Guy BASABOSE : une extraordinaire rencontre humaine doublée d’un génie de l’image

Guy BASABOSE : une extraordinaire rencontre humaine doublée d’un génie de l’image

Le photographe Guy Basabose

Toujours à la recherche de la perfection, Guy Basabose prend une position de choix parmi les quelques photographes qui ont donné ses lettres de noblesse à l’art photographique au Burundi. Ses images à mi-chemin entre l’émotion et  l’expression sont le fruit d’un travail technique et d’imagination continue et passionné. Guy Basabose, c’est l’histoire d’un destin extraordinaire et gigantesque en tous points, qui n’a pas encore fini d’éclore. C’est aussi une bouleversante rencontre humaine que vous êtes sur le point de faire. Procédons…

 

Akeza.net : Quel a été ton parcours? Qu’est-ce qui t’a entrainé dans la photographie?

 

Guy : Premièrement, je tiens à dire que je me sens honoré de faire une interview avec vous. Cette initiative m’a beaucoup touché, ça me flatte et me fait plaisir. Je suis d’ailleurs un grand fan de Akeza.net, j’aime bien ce que vous faites, j’aime beaucoup votre écriture. J’aime bien le fait que vous vous préoccupiez surtout de notre pays et de notre culture, je vous soutiens et je connais pas mal de gens qui sont très touchés pas votre initiative et vos articles. En tout cas, on est très fier.

Mon parcours est assez particulier parce que j’ai quitté le Burundi en 1993 pour aller aux Pays-Bas. Sinon avant ça, j’avais une vie assez similaire à celle de la plus grande partie de jeune burundais du temps. Alors arrivés en Hollande, on a dû apprendre la langue et la culture hollandaise. Ce n’était pas facile mais ça nous a permis de découvrir de nouvelles choses comme des cours artistiques à l’école et autres.

En Europe, on utilise beaucoup d’images pour la promotion des concerts, des activités de jeunes et pour nous c’était un changement. J’ai remarqué très tôt que  j’étais intéressé par la peinture, le dessin. Je me souviens que quand j’allais en ville avec des amis, je  me retrouvais à fixer une affiche d’évènement, alors ils trouvaient ça bizarre mais j’aimais bien. Quand j’arrivais chez moi,  j’essayais de redessiner ce que j’avais vu. J’aimais bien les arts visuels. Je n’ai pas continué dans cette voie car je me trouvais médiocre, je trouvais les autres meilleurs.

Quand je suis revenu au Burundi en 2009, j’ai commencé dans une entreprise familiale. Mon père avait plusieurs hôtels, des boites de nuit et consort et j’ai commencé à m’occuper un peu de cela. Au fur et àmesure, j’ai remarqué que ça ne me plaisais pas. Entretemps, j’avais un grand problèmed’alcool, j’étais alcoolique et je consommais beaucoup de drogue, j’ai pris de la cocaïne pendant dix ans et à ce moment ça n’allais pas du tout. J’ai décidé de tout arrêter. C’est là que j’ai fait la rencontre formidable avec Jésus Christ.

Avant je ne croyais pas en Dieu.Ils’est passé un grand miracle, j’ai été libéré de la drogue et de l’alcoolpuis j’ai décidé de ne plus faire de travail qui pourrait m’emmener vers le contact de ces substances. Je me demandais toujours ce que j’allais faire de ma vie.J’ai pu constater que j’avais une passion pour les arts visuels. Par hasard, j’étais sur internet en cherchant quelque chose pour un ami pour l’aider à faire des prospectus. J’ai remarqué que j’avais un talent pour le design, il trouvait ça très beau et au fur et à mesure, j’ai découvert la photographie. Ça m’a intéressé, je trouvais une certaine attirance pour les images.

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Portrait d’Anna.©Guy Basabose

En 2011, j’ai décidé de me mettre à la photographie. J’ai acheté un petit appareil ; un CANON 600D, ce n’était pas un appareil professionnel mais j’étais content parce que c’était mon premier appareil. J’ai commencé à prendre des photos avec, je me suis beaucoup exercé. J’ai marché dans tout Bujumbura en prenant des photos de tout et de n’importe quoi et j’ai commencé à affiner mon art. À un certain moment j’ai eu l’envie de créer une société pour faire ça professionnellement.

