Grand-mère, raconte-nous une histoire… (2ème partie)

Grand-mère, raconte-nous une histoire… (2ème partie)

Photo d’illustration d’une grand-mère, de sa fille et sa petite fille au milieu ©DR

Avec une mémoire qui n’est guère bonne, grand-mère a voulu nous partager un de ses souvenirs qui la fait encore sourire après tant d’années. Celle du jour de son mariage, le plus beau jour de sa vie. Et ce, même après plus de 55 ans sans avoir une image illustrative de ce grand jour. Le grand jour venu, son amoureux lui avait réservé une surprise. Toute enthousiaste, elle nous détaille la surprise.

Le jour tant attendu était enfin arrivé. Le jour J, voilà mon tour de rendre fière ma famille, surtout mon père. Tout père est fier de voir sa fille se marier. Comme chaque personne qui est sur le point de se marier a quelques doutes, je me demandais la question que la plus part des gens se pose « Vais-je y arriver ?» D’autant plus que c’était une honte au Burundi de divorcer. « Si les autres y arrivent, pourquoi je n’y arriverai pas ? » me suis-je apaisée.

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Je m’étais changée derrière un buisson. Les habits (tout blancs) m’ont  été achetés par mon fiancé. Le jour du mariage, les filles ne ramenaient rien, pas de vêtements, ni d’ustensiles ou bijoux. Rien.  Le mari se chargeait de tout acheter ; de la houe à des pagnes ; pour sortir, pour la messe, pour aller dans les champs. Tout dans le moindre détail.

A cette époque, le jour de mariage, on ne portait pas de robe mais une jupe et une chemise. Il m’avait acheté une chemise blanche en dentelle et une longue jupe blanche. Mes amies qui m’avaient accompagné  étaient un petit peu jalouses. Jalouse de voir comment j’étais très jolie (j’étais vraiment magnifique), jalouses de voir comment les vêtements m’allaient et sans doute jalouses que sans doute j’allais découvrir un nouveau monde.

 

A la sortie de la messe, SURPRISE.

Je suis entrée dans l’église, j’ai avancé  timidement mais toute heureuse. Cette fois, il était assis sur le premier banc de l’église. Il s’est levé et quand je suis arrivée à sa hauteur, le prêtre nous a regardé et a commencé la messe. Quand il fut le temps d’échanger nos vœux, je n’arrêtais pas de pleurer. Un mélange de timidité, de sentiment d’abandon de ma famille, de ce sentiment d’appartenir à quelqu’un d’autre maintenant, je ne savais pas ce qui primait. Après maintes pauses et reprises, j’ai pu dire « Oui je le veux ». Le prêtre nous a officialisé et nous a déclaré mari et femme.

Il y avait une voiture qui nous attendait. Que les époques changent ! Généralement, d’autres couples allaient au lieu de réception à pied, sous un parapluie multicolore. Moi, la jolie petite fille de la campagne j’avais droit à une voiture conduite par un arabe. Comme il n’y avait pas de route menant directement vers notre demeure, on est descendu sur un sentier.

La maison des époux faisait office de lieu de réception. Quand on est descendu de la voiture, mes témoins m’ont bandé la tête avec des pagnes et tissus quitte à ne pas voir où j’allais (aussi pour que les passants ne me reconnaissent pas). Là, mon mari  et ses témoins avaient déjà emprunté un autre chemin.

 

Au domicile des époux

Arrivée à la maison, qu’il avait fait construire en passant, je devais rester dans une chambre, toute seule. Je pouvais entendre tout ce qui se passait dehors, mais je n’avais pas le droit de sortir, ni de manger ni de boire. Mes témoins venaient me voir une par une, toutes les dix minutes, pour me tenir compagnie. Ainsi l’exigeait la tradition.

Après les cérémonies, la nouvelle mariée (donc moi) n’avait le droit d’adresser la parole à qui que ce soit que quand on lui donnait de l’argent. Le soir même, mon beau père est venu nous rendre visite et m’a donné 60 francs (à cette époque avoir 60 francs sans pour autant travailler te mettais sur la liste des riches). Là, je pouvais parler ou même rire en sa présence.

Depuis ce jour-là, on est marié et on a eu de bons moments  comme quand on a eu nos 7 enfants et nos pires moments surtout quand on a perdu notre deuxième fille. Il ne l’a jamais connu. Il travaillait en Tanzanie et était reparti quand j’étais enceinte de quelques semaines. Il est revenu au Burundi 3 ans plus tard.

Les temps changent, les choses changent… (Soupire). Maintenant vous pouvez immortaliser vos plus heureux moments, vous pouvez en rire avec vos enfants et petits-enfants.  Ce n’est que maintenant que je réalise à quel point les époques ont changé  (dit-elle en laissant couler une goutte de larme sur sa joue maintenant ridée).

 

Propos recueillis  par Miranda Akim’

 

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