Histoire : Bujumbura, pas si petite que ça (1ère Partie)

Histoire : Bujumbura, pas si petite que ça (1ère Partie)

Histoire : Bujumbura, pas si petite que ça (1ère Partie) ©Akeza.net

Elle est peut-être petite, me direz-vous, mais elle a une grande histoire. Elle, c’est notre belle ville de Bujumbura. Depuis les premiers bâtiments érigés par les colons allemands et belges à l’installation des quartiers populaires, “Buja” comme nous aimons bien l’appeler, trimbale avec elle une histoire aussi riche que grande. Une histoire qui mérite d’être racontée, écrite et léguée à la postérité. Histoire de partager à la jeunesse la belle idylle de cette ville dont le cœur bat depuis plus d’un demi-siècle.

Dans le cadre de sa 4e édition qui se tiendra en 2020, le festival Buja Sans Tabou a décidé d’initier une série de rencontres s’articulant sur l’histoire de la ville de Bujumbura et de ses quartiers. Le festival devant se dérouler dans différents quartiers de la ville, quoi de mieux que de connaitre l’histoire profonde de ces quartiers où nous sommes nés et avons grandi. Et pour connaitre cette histoire, Sylvestre Ndayirukiye (géographe), Juvenal Ngorwanubusa et  Domitien Nizigiyimana (Professeurs de littérature) ont raconté ce qu’ils savaient de l’histoire de la ville de Bujumbura. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette ville cache bien des histoires.

 

Le port centenaire de Bujumbura

Nous sommes nombreux à passer nos weekends « kuri Beach », le port de Bujumbura. Mais très peu sont ceux qui connaissent la véritable histoire de ce port vieux de plus d’un siècle. Eh oui ! Il est bien vieux, notre cher port de Bujumbura. Bien que sa localisation actuelle soit établie en 1925, le premier port de Bujumbura a été construit entre 1887 et 1916. Un port qui partait de l’actuel emplacement du ministère de l’éducation jusqu’au Lac Tanganyika. Plus tard, la zone industrielle sera installée de part et d’autre de ce port. Initialement prévu pour accueillir plusieurs autres ports dont le port de pêche ou le port industriel, l’on ne gardera que le port des Hydrocarbures.

Petit à petit, une activité industrielle se développe autour de ce port dans les années 1950. Ce qui fait de Bujumbura  un centre important d’exploitation et d’importation de matières premières. Avec de la marchandise qui venait des 3 pays de la CPGL (Burundi, Rwanda et RDC).

Cette activité du port donnera lieu à la naissance de plusieurs industries autour du port. La Brarudi sera l’une des premières et sera installée en 1954. En 1963, la zone industrielle comptait déjà plus d’une vingtaine d’usines. Même si celles-ci ne comptaient que peu d’employés. En 1967, c’était 55 entreprises avec leurs 2395 employés qui occupaient cette zone industrielle. Sans compter les 14 entreprises dans le bâtiment que l’on y trouvait également.

Avec les années, le port et la zone industrielle ont connu de nombreux problèmes dont la crise des années 1990 et toutes les autres qui ont suivies. Mais malgré cela, le vieux port de Bujumbura tient toujours et tiendra encore longtemps. Enfin, on l’espère.

« Belge 4 » ou Nyakabiga, l’enclavé

Terrée dans le centre-ville de Bujumbura, Nyakabiga est l’un des quartiers populaires de Bujumbura. Créé dans les années 1950, Nyakabiga n’avait pas vocation à devenir le quartier populaire qu’il est aujourd’hui. A cette époque, on y trouve quelques maisons bâties par le « Fonds d’avance » ou « Fond du Mwami Mwambutsa » pour les fonctionnaires de l’Etat. Autrement appelé « Belge 4 », le quartier abritait une petite population et semblait ne pas être un quartier très important.

C’est à partir des années 1965 que Nyakabiga commence à attirer les jeunes de l’intérieur du pays venus chercher du travail à Bujumbura. Mais également des jeunes qui fuyaient la surpopulation des quartiers environnant. Notamment Bwiza et Buyenzi. Un envahissement, qui donnera naissance aux quartiers Nyakabiga 2 et 3. Pour avoir une idée de cette densification de la population au fil des ans, Nyakabiga comptait une population de 5000 habitants  dans les années 1960, avec une population ne dépassant pas les 40 ans d’âge.

Laura Sheila Inangoma en participante attentive ©Akeza.net

En dépit de cela, la population ne cessera de croitre. Malheureusement, il était impossible l’étendre d’avantage puisque celui-ci s’est très vite retrouvée enclavé. Avec à l’est l’Université du Burundi, au sud Bwiza et au Nord la rivière Ntahangwa. Le quartier deviendra très vite le quartier dense que nous connaissons aujourd’hui. Et au fil des ans, il prendra peu à peu le visage de son voisin Bwiza.

 

Bwiza, entre partage et déperdition

Justement, en parlant de Bwiza. Ce quartier très populaire de Bujumbura voit le jour au début des années 1940. Initialement construit pour accueillir ceux que l’administration coloniale appelait « Les Africains Évolués », Bwiza est très vite devenu un centre multiculturel essentiellement peuplé par des ressortissants congolais (RDC). La langue la plus parlée là-bas était le Kiswahili (elle l’est encore à ce jour).

L’une des nombreuses choses qui caractérisaient ce quartier était l’esprit de partage qui régnait parmi les habitants. Comme nous l’explique le Professeur Domitien Nizigiyimana : « Il y avait plein des ‘’Lupangu’’ (cour commune) où la convivialité était tout à fait possible. Parce que lorsque vous faites la cuisine, tout le monde vous voit. Cela invitait à partager. On savait qui avait cuisiné quoi etc. Et le partage était spontané. Je pense même que si  quelqu’un ne trouvait pas de quoi entretenir son foyer, il pouvait manger à côté. On partageait également lors des fêtes, des naissances, des enterrements etc. Au niveau de la solidarité c’est exemplaire et c’était bien ».

Professeur Domitien Nizigiyimana ©Akeza.net

Mais Bwiza est aussi un grand centre d’ambiance. On y trouve des bars où la musique, surtout congolaise, jouait continuellement et des lieux de débauches, nous explique le Professeur Nizigiyimana. « Il y avait aussi des lieux de déperdition et ce n’était pas bien pour un jeune séminariste, par exemple, de dire au recteur qu’il rentre de Bwiza. Et même pour les universitaires, puisque le recteur de l’université était un jésuite. Il ne fallait surtout pas qu’il sache que l’on revenait de là-bas. Il attendait plus de nous », dit-il en souriant.

Ce quartier, comme encore aujourd’hui, reste un centre urbain dense ou solidarité, échange culturel et débauche (il faut le dire) font plus ou moins bon ménage.

Bujumbura, à travers ses différents quartiers, a vécu et vit une histoire qu’il ne faut pas oublier. Ne fût-ce que pour se rappeler et rappeler aux plus jeunes d’où nous venons. Un peuple sans histoire est un peuple sans avenir dit-on.

A suivre…

Moïse MAZYAMBO

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