 

J’étais à l’église Life Center, il y avait deux jeunes gens qui allaient à la même église, je les ai approchés et leur ai proposé de  venir travailler avec moi dans une société de design, de photographie, d’imprimerie et consort, la société s’appelait Kingdom Photography composée de Ngingo Gildas et Noel.

 

Heureusement, on a eu beaucoup de succès, les gens aimaient ce qu’on faisait et on a attiré de la clientèle. On a pu contracter un prêt auprès de mon père, on s’est acheté du matériel pour travailler. On a instauré quelque chose de nouveau sur le marché avec notre « Wedding Album » (album de mariage), avec les couvertures en cuir et à partir du papier A4 et A3. On a grandi très rapidement. On s’est positionné comme un des leaders de la photographie au Burundi.

 

Akeza.net : Pratiques-tu la photographie pour ton propre plaisir ou est-ce bien ton métier?

 

Guy : C’est mon métier. Depuis 2015, j’ai quitté le Burundi pour la Hollande où je suis très actif en tant que photographe, je fais des évènements, je fais des mariages, je fais surtout beaucoup de portraits. Je vous invite aussi à visiter mon site web : www.basabosephotography.com.

 

Guy Basabose couvrant un mariage à Bruxelles

 

Akeza.net : As-tu une catégorie spécifique de personnes avec laquelle tu aimes travailler?

 

Guy : Pas vraiment. Je suis assez ouvert, je travaille avec tout le monde. J’ai peut-être quelques réserves quand il s’agit de nudité ou quand il s’agit de faire la  promotion de certaines substances ou services auxquels je n’adhère pas. Par exemple, je ne travaille pas avec les vendeurs d’alcool. L’alcool a fait beaucoup de ravage dans ma vie alors je ne crois pas que je conseillerais à quelqu’un d’autre d’en prendre. Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre ces gens-là mais c’est juste que ça ne va pas avec mon style de vie. Je suis ouvert mais j’ai quelques limites. Des fois même, je travaille gratuitement pour des gens que je voudrais bien soutenir mais je ne discrimine pas.

 

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Le jour de mariage de Cynthia et Joe.©Guy Basabose

Akeza.net : Pour toi, qu’est-ce qu’un bon photographe?

 

Guy : Je suis assez jeune comme photographe. Je ne suis pas sûr d’être crédible en disant un bon photographe est tel ou tel. Je peux peut-être parler de ce que moi je trouve beau, ce que j’apprécie. J’aime bien les photographes qui ont un message, qui sont impliqués dans  les causes sociales. Qu’on sache retrouver leur personnalité dans leur image.

 

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Abigail et sa maman.© Guy Basabose

 

Il ya aussi le côté technique de la chose. Il ya des bases de la photographie qu’il faut pouvoir maitriser parcontre. Je vois la photographie comme un medium à un sens parce que les gens quand il regarde tes photos, ilsne communiquent pas avec toi, c’est toi qui leur impose une vision et jetrouve que pour le faire il faut avoir tous les atoutspour que ce soit compréhensible et visible. Je n’aime pas quand les photos sont trop retouchées. Mais encore ce sont mes affinités. Si quelqu’un a d’autres points de vue çane veut pas dire que c’est un mauvais photographe.

 Akeza.net : Que préfères-tu dans la photographie?

 

Guy : J’ai une préférence pour les portraits.

 

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Portrait de Samantha.©Guy Basabose

 

D’ailleurs j’ai découvert récemment  cette préférence. J’ai vu un bon photographe qui s’appelle Joey L., il a fait un reportage sur les Massaïs au Kenya. Ça m’a épaté, j’ai adoré.

D’habitude, les images de l’Afrique sont des photos de la misère et lui il les a montré d’une façon poétique je dirais. Ses portraits étaient tellement beaux que c’est quelque chose que j’aimerais bien faire aussi. Ça fait une année et demi que je fais le portrait et j’adore ça.

