s’est promise d’embaucher autant de jeunes que possible pour sortir une bonne partie des jeunes chômeurs de la rue. D’ici là, Ida n’a aucun complexe de vendre des légumes sur une petite table en bois, protégée du soleil par un simple parapluie. Le soir, cette jeune fille clairvoyante frit des Ndagala frais dont ses clients se délectent avec de l’« Uburobe » qu’elle achète chaque jour quand elle se rend au petit matin à Gitaza (province Rumonge).

 

Ida IRUMVA, vendant des legumes à la 3ème avenue (Kingstar) à Kanyosha.©Akeza.net

 

Ida IRUMVA est née à Kinanira puis a grandi à Kanyosha. A la fin de ses études secondaires en 2011, elle s’enrôle à l’Université Lumière de Bujumbura (campus Kinindo) en Psychologie Clinique. En 2014, elle finit ses études universitaires. Elle se met alors à la recherche d’emploi, en vain. Elle change donc et cherche des stages professionnels mais ses efforts ne donnent toujours rien. «Je me rappelle du jour où je me suis levée très tôt le matin. Je suis allée de bureau en bureau à la recherche d’un stage professionnel. J’ai fait de l’avenue du Large à Cibitoke au Nord de Bujumbura. Je suis entrée dans plusieurs bureaux mais aucun d’entre eux ne voulait me prendre.  Quand je suis rentrée ce soir là, mes parents qui lisaient la fatigue accumulée sur mon visage avaient pitié de moi», nous raconte-elle.

 

De manucure et pédicure à «camerawoman»!

 

C’est alors que mon père me lança : « Ida, n’y a-t-il pas quelque chose que tu es capable de faire pour que je te donne un capital ? »

 

Pourtant, Ida, passionnée de Psychologie ne se voyait faire rien d’autre dans sa vie. «Tout d’abord, j’aimais beaucoup la psychologie, surtout la psychologie des enfants. Du coup, je ne voyais rien d’autre que  je serai capable de faire. Pire encore, faire du commerce me semblait étrange ! C’est vous dire que le business ne faisait pas partie de mes rêves », se souvient-elle.

 

Mais la réalité de la vie rattrape notre Ida. Hélas, sans une activité génératrice de revenus, elle n’arrive pas à subvenir à ses besoins quotidiens. Ainsi, elle finit par révéler à son papa ce qu’elle aimerait faire: «J’ai eu l’idée de commencer à faire de la pédicure, de la manucure et du make-up. Je faisais tout cela avant, quand j’étais encore étudiante, mais gratuitement ».

 

Ida IRUMVA.©Akeza.net

 

Avec une mise de départ de 50 000 FBu (offerts par son père) Mlle IRUMVA se rend à Village Market  au centre-ville de Bujumbura pour acheter différentes couleurs de vernis. De retour à la maison, elle s’installe devant le portail de leur maison et attend les clients. «Je m’asseyais au bord de la rue (à la 3ème avenue/Kingstar/ Kanyosha) pour que mes clients me trouvent facilement. C’est seulement quand j’avais un client que  j’entrais dans un petit salon de coiffure (que mon père a fini par donner à un autre locataire) », nous dit-elle.

 

Les gens qui voyaient cette jeune fille au bord de la rue se moquaient d’elle en lui disant : « Ida, tu fais la pédicure, la manucure et le maquillage au bord de la rue ? C’est ça la Psychologie que tu as apprise ? « Et au fond de moi, dit-elle, je me chuchotais que ce n’est pas grave. Je m’étais décidé de tout faire pour faire mon beurre. J’ai commencé avec des prix super accessibles : 500 FBu pour la manucure et 1000 FBu pour la pédicure ».

 

Ida IRUMVA, vendant des matériels de maquillage à la 3ème avenue (Kingstar) à Kanyosha.©Akeza.net

 

Les difficultés viendront mais Ida ne lâchera rien. Petit à petit, son capital augmente. Elle en profite pour ajouter d’autres sortes de vernis tout en vendant des boucles d’oreilles et divers objets de maquillage.

 

Mais Ida ne s’arrête pas là. Elle décide d’apprendre à manier la caméra. « Mon père nous avait acheté une caméra. J’ai appris à utiliser la caméra et j’ai commencé à filmer les mariages. Tout cela m’a aidé à augmenter mon capital avant que je ne pense à d’autres activités ».

 

Des plats d’« Uburobe accompagnés de ndagala frais frits !

 

Ida IRUMVA commence à faire des plats d’« Uburobe » accompagnés de ndagala frais frits. « J’ai décidé de vendre des légumes (des tomates, des oignons, du pilipili,…) la journée tandis que le soir je fris des Ndagala accompagnés d’« Uburobe» que je propose à mes clients.  J’ai eu déjà un petit groupe de fidèles clients qui se délectent de mes plats », se réjouit-elle

 

Ida IRUMVA, vendant des legumes la 3ème avenue (Kingstar) à Kanyosha.©Akeza.net

 

Malheureusement, notre jeune businesswoman est touchée par un problème d’espace. « Il y a des clients qui n’aiment pas manger dehors. Il m’arrive de les servir au salon de notre maison. J’ai aussi du mal à m’en sortir quand il pleut », regrette-t-elle.

 

Aujourd’hui, Ida IRUMVA cherche les moyens pour louer un espace suffisant pour travailler à l’aise. « Vous constaterez que je fais trois sortes de business. Il est vrai que j’épargne régulièrement mais je n’ai pas encore assez d’argent pour louer une maison qui abriterait un salon de beauté, la vente de légumes et un espace restaurant où mes clients pourraient venir goûter mes plats», se plaint-elle.

 

Ida IRUMVA.©Akeza.net

 

En dépit de toutes ces contraintes, Ida IRUMVA  rêve de devenir une femme entrepreneure très puissante. « Je le sens au fond de moi, je deviendrai une puissante femme d’affaires. Dans cinq ans, je me vois déjà propriétaire d’un grand restaurant Chez Ida », s’enthousiasme-t-elle.

 

Ses études n’ont pas été inutiles. Ida IRUMVA applique la Psychologie qu’elle a apprise à l’Université dans sa communication avec les clients.

 

En ces temps où le chômage touche une bonne partie de jeunes diplômés, Ida conseille: «J’aimerais que les jeunes diplômés ne se soucient plus de leurs niveaux d’études lorsqu’il s’agit de choisir un gagne-pain.  Même si je n’ai pas encore atteint un grand niveau, il y a quand même une amélioration dans mes conditions de vie. Aujourd’hui, je suis capable de subvenir à mes besoins quotidiens et de contribuer en famille si besoin il y a alors qu’avant j’attendais tout de mes parents », conclut-elle

 

Melchisédeck BOSHIRWA

 

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