 

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Portrait de Cynthia ITEKA

Je fais aussi des mariages mais j’aime beaucoup le portrait,  et d’ailleurs je pense que je vais beaucoup m’investir dans le portrait parce que je trouve que c’est une belle rencontre que tu proposes aux gens parce que je suis quelqu’un qui rencontre beaucoup de gens, j’ai voyagé dans beaucoup de pays, alors la rencontre avec les autres elle est formidable. C’est d’autant plus intéressant de créer un rapprochement entre les peuples à travers les portraits.

 

Akeza.net : Où puises-tu ton inspiration?

 

Guy : Dans ma famille, je suis beaucoup inspiré par mes enfants, j’aime beaucoup ces moments d’innocence quand on regarde ses enfants grandir. Je puise mon inspiration dans la Bible, j’ai une relation avec Jésus Christ qui me stabilise, qui me donne la paix, le bonheur. A partir de là je trouve que j’arrive à voir le positif dans le monde, dans les autres, alors c’est là que je trouve l’inspiration. Aussi, des fois j’écoute une chanson et je pense à une image que je préfère. Je suis très inspiré par ce qui se passe à l’intérieur, ce qui se passe en moi. Mes enfants, ma foi en Jésus Christ, ma femme m’inspirent beaucoup. Je suis vraiment inspiré par beaucoup de choses.

 

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Olga MURAGANE, la femme de Guy BASABOSE.

 

Akeza.net : Y-a-t-il des photographes que tu aimes en particulier?

 

Guy : Joey L.,Joe McNally, Sebastião Salgado, c’est un géant dans la photographie, son travail est impressionnant. Il fait des reportages sur des sujets vraiment profonds. Il y en a plusieurs je pourrais en citer des milliers mais celui qui vient en premier c’est Salgado, je rêve de faire ce qu’il fait.

 

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Prise de Sebastião SALGADO, Africa.

Il ya des burundais qui m’ont inspiré et m’inspirent toujours. Le premier étant Gwaga, un grand ami à moi, j’aime beaucoup ce qu’il fait, j’aime beaucoup son humilité, son sens du partage et son amour pour la photographie. J’aime beaucoup Hervé Cishahayo qui s’applique, essaye toujours d’apprendre de nouvelles choses, partage énormément avec les autres et nous représente très bien à l’étranger, Gwaga aussi. Ngingo Gildas, qui est un jeune qui fait du très bon travail et a su marier le talent et le business et d’autres bien sûr.

 

Akeza.net : Peux-tu nous parler de ton matériel?

 

Guy : Une fois je couvre un mariage à Bruxelles et il y a un jeune  couple qui me demande de leur prendre en photo, je prends la photo et ils disent OOH ! Quand ils regardent la photo, le monsieur me dit mais ton appareil est superbe ! Je lui dis le photographe n’est pas mal non plus parce que l’appareil sans photographe ça ne sert à rien.

Le matériel est certes important mais le matériel ne remplace vraiment pas la créativité et l’artiste derrière l’objectif. Il ne faut pas trop se focaliser sur le matériel mais ce n’est pas tout. Sinon je n’utilise que du CANON, j’aime beaucoup CANON, c’était mon premier appareil, un 600D après j’ai utilisé un 7D et maintenant un CANON 6D et le CANON 5D mark III. J’utilise  plusieurs objectifs, mon favori étant le CANON 70-200 USM VERSION 2.CANON version 2, j’utilise le Sigma 50mm ARTLENS,  c’est une lentille spectaculaire avec une ouverture de 1.4, j’utilise beaucoup plus le 85mm de  CANON pour les portraits, un TAMRON 24-70  2.8 ; c’est mon objectif pour les grands angles que j’utilise souvent dans les mariages. Ma combinaison préférée est le  5D mark III et le 70-200, 2.8.

 

le matériel

 

Akeza.net : Quels sont les types de photo que tu aimes prendre?

Guy : J’aime bien faire des photos qui ont un message, qui ont une émotion, qui éveillent de l’émotion chez les gens. J’aime bien les images qui rendent les gens curieux. J’aime bien prendre des photos ou les personnes sont eux même, lors des mariages surtout, quand les mariés interagissent entre eux. Je n’aime pas les photos posées devant l’objectif.

 

 

 

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La souriante Bakker.©Guy Basabose

 

Akeza.net : Combien de temps prend généralement une photo depuis l’idée, la prise et la retouche?

 

Guy : ça dépend du sujet. Avec un portrait ça peut prendre des mois, parce que des fois je vais sur une idée de projet, je la refais plusieurs fois. Mais en général, pour une photo commerciale disons un évènement une journée ou deux suffisent. Si c’est un mariage, que les concernés ont payés un bon forfait, qu’ils ont décidés de prendre un livre, ça prend environ 3 semaines depuis la prise jusqu’à la livraison du livre.

 

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Mariage de Brice et Nadège.© Guy Basabose

Avant, mes retouches me prenaient des heures, je remarque qu’au fur et à mesure qu’on maitrise Photoshop, ça prend des minutes. Ca dépend de quel niveau de retouche, moi la retouche la plus longue que je fais c’est 30 minutes et la plus courte est de 3 minutes ; juste la correction des couleurs, ajouter des contrastes.

 

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Le fils de Guy Basabose

 

Akeza.net : Quelle est jusqu’ici votre prise préférée?

Guy : Ma prise préférée c’est celle de ma fille, Deborah. Elle est d’ailleurs sur ma page d’accueil de mon  site web.

 

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Deborah, la fille de Guy Basabose

Il ya aussi une autre photo que j’ai prise lors du rallye de Ngozi. C’est ma deuxième favori.

 

Akeza.net : Quels conseils glisserais-tu à l’ endroit des jeunes burundais qui souhaiteraient percer dans ce domaine?

 

Guy : j’ai beaucoup à apprendre déjà, d’abord sur le côté spirituel, mon conseil serait de trouver une certaine sérénité, une paix intérieure. J’avais une peur tellement grande de ne pas donner un bon résultat que la peur me rendait presque immobile, à rien faire. J’ai trouvé un secours dans ma foi.

Ensuite sur le côté business, mon conseil est de faire toujours plus que les autres, il faut beaucoup travailler. Plus tu t’y mets, plus ça paie plus tard. Par exemple, quand je suis venu en Europe, les gens étaient choqués de voir ce que j’arrivais à faire parce que ils ne s’y attendaient pas. Ils se disaient mais comment ce type qui vient de l’Afrique, qui a appris la photographie par lui-même, arrive à faire des choses pareilles. J’ai eu de grandes entreprises qui m’ont donné du travail parce qu’ils étaient époustouflés. Ils se disaient « comment lui il arrive à faire ça alors qu’on a des photographes qu’on paie des millions d’euros qui ne font pas la même qualité » ? Alors je le dis, SOYEZ PLUS PERFORMANT.

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On a une mauvaise image des photographes laissant croire que ce sont des gens peu sérieux, c’est comme les tailleurs. Mais, faites les choses à temps, soyez très courtois avec les clients.

Un autre conseil que je leur donnerai est de ne pas trop s’en faire pour le matériel, ce n’est pas parce qu’on n’a pas le meilleur matériel qu’on ne peut pas faire de belles photos. Il ya des photos d’il y a dix ans qui sont toujours classées parmi les meilleurs photos du monde. La vision et le talent artistique du photographe ne sont pas vendus avec l’appareil. De plus, il est dit que pour être noté de bon photographe, il faut avoir déjà fait 10.000 clichés. On peut beaucoup apprendre sur You Tube. On n’a pas besoin d’aller étudier la photographie à Londres pour être un bon photographe. Maintenant, il ya des photographes qui dispensent leur savoir gratuitement. Partagez votre savoir. On arrive loin ensemble. Dans le partage, on gagne tous. Soyez unis.

Mon dernier conseil est soyez unique, ayez votre propre look.

 

Propos recueillis par Miranda Akim’

 

 